Projet Hor-I-zons de Rhida Dib

Rhida Dib, artiste plasticien marcheur, a confié à Démarches les éléments du projet « Hor-I-zons ». Ce projet de marche, prévu en mai 2019, entre Paris et Sousse en Tunisie via l’Italie s’inscrit dans un protocole élaboré à partir d’expériences antérieures. Il s’agit d’un projet de marche augmentée. En effet, les technologies numériques sont mises en oeuvre, à travers l’usage d’un smartphone associé à différentes plateformes. Si le smartphone a acquis une place prépondérante pour les marches, tant comme boussole que guide ou mémoire du parcours à travers des applications dédiées, il connait avec les usages imaginés par Rhida Dib un élément de production artistique de premier plan, comme on le découvre dans son projet. Une des conséquences et non des moindre sur le temps de la marche est résumé ainsi par l’artiste « Dans cette performance les traces précèdent le marcheur. » Voilà qui ouvre de vastes horizons que Rhida Dib explore en entrelaçant la pratique ancestrale de la marche aux moyens numériques.

Cette marche entre Paris et Sousse illustre des thèmes et des réflexions que nous partageons sur la performance, les technologies numériques à travers la géolocalisation, la photographie et plus largement les outils du marcheur connecté.

Qui est Rhida Dib, artiste qui se présente sur le web comme : Plasticien marcheur, bidouilleur de lignes, par le corps et via le code : parce que le lisible n’est pas toujours visible, et inversement…

Nous lui avons demandé de se présenter dans une biographie qui à travers son parcours explicite sa démarche :
Né à Sousse (Tunisie) en 1966, diplômé de l’Ecole des Beaux Arts de Toulon, je vis à Paris depuis 1991. Avant de faire rhizome dans des pratiques hétérogènes, la peinture fut longtemps mon médium de prédilection. En effet, depuis une quinzaine d’années je travaille sur une recherche plastique dont la problématique principale est de « libérer » la ligne du plan. Dans un premier temps, je me suis approprié un pistolet à colle en l’utilisant à contre-emploi : avec cet outil, il ne s’agissait plus de coller les matériaux, mais plutôt de décoller et libérer la matière.
Chemin faisant… la marche connectée a commencé à prendre une place de plus en plus prégnante dans ma problématique. Ainsi, c’est grâce à mon smartphone que mon corps devient pinceau traceur de lignes impalpables sur la surface de la terre. À son tour, le smartphone devient palette numérique génératrice et compilatrice de données multiples et variées… Il en résulte une oeuvre en devenir, mutante et polymorphe, entre installations et performances, matière palpable et matière numériques… Dessinant ainsi une carte à dimension rhizomique et poétique, donc nécessairement politique.

Préparation de la marche  Paris-Sousse

Dans un entretien du 11 Janvier 2018 avec Flore Garcin-Marrou, Maître de conférences en études théâtrales à l’Université Toulouse Jean Jaurès, Rhida Dib expliquait ainsi son projet :
« Je suis en train de préparer un nouveau projet de marche qui aura lieu en [mai 2019]. Une marche de 3000 km, qui durera quatre mois, entre mon atelier à Paris et la Tunisie. Le choix de la Tunisie est lié à mon histoire car je suis fils d’immigré tunisien. Mais je suis déjà en train de marcher pour ce projet puisque les idées viennent en marchant. Par exemple, dans mon atelier, je suis en train de faire des essais pour faire germer des noyaux d’olive dans des pots. L’idée est de porter une seule pousse sur moi pendant cette marche et qu’elle puisse germer pendant le voyage, patinée de multiples particules qui se seront déposées sur elle en France et en Italie. Le pot qui contient l’olive sera connecté, géolocalisable.
…/….
La difficulté – et tout l’intérêt de la préparation réside dans le fait qu’il faut tracer les étapes pour aller en Tunisie. C’est une vraie percée du territoire. Il ne suffit pas de marcher pour marcher. Marcher, c’est partir de chez soi. Il n’y a pas de retour dans la marche. Rentrer chez soi en marchant ce n’est pas marcher, c’est juste rentrer à pied. Marcher, c’est un aller simple.

Nous vous donnons rendez-vous ici-même pour suivre « Hor-I-zons »

Le projet Hor-I-zons
« Le devenir est géographique » (1)

Plasticien marcheur vivant à Paris, enfant d’immigrés de la première génération, j’envisage de marcher vers la Tunisie, via l’Italie (2). Cette marche n’est nullement pensée comme un hypothétique « retour aux sources », mais plutôt comme l’incarnation d’un trait d’union reliant mon lieu de vie à la Tunisie (3). Dans «franco-tunisien» il y a un trait d’union, c’est ce «trait» qui sera – métaphoriquement – l’objet de cette performance. Comment se «faufiler» dans un trait d’union ? Comment habiter un chemin sans l’occuper ? Enfin, comment faire la géographie de son propre chemin ?
Entre la distance qui sépare, et le trait qui unit, il y a l’accomplissement d’une marche et la transmutation d’un lien. Avec cette performance donc, il s’agit d’articuler un lien symbolique, et une liaison affective et effective. Dans ce continuum spatio-temporel , le trait d’union sera matérialisé par un horizon « dessiné » à travers un arpentage transnational.
Il y a une adéquation entre la cadence du marcheur et le défilé du monde. En effet, en même temps qu’elle se déplie, la trace du marcheur prend le pli du monde et crée un lien intime et effectif entre locomotion et perception. Le déploiement linéaire induit un rythme, qui est une des conditions de la perception paysagère. Habiter la terre en avançant entre les terres, c’est aussi former une cartographie psychique qui « se configure par remaniements successifs, par variations, par redistribution des espaces. » (4)


En mettant un pied devant l’autre, je mets mon corps à l’épreuve et je contribue à la production et à l’irrigation d’une « ligne d’horizon » qui forme entre mon lieu de départ et ma destination, un « trait d’union » de 4 000 000 de pas environ. Un trait qui se confondra avec mon propre mouvement en immersion dans la nature traversée. J’avancerai donc dans ces territoires, en éprouvant l’archaïsme et la simplicité de la marche dans son dépouillement et sa répétition obstinée. C’est à travers cet arpentage territorial et « le libre jeu des forces de l’âme (5) » qu’une ligne « palpable » émergera… J’appartiens à cette ligne. Mon corps et mes rythmicités définissent la ligne tout en étant définie par elle…

Cette marche de 3000 km environ est conçue comme un écosystème mouvant (6). Au cours de la performance, l’oeuvre se déploiera en cheminant. Ainsi, je relierai via l’Italie, mon atelier parisien au Sahel tunisien. Dans « Hor-I-zons » il y a « I » comme Italie qui est aussi un trait d’union dans ma marche entre la France et la Tunisie. Muni de mon smartphone – outil , de géolocalisation, de captures, de collectes et de transmissions de données… -, je « déplierai » ma ligne d’« Hor-I-zons » sur 120 étapes (7), et cela jusqu’à ma destination.

« De notre naissance à notre mort, quelle quantité d’espace notre regard peut-il espérer balayer ? » (8)
Au cours d’une marche, l’horizon ne cesse de se réactualiser et les étapes sont des séquences qui rythment cette incessante réactualisation. Elles serviront donc d’articulation pour déplier ma ligne d’horizon. Aussi, à chaque étape et à l’aide d’une boussole pointant vers la ville de Sousse (9), je prendrai une image indiciaire de l’horizon ciblé. Ainsi, l’image devient l’incarnation et la réactualisation quotidienne d’un regard porté à vol d’oiseau sur ma destination.
J’enverrai aussitôt l’image collectée à l’Institut français de Tunisie (10) sous forme de carte postale, cela grâce à l’application Fizzer qui prendra en charge quotidiennement l’impression et la distribution des cartes (11). En envoyant les cartes postales à l’Institut français de Tunisie, les images seront donc accueillies à la fois, en France et en Tunisie. Aussi, par cet envoi, l’image indiciaire change de statut : elle passe de l’« immatérialité » numérique à une palpabilité photographique, et par la même rentre dans le domaine du Mail Art .

Les images d’horizons envoyées quotidiennement seront exposées au fur à mesure de l’envoi et seront disposées sous forme d’une suite d’images, formant ainsi un « carottage » d’horizons en progression… C’est une « timeline » de coupures spatio-temporelles dans la continuité du réel. Cette séquence d’images finira enfin par former ma ligne d’« Hor-I-zons » (12).
Parallèlement et via l’application Runtastic , ma trace GPS sera diffusée en direct et en continu sur le Web et projetée à l’Institut français de Tunisie. Cette trace fera contrepoint aux cartes postales envoyées quotidiennement au même endroit : un voisinage de temporalités et de matérialités hétérogènes.

D’autre part, les données générées par les différentes applications connectées, traces de pas, rythme cardiaque, données cartographiques, statistiques…formeront l’«électrocardiogramme» de la marche. Cet «électrocardiogramme» s’agencera à son tour avec les images indiciaires d’horizons collectées, formant ainsi la chronologie et l’archéologie de ma marche.
Des indices numérique seront aussi parsemés sur le Web : des éléments visibles et lisibles postés sur les réseaux sociaux, et rendant compte de la marche. À l’aide de mots-clés – tag (#) – et à l’image du Petit Poucet, ces traces peuvent être pistées. Le tout constituera un chapelet d’indices pour une future carte enrichie. C’est une oeuvre intermédiale dans laquelle traces photographiques, indices numérique et données statistiques dialoguent pour former la trace ultime de la marche.
Cette marche est aussi pensée comme agencement un spatio-temporel. Il y a le tempo du marcheur cheminant vers sa destination par le moyen de déplacement le plus long. Le temps de sa trace GPS générée et projetée en direct à la vitesse de la lumière. Enfin, il y a les temporalités des cartes postales envoyées quotidiennement et transférées à des vitesses et par des moyens multiples et variés. Le tout formant un tressage de traces hétérogènes en mouvement.
Cet agencement fera émerger à son tour une superposition de point de vue en marchant :
d’une part, je collecte et j’envoie mes traces d’horizons, d’autre part, je génère ma trace GPS en surplomb. Enfin, le tout sera donné à voir en même temps. Cette superposition sous-tend une dialectique entre une trace relativement éphémère – de la transmission GPS – et une trace relativement pérenne – de l’envoi quotidien de cartes postales -. Ces variétés de traces que je produis en marchant, finiront par tresser une seule et même ligne.


Dans cette performance les traces précèdent le marcheur. En effet, pendant que je chemine, la diffusion de ma trace GPS ainsi que la distribution des cartes postales seront déjà données à voir à l’Institut français de Tunisie . Ce sont des traces qui « attestent » (13) et qui matérialisent ma performance marchée. Elles sont déléguées au smartphone à travers des applications telles que Google Maps, Runtastic, Fizzer … En contrepartie (14), je me saisis de la trace GPS comme « attestation » vivante et simultanée de ma performance. Je deviens, support et relais d’inscriptions numériques, un corps traceur tracé (15). D’un autre côté, la carte postale envoyée fera office d’« attestation » indiciaire en différé avec le cachet de la poste faisant foi.
La ligne GPS restituera visuellement la trace du corps mouvant, sans se confondre avec celle-ci. En revanche, la palpabilité est du côté du marcheur et des territoires traversés. ainsi les seuls indices laissés sur le chemin, sont les traces de pas du marcheur. La distance que le marcheur doit parcourir est, et reste, incompressible. Il y a aussi quelque chose d’irréductible dans l’expérience du marcheur : un certain « frottement » au territoire, à l’arpentage, et au «défilé du monde» au rythme de son corps. C’est à travers ce mouvement attentif et répété que le marcheur habite le monde. À l’ère du numérique et de la mobilité exaspérée le besoin d’ancrage dans le réel se fait surtout par et à travers les corps. Parce que « la marche est le commencement de la pensée. » (16)
Enfin, comme ce qui est lisible n’est pas toujours visible et audible, l’«empreinte» de la marche c’est-à-dire la trace GPS du parcours effectué sera « convertie » : le document sera soumis à un logiciel de synthèse vocale pour lecture. La trace GPS sera lue à l’envers par ma propre voix préalablement synthétisée. En égrenant toutes les coordonnées géographiques qui composent la distance parcourue, le logiciel de synthèse vocale réactualise la trace du chemin à sa manière et à son rythme. La trace ultime de cette performance marchée prendra la forme d’une projection des lignes de coordonnées géographiques lues en continu par une voix de synthèse (17). Ainsi, je ferai l’aller en marchant, et ma voix fera le retour en lisant.

Notes :

1 -Gilles Deleuze, Dialogues, avec Claire Parnet, Ed. Flammarion, 1977, p. 48
2 -Cette marche est prévue pour avril 2019.
3 -Il s’agit de relier mon atelier parisien, lieu de travail et de vie, à la ville de Sousse dans le Sahel tunisien, lieu de ma naissance.
4 -Manola Antonioli, Singularités cartographiques : http://www.revuetrahir.net/2010-2/trahir-antonioli-cartographie.pdf
5 -Karl Gottlob Schelle, L’Art de se promener [1802], préface et traduction P. Deshusses, Paris, Payot, 1996, p. 39-40.
6 -Cette marche sera connectée, à travers un smartphone, un ensemble d’applications fonctionnent en symbiose dans la production de données assez variées : trace de la marche, cartographies, mesures de pas, image, sons… Équipé aussi de sac à dos ainsi que de chaussures connectées.
7 -Ce sont des étapes de 25 à 30 km par jour, sur 4 mois de marche environ.
8 -Georges Perec, Espèces d’espaces . Journal d’un usager de l’espace , Galilée, Paris, 1974
9 -La notion de « cible » fait référence aux applications boussoles islamiques pointant la Qibla (la Kaabah) à partir de pratiquement n’importe quel point dans le monde. Dans cette performance, ce sont les coordonnées GPS de la ville de Sousse qui ont été intégrées dans l’application Spyglass, boussole en réalité augmentée, et qui pointe en permanence vers la ville.
10 -Un partenariat a été noué avec l’Institut français de Tunisie et le relais culturel de la ville de Sousse.
11 -Fizzer est une application qui permet d’envoyer de vraies cartes postales, cartes photo, cartes de voeux, …
12 -L’agencement et les modalités d’accrochage des cartes postales ainsi que la projection de la trace en direct seront discutés avec le Relais Culturel de Sousse.
13 -La notion d’« attestation » fait référence à la fameuse « triche » d’André Cadere : invité en 1972 à la Documenta de Kassel, Cadere y alla en train après avoir fait croire qu’il irait à pied depuis Paris en semant ses bâtons le long du chemin.
14 -J’ai bien conscience des problèmes liés à l’appropriation des données par des plateformes telles que Google, Facebook, Twitter…Ici il s’agit de tenter une appropriation subversive de ces outils : jouer avec l’excès de transparence et la saturation d’informations, pour tracer sa propre ligne… Devenir imperceptible dans une saturation de traçabilités.
15 -Aucune modification palpable ne sera effectuée sur le trajet (pas d’ajout ou de soustraction de matière), excepté les traces de pas du marcheur.
16 -Michel Serres: « Je pense avec les pieds » entretien, Philosophie Magasine, 26 mai 2016 : http://www.philomag.com/les-idees/entretiens/michel-serres-je-pense-avec-les-pieds-15852
17 -Voir l’exemple de Logorrhée spatio-algorithmique

Principales expositions

Les oeuvres de Rhida Dib ont essaimé sur le Web et IRL (1), en France et à l’étranger. Parmi les plus notables on peut citer :
une contribution dans la revue Chimères, « Marcher contre le marché » (Numéro 93), une performance en compagnie de la chorégraphe Saâdia Souyah au collège international de philosophie, « Derrida Arabesques » (2018), une installation à LaGaleru, «Voile-vide » (2017), Festival OOHLAL’ART « Aéro » (installation, 2016), « Corps et Graphie », performance dans le cadre de la journée internationale de la danse à Tunis (2015), « Je suis tracé, donc je trace », performances sur le chemin de Compostelle (IRL et sur le Web, 2014), Festival des Éphémères , installation aux Jardins d’Éole à Paris (2013), « Code and Link » et «Qu’est-ce et Qui se trame ?», performances et installation en Italie (IRL et Web, 2012), Instants Flux, performance ENTRE-DEUX flux : entre B’chira Art Center à Tunis et l’atelier de Ridha Dhib à Paris. (IRL et sur le Web, 2012), et Printemps des Arts de la Marsa en Tunisie (2010), Resonance(s) a Deleuze and Guattari conference on Philosophy, Art and Politics, installation/performance au SantraIistanbul, Istanbul (2010), Expo Sichtbare gedachten Geel : exposition à Geel, (Belgique ,2010), Land art Rhizome au pays du soleil Levant à Nara et Kyoto (2007)…

Note :
1 « In Real Life , littéralement « dans la vraie vie », expression couramment employée sur Internet pour désigner la vie en dehors d’Internet.

Liens utiles :

 

L’art d’être solivagant

Le solivagant est un marcheur qui choisit le vagabondage solitaire.  

La pratique de la marche occupe désormais une place prépondérante dans les activités récréatives de tourisme et de bien-être. De multiples offres utilisent la marche pour « endoctriner » le marcheur en lui vendant découverte du territoire, tissage de lien social, fabrique d’un sentiment d’appartenance, adhésion à un projet d’aménagement de préférence structurant. Un utilitarisme qui implique des marches organisées. Ces marches grégaires donnent lieu à de longues files s’effilochant sur des sentiers où chacun est invité à partager une expérience collective. Les chemins de la foi, les marches contestataires, les visites guidées ont décliné la formule avec succès. Des chemins méconnus, des sentiers peu pratiqués se transforment ainsi, par la grâce des organisateurs, en véritables autoroutes à marcheurs. Objectif considéré comme un succès.

I need to be alone. I need to ponder my shame and my despair in seclusion; I need the sunshine and the paving stones of the streets without companions, without conversation, face to face with myself, with only the music of my heart for company.  – Henry Miller in Tropic of Cancer.

Mais la marche est encore aussi pour certain synonyme d’«ennui». Alors interrogeons-nous, que se passe-t-il si nous revisitons une conception solitaire et regardons comment la marche peut être bénéfique pour vaincre le mal-être, pour améliorer la santé physique et mentale, favoriser une nouvelle conscience de soi?

For my part, I travel not to go anywhere, but to go. – Robert Louis Stevenson
Socialement, nous sommes constamment poussés vers la prochaine opportunité à découvrir au bout de la rue. Souvent, cela signifie que nous quêtons une hypothétique satisfaction, plutôt que d’accepter de vivre dans le présent, nous poursuivons une promesse future toujours hors de portée.  La même problématique s’applique à la marche. Nous marchons de préférence s’il y a un but. Nous marchons vers notre lieu de travail, notre lieu d’étude, de loisirs, ou pour aller vers un objectif qui nous a été assigné. Mais que faire si nous commençons à marcher juste pour notre plaisir personnel? Etre solitaire est un choix, alors que la solitude ne l’est pas. 

Il s’avère que ce vagabondage, contrairement à une opinion répandue, n’est pas une errance stérile mais favorise le bien-être, d’autant plus facilement qu’il s’agit d’une pratique accessible à tout un chacun dans son environnement immédiat.

Finsbury Park North London by Alamy

 

Il n’y a rien de tel que la marche solitaire

Solitude is independence. It had been my wish and with the years I had attained it. It was cold. Oh, cold enough! But it was also still, wonderfully still and vast like the cold stillness of space in which the stars revolve. – Hermann Hesse in Steppenwolf

La marche en solitaire présente des similitudes avec la dérive psychogéographique chère aux situationnistes. La psychogéographie doit s’entendre littéralement comme un point de convergence de la psychologie et de la géographie, concernant la dérive urbaine. Mais le principe posé par Guy Debord peut être élargi à des pratiques périphériques comme le voyage mental, la flânerie ou encore le vagabondage.  Malgré la disparité apparente de ces pratiques, elles agrègent des invariants, dont la marche est l’élément fondamental.

Rex Features

 

Qu’il se nomme marcheur, flâneur ou promeneur, le piéton à une dimension politique  caractéristique de la psychogéographie, l’opposition à l’autorité à laquelle s’adjoint un sens de la provocation pouvant prendre des formes ludiques. La psychogéographie actuelle s’inscrit dans des approches liant une histoire locale à une enquête géographique.

Lors d’une promenade dans notre environnement, nous découvrirons avant tout, que même seul, nous participons de quelque chose qui nous dépasse.

Vous pouvez sur tous les sites, touristiques ou pas, croiser des personnes isolées. Avant que vous n’en ayez conscience, vous serez en phase avec eux. Les «solivagants», un type de personne,  que je vous invite à découvrir. Des errants solitaires avec lesquels vous partagerez des instants et des émotions éphémères, une complicité fugace tant chacun veille à respecter l’Autre.

Le solitaire est un diminutif du sauvage, accepté par la civilisation. -Victor Hugo in L’Homme qui rit

N’attendez rien, gagnez tout

Les événements aussi minuscules soient-ils adviennent quand on s’y attend le moins, et ce sont souvent les meilleures surprises. Cela survient lors de marche sans but – autrement dit de marche méditative.

Si vous venez sans attente, autre que de vous abandonner à votre environnement, je peux vous assurer que vous allez acquérir quelque chose d’intangible, de l’ordre d’une expérience bénéfique.

Not all who wander are lost. -Tolkien in The Lord of the Rings

L’expérience du solivagant, favorise l’acquisition d’une meilleure conscience de soi. Peut-être parce que l’on est plus à l’aise en sa propre compagnie, avec rien d’autre que ses propres pensées pour se guider.

Un homme seul – 2005 – photo : imagineur

On se laisse envahir par une seule pensée – je veux marcher, simplement pour le plaisir de marcher et m’immerger dans mon environnement immédiat.

En anglais Listen & Silent s’épellent avec les mêmes lettres, ce qui est une invitation à combiner écoute et silence.

Christian Marclay- 2005

 

Quand on a une tendance à la rumination mentale, à se perdre dans ses pensées, la pratique de la promenade apprend à être plus en accord avec ses propres pensées et à apprécier le lieu dans lequel on évolue.  Une attitude positive, de la confiance en soi s’acquiert lorsqu’on s’y attend le moins, d’où la nécessité de rester réceptif.

L’habitude de rentrer en moi-même me fit perdre enfin le sentiment et presque le souvenir de mes maux, j’appris ainsi par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous. -Jean-Jacques Rousseau in Rêverie d’un promeneur solitaire

Un voyage d’un millier de lieues commence par un simple pas. -Lao Tseu

Si vous choisissez de profiter du moment, choisissez le bonheur hic et nunc, votre esprit peut alors atteindre son vrai potentiel. Si au contraire, vous pensez toujours conditionnellement  « Je serais heureux, si seulement … », vous nourrirez inévitablement votre esprit avec des échecs.

Adopter la position du solivagant dans sa vie (celui d’être à l’aise seul et d’apprécier les sites qui se trouvent sur le chemin que vous rencontrez) constitue un moyen simple d’accomplir un changement positif.

Johanna Obando- The traveller 2013

Essayez, où que vous viviez – n’hésitez pas à enrichir votre expérience en prenant des photos, du café ou du thé, mais faites simplement des promenades, par amour de la marche et appréciez le monde qui vous entoure.

 

Voyage d’hiVer-sailles

Sous la houlette de Jean de Loisy, l’équipe du Palais de Tokyo présente une exposition de 16 oeuvres dans les bosquets, les allées, les bassins et les places des jardins de Versailles, jusqu’au 7 janvier.

«Nous étions en hiver. Une journée splendide. Les perspectives, les branches des arbres, les statues étaient dessinées par ce crayon que l’air pur et glacé sait finement tailler.» ainsi débute la réflexion sur la proposition de promenade poétique dans les aménagements de Le Nôtre, selon Jean de Loisy.

Céline Minard est l’auteur du texte du catalogue Voyage d’Hiver.
L’auteur y présente les créations, sur les thèmes de la promenade et des transformations de la nature en hiver, de douze artistes qui ont chacun investi les jardins du château de Versailles. Elle propose une fiction intitulée Grenouilles en grands manteaux en complément du projet artistique.

Une occasion de se laisser guider dans ce qui est l’un des plus grands musées de la statuaire en plein air. Seize artistes contemporains ajoutent leurs oeuvres à celle des créateurs auxquels Louis XIV avait confié l’ornementation des jardins. Ils ont conçu, en dialogue avec les organisateurs, une dramaturgie qui conduit le visiteur de l’un à l’autre des bosquets, ces étranges salons végétaux, selon une progression émotionnelle calculée, jouant avec les significations historiques ou mythologiques de chacun des lieux.

Sculptures, installations sonores, tableaux, drapés, reflets, oxydations, glaciations sont quelques-unes des techniques utilisées pour transformer la flânerie du visiteur en une expérience personnelle qui lui rende perceptibles les mutations de la nature, de la gloire de l’automne à la minéralisation orgueilleuse de l’hiver. C’est cette correspondance entre temps cosmique et temps humain que le titre souligne, puisque Voyage d’hiver rappelle évidemment la poignante méditation de Schubert sur ce thème.

Une déambulation, sous une lumière différente, de la flamboyance automnale à la grisaille mélancolique de l’hiver, en sens inverse des promenades royales pour découvrir des oeuvres actuelles dans des espaces aménagés par André Le Nôtre, en conversation à travers leurs dimensions poétiques et ludiques, dans un échange où trouvent place les illusions d’optique, les troubles perceptifs que provoquent les mises en scène de la nature dans les salons verts.

Sites remarquables

Le bosquet des Bains d’Apollon actuel date du règne de Louis XVI et fut aménagé entre 1778 et 1781. À son emplacement, Le Nôtre avait d’abord créé, vers 1670, le pittoresque bosquet du Marais, dont la principale décoration consistait en un bassin bordé de roseaux de métal peints au naturel et orné en son centre d’un arbre de métal crachant de l’eau.

En 1705, ce bosquet plein de fantaisie disparaît pour laisser la place aux groupes d’Apollon servi par les nymphes et des Chevaux du Soleil que Jules Hardouin-Mansart place sous des baldaquins de plomb doré et sur des socles bordés par un bassin. La partie ouest du bosquet est aménagée sous Louis XV pour le dauphin. Les deux parties du bosquet sont totalement modifiées sous Louis XVI et le peintre Hubert Robert y conçoit un jardin à l’anglaise dont le centre est occupé par un lac que domine un immense rocher factice agrémenté de cascades et creusé d’une grotte dans laquelle est installé le groupe d’Apollon, tandis que les deux groupes des Chevaux du Soleil sont placés de part et d’autre.

La fontaine de l’Encelade fut exécutée en plomb par Gaspard Marsy entre 1675 et 1677. Le sujet en est emprunté à l’histoire de la chute des Titans, ensevelis sous les rochers de l’Olympe par les dieux qu’ils avaient voulu détrôner.

Le sculpteur a représenté le géant Encelade à demi englouti sous un amoncèlement rocheux, luttant contre la mort et dont la souffrance se traduit par le puissant jet qui s’échappe de sa bouche, comme un cri. Le dessin du bosquet, dont le pourtour est scandé par des pavillons de treillage reliés par des berceaux, a été totalement modifié en 1706 par Jules Hardouin-Mansart qui transforme cet espace fermé en carrefour ouvert en supprimant les treillages, les petits bassins et la dénivellation d’origine. Un programme de restauration mené de 1992 à 1998 a permis de restituer à ce bosquet son aspect d’origine.

Construite à partir de 1685 par Jules Hardouin-Mansart, la Colonnade a remplacé un bosquet créé par Le Nôtre en 1679 : le bosquet des Sources. Péristyle circulaire de plus de quarante mètres de diamètre, l’ouvrage s’appuie sur trente-deux pilastres servant de contreforts aux arcades que soutiennent trente-deux colonnes ioniques.

Les pilastres sont tous en marbre du Languedoc tandis que les colonnes alternent entre marbre bleu turquin, brèche violette et marbre du Languedoc. Cette discrète polychromie contribue à faire ressortir la blancheur du marbre de Carrare employé pour les arcades et les vases de la corniche. Le décor sculpté des écoinçons, réalisé entre 1685 et 1687 par les sculpteurs Coysevox, Le Hongre, Tuby, Mazière, Leconte, Granier et Vigier, représente des Amours s’adonnant à la musique ou à des jeux champêtres. Sous vingt-huit des trente-deux arcades, dont les clés d’arc sont ornées de masques de divinités marines ou agrestes, des fontaines jaillissantes se déversent dans une goulotte qui entoure le péristyle. Au centre, le bassin d’origine a été remplacé dès 1696 par le groupe de Girardon, L’Enlèvement de Proserpine par Pluton.

Le bosquet de la Salle de Bal est le dernier bosquet que Le Nôtre aménagea dans les jardins. Les travaux, commencés en 1680, s’achevèrent en 1685.

Le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, y donna un grand souper pour son inauguration. Le bosquet est traité comme un amphithéâtre de verdure. Au centre, l’arène avait été dotée d’un îlot ceinturé d’un canal à deux niveaux et accessible par quatre petits ponts. Cet îlot, destiné à la danse, fut supprimé par Jules Hardouin-Mansart en 1707. Le Nôtre utilisa habilement l’importante déclivité provoquée par les rampes du parterre de Latone pour concevoir une grande cascade – la seule de Versailles – qui occupe tout le côté oriental de l’amphithéâtre. Cette cascade à huit degrés est scandée de rampes de marbre. L’ensemble a reçu un décor de pierres de meulière et de coquillages, auquel s’ajoutent de grands guéridons et des vases de plomb doré. Les gradins destinés aux spectateurs sont soulignés par des buis taillés.

(les descriptions des 4 sites sont extraites de http://www.chateauversailles.fr/decouvrir/domaine/jardins/bosquets#bosquets-sud)

Le parcours

Voyage d’hiver promet de transformer la flânerie du visiteur en une expérience personnelle qui lui rende perceptible les mutations de la nature, de la gloire de l’automne à la minéralisation orgueilleuse de l’hiver . Jean de Loisy

Les oeuvres

1-Marguerite Humeau Bosquet de l’Arc de Triomphe

RIDDLES, un sphinx qui protège la Terre de l’Humanité

L’oeuvre de Marguerite Humeau s’articule autour de récits fondateurs : l’origine de l’humanité, l’apparition du langage, la naissance du sentiment amoureux ou encore l’origine de la guerre. Ses oeuvres sont élaborées à partir d’un dialogue avec des ingénieurs en robotique, des paléontologues, des biologistes, etc. que l’artiste mêle à des récits de science-fiction.
Chacune fait intervenir un protagoniste principal ; une créature hybride, à la fois chimère, spectre et cyborg.

2-David Altmejd Bosquet des Trois Fontaines

L’oeil, le Souffle

Fruit d’un intérêt pour la biologie autant que pour la mythologie, l’oeuvre de David Altmejd mêle l’univers scientifique à celui des traditions animistes et des légendes anciennes. Il invente des mythes ; chaque série de sculptures pouvant être considérée comme l’allégorie d’un moment-clé de la création du monde.

3-John Giorno Bosquet des Bains d’Apollon

Personnage iconique des premiers films d’Andy Warhol, John Giorno s’inspire de la libre appropriation des images du Pop Art et capture sur le vif la langue populaire des publicités, de la télévision, des journaux et de la rue. Dans la lignée de la Beat Generation, il renouvelle le genre de la « poésie trouvée » et oeuvre pour rendre la poésie ouverte à tous.

4-Dominique Petitgand Bosquet du Dauphin

Depuis 1992, Dominique Petitgand réalise des pièces sonores. Des oeuvres où les voix, les bruits, les atmosphères musicales et les silences, construisent par le biais du montage des micro-univers. L’ambiguïté subsiste en permanence entre un principe de réalité (l’enregistrement de paroles) et une projection dans des « récits et paysages mentaux », des histoires en creux, en devenir, qui n’appartiennent qu’à l’auditeur.

5-Mark Manders Bosquet de l’Etoile

Dry Clay head

Mark Manders poursuit depuis 1986 un projet intitulé Self-portrait as a Building. Il s’agit de réaliser un autoportrait dans l’espace avec des objets, en mêlant des éléments architecturaux et des références iconographiques aussi savantes qu’éclectiques ; mêlant l’antiquité grecque à la peinture flamande, la renaissance italienne à l’art brut.

6-Jean-Marie Appriou Bosquet de l’Obélisque

les saisons

Le travail de Jean-Marie Appriou s’inscrit dans un aller – retour entre l’observation et le laboratoire en atelier. Il s’inspire desmatériaux et de leurs réactions pour construire une trame narrative et symbolique. Malgré le savoir-faire acquis au fil des productions, il souhaite cultiver l’expérimentation, testant ainsi des procédés non conventionnels.

7-Cameron Jamie Bosquet de l’Encelade

extrait de la série Spine Station

Cameron Jamie s’interroge sur la manière dont se manifeste la force rémanente avec laquelle les légendes anciennes continuent de structurer notre imaginaire. Sa pratique est partagée entre plusieurs médiums, la vidéo, le dessin et la sculpture.

8-Hicham Berrada Bosquet des Dômes

 

Hicham Berrada compose ses installations comme autant de tableaux vivants. Il provoque dans ses oeuvres des réactions chimiques de manière à rendre perceptibles les métamorphoses discrètes – parfois microscopiques – de la nature.

9-Ugo Rondinone Char d’Apollon

The Sun

Ugo Rondinone parcourt le spectre des émotions qui jalonnent toute existence humaine, provoquant chez le spectateur autant l’enchantement que la mélancolie. L’ensemble de son oeuvre est alimenté par une méditation sur la nature et le cycle de la vie ; la vanité de toute existence ainsi que la répétition d’instants magiques et presque hors du temps.

10-Sheila Hicks Bosquet de la Colonnade

Prospérine en chrysalide

Sheila Hicks, artiste intéressée par l’ethnographie, s’inspire des pratiques de tissage de diverses cultures, des techniques traditionnelles aux productions industrielles.

11-Tomás Saraceno Jardin du Roi

Cloud cities

Tomás Saraceno s’inspire des toiles d’araignées pour imaginer des architectures utopiques flottant dans les airs. Chaque sculpture offre une modélisation d’un idéal de vie. Son renversement des lois de la gravité fait disparaître frontières et territoires. Il explore les possibilités inexploitées de la nature en cherchant parmi les modes non-humains d’action et de communication.

12-Anita Molinero Bassin du Miroir

Floraison pour Nollopa

Anita Molinero privilégie l’énergie du geste et de l’improvisation tout en revenant sans cesse aux fondamentaux de la sculpture : le poids et la masse, le plein et le vide, le socle, le volume, etc. Composant ses premières sculptures avec des objets et des matériaux de récupération, elle choisit par la suite d’apporter aux formes la puissance de l’irréversibilité du geste. Elle adopte pour cela le plastique et une série de matériaux toxiques qu’elle coupe, brûle, lacère, sculpte.

13-Oliver Beer Bosquet de la Girandole

Accord/Tacet

À travers une perspective acoustique, les oeuvres d’Oliver Beer révèlent la musicalité innée du monde physique et construisent de nouvelles formes de narration et de composition musicale. Sa double formation, en composition musicale et en arts plastiques, l’a amené à s’intéresser très tôt à la relation qui existe entre le son et l’espace, en particulier à travers la voix et l’architecture.

14-Louise Sartor Allée du Labyrinthe

 

« C’est estre fou que n’aimer rien »

Louise Sartor réalise des séries de peintures à la gouache de très petit format sur des supports sans qualité et particulièrement fragiles : pages de papier journal déchirées, boîte d’oeufs, etc. Les motifs sont inspirés de photographies reprenant des scènes du quotidien.

15-Rick Owens Bosquet de la Reine

Untitled

Rick Owens est un designer et créateur de mode ancré dans le mouvement minimaliste et « antifashion » des années 1990. Décrivant son travail comme « la rencontre entre Frankenstein et Garbo, tombant amoureux dans un bar SM », il est considéré, depuis la création de son label en 1994, comme l’une des figures les plus radicales et controversées de la mode.

16-Stéphane Thidet Bosquet de la Salle de Bal

Bruit Blanc

Stéphane Thidet crée des univers ordinaires au sein desquels s’opèrent des décalages, des pas de côté, nous offrant une vision distordue et poétique de la réalité. S’appuyant sur des situations de la vie courante, sur des signes appartenant à la mémoire collective comme sur les soubresauts de l’histoire, ses oeuvres suggèrent une fiction non accessible mais perceptible, qui confronte le spectateur à une « mise en péril des choses ».

 

informations pratiques

Château de Versailles
Place d’armes
78000 Versailles

RER : Versailles – Chantiers (C)

Quatre fontaines historiques donnent au jardin un mouvement giratoire qui suit le rythme des saisons. « Voyage d’hiver » accompagne pour trois mois ces métamorphoses en proposant une promenade méditative au coeur du parc qui bascule doucement dans le froid et le gel.

Accès gratuit tous les mardis aux dimanches de 10h à 17h
(sauf les 22, 24, 27 et 28 octobre de 9h à 19h, les 29 et 31 octobre de 9h à 17h30).
L’accès aux jardins est payant les jours de Jardins Musicaux et de Grandes Eaux
Musicales les mardis 24 et 31 ainsi que le vendredi 27, le samedi 28 et
les dimanches 22 et 29 octobre.

 

 

Entre prière et ode – Franck Ancel

La librairie Mazarine,  présente jusqu’au 24 juin une exposition de Franck Ancel.  Un projet multimédia qui s’ancre à la frontière franco-espagnole sur Cerbère et ses environs.

Ce territoire frontalier, qui dit frontière disait avant l’espace Schengen, contrebande et par conséquent chemins de montagne qui évitent les douanes.

vue Google map de Portbou

« En 1998, Franck Ancel découvre simultanément sur la frontière franco-espagnole l’hôtel le Belvédère du Rayon vert, à Cerbère, et Passages le monument de Dani Karavan à Portbou… »*

Hôtel Le Belvédère du rayon vert à Cerbère

Puis de rebond en écho, au fil des années le projet embarque Vila-Matas, Frédéric Kiesler, Marcel Duchamp et Walter Benjamin.

« En 2004, Franck Ancel lit dans Passages de Dani Karavan un extrait du Labyrinthe d’Odradek, de Vila-Matas. »*

Odradek est un mot que l’on trouve dans la nouvelle inachevée de Kafka Le souci du père de famille .
[Ce mot inventé a donné lieu a de multiples interprétations, il désigne à la fois une poupée et un prodige tombé du ciel, une mécanique de l’horreur et une étoile, une figure du disparate et un microcosme ; en somme, le modèle réduit de toutes les ambiguïtés d’échelle de l’imaginaire, car selon Walter Benjamin « Odradek est la forme que prennent les choses oubliées. »] Description issue de Liminaire.

 

Dani Karavan-Passages- photo Jaume Blassi

 

 

Ce projet généré par un lieu, des passages et des échos artistiques se matérialise sous la forme d’une application pour mobile : Chess-border, téléchargement gratuit sur l’App Store ou sur Google Play, en cinq langues. L’appli enrichit l’écoute sur le Vinyle, en vente à la librairie, d’extraits de la lecture du livre de Vila-Matas par Franck Ancel et d’une spirale sonore réalisée par Vincent Epplay à partir de sirènes.

capture écran de Chess-border

Chess-border, titre polysémique, joue sur les mots : jeu d’échec et frontière respectivement pour chess et border en anglais qui en mot composé désigne le plateau de jeu. Particulièrement soignée, l’appli permet d’appréhender la globalité de l’oeuvre grâce à une interface efficace. Le plus techno, un damier d’échec qui se modélise sur les Pyrénées en géolocalisation. Vous pourrez en profiter lors de la marche que nous vous proposons sur les pas de Walter Benjamin :

Parcours

depuis le hameau du Puig del Más. En grimpant dans les vignes, puis par d’anciens chemins en balcon, vous marcherez au milieu d’une végétation assez dense mais relativement rase.
Suivre le balisage Jaune du « Sentier Walter Benjamin« , qui coïncide également avec un ancien chemin de contrebandiers et avec la Route Lister, jusqu’à la Tour de Querroig.
Un chemin en balcon, après être passé sous la ligne à Haute-tension amène à la frontière franco-espagnole. Le retour depuis la Tour de Querroig se fait par un chemin de crête. le panorama est superbe.

Distance de Banyuls à Portbou : 14,45km, prévoir une durée de 5h30 en comptant une pause d’une heure.  Le chemin culmine à 745m d’altitude.

A Portbou, une visite de l’immense gare s’impose avant de rejoindre le cimetière marin.

*extraits du texte au recto de la pochette du Vinyle en vente sur place – voir repro ci-dessous

verso de la pochette du Vinyle

                                           Librairie Mazarine, 78 rue Mazarine, Paris 6

Sur les pas de Pierre Lambert à Woluwe

Le parcours artistique d’Alain Snyers questionne l’art action, les gestes dans l’espace public, les processus de communication par l’image et les manoeuvres artistiques engagées dans l’urbanité. Membre du groupe Untel, Alain Snyers a développé une activité artistique personnelle foisonnante comme en témoigne sa dernière publication chez L’Harmattan : Le récit d’une œuvre 1975-2015.

C’est en Belgique sur les communes de Woluwe-St-Pierre et Woluwe-St-Lambert qu’il a articulé un projet original de promenade urbaine. Dans le cadre de la manifestation Alphabetvilles pour La Langue Française en Fête, Alain Snyers a coordonné un ensemble d’événements à travers un parcours composé de 4 circuits urbains autour d’un personnage imaginaire Pierre Lambert.

« Sur les traces de Pierre Lambert- par son biographe autoproclamé Alain Snyers », l’artiste nous convie à une visite des sites fréquentés par son personnage. De succulents textes décrivent à travers les âges de la vie du personnage les différents lieux de cette géographie bien réelle revisitée par les facétieux détails de son histoire.

L’ensemble du dispositif, y compris la biographie complète de Pierre Lambert sont consultables à l’adresse suivante : https://www.alphabetvilles.com/sur-les-traces-de-pierre-lambert.

Le document de présentation explique l’opération : L’axe principal d’ALPHABETVILLES est la réalisation d’un décor urbain de mots « Sur les traces de Pierre Lambert », un parcours traversera le territoire des deux communes en reliant 26 “stations” correspondant aux 26 lettres de l’alphabet. A chaque étape, une lettre « grand format » servira de fil rouge pour raconter l’histoire de ce personnage imaginaire, Pierre Lambert, qui aurait vécu dans les deux communes. Le parcours sera notamment fléché par des panneaux signalétiques détournés par l’artiste Alain Snyers.

Une découverte urbaine par une marche décalée qui confère une existence imaginaire à des lieux d’intérêts locaux. Les acteurs associatifs et des collectifs d’artistes contribuent à la diversité de la manifestation qui s’est déroulée du 18 au 26 mars 2017. Le projet agrège un ensemble de propositions qui de la carte avec parodies publicitaires aux panneaux d’affichage utilise tous les attributs de la communication événementielle urbaine.

 

La piste des Apaches

Fondée en 2010, la Biennale de Belleville est le fruit d’une rencontre entre ce quartier de l’Est
parisien et un groupe de commissaires, de critiques d’art et d’artistes.
Jouant sur l’absence de lieu central pour en faire un de ses points de force, la Biennale de
Belleville se déploie du Pavillon carré de Baudouin au belvédère de la rue Piat, de la rue de
Belleville pour s’étirer davantage vers l’Est de Paris.
Reposant sur un principe de mixité des lieux et de variété des interventions, la Biennale allie
ainsi performances déambulatoires et expositions collectives.
Depuis deux éditions, la Biennale de Belleville dessine de nouveaux itinéraires et met en
place des manières originales d’appréhender l’art contemporain.
A cette occasion DéMarches proposera Hors-Circuits, un walkscape urbain de Pantin au Bourget en passant par Bobigny.

La Biennale de Belleville 3

Paris Art

Wall Street International

vernissage de la Biennale de Belleville by Saywho

Slash Paris

TCQVAR

 

HORS_CIRCUITS AFFICH

Un événement DéMarche

Pantin-Le Bourget

_MG_5098_DxOWalkScape proposé par l’association DéMarches
Auteurs : Clayssen/Laforet
Biennale de Belleville / Septembre –octobre 2014

Les territoires actuels sont inventés : ils sont exhumés et créés, dans un même mouvement, dans la foulée. C’est en ce sens que traverser ces espaces aboutit aussi à les produire. : il n’y a pas de regard à l’état sauvage qui permette de les saisir à nu, mais une intrication du donné et du projeté, du donné et du plaqué, du déjà là et du fabriqué, de la découverte et de la production, et par conséquent de la traversée des territoires actuels et de leur création. La traversée est invention. Thierry Davila in Marcher, Créer.

Deux météorites mondialisées du milieu artistique international sont tombées au beau milieu du chaos de la banlieue parisienne, les galeries Thaddaeus Ropac à Pantin et Gagosian au Bourget. Deux objets culturels sortis de leur contexte habituel, il était intéressant de voir ce qu’il y a dans l’interstice, de parcourir le territoire entre les deux cratères, d’examiner quel lien peut exister à la fois entre les deux et au milieu des deux. Voyage donc dans l’entre-deux, quel paysage s’y déploie, y a t il quelque chose à voir ou rien ou si peu ? Quels signaux faibles, où en est l’entropie dans ce hors-circuit, quel paysage peut-on construire sur ce vide, cette absence de mythe, cette vacance de la Disneylisation millimétrée du monde ?