La piste des Apaches

Fondée en 2010, la Biennale de Belleville est le fruit d’une rencontre entre ce quartier de l’Est
parisien et un groupe de commissaires, de critiques d’art et d’artistes.
Jouant sur l’absence de lieu central pour en faire un de ses points de force, la Biennale de
Belleville se déploie du Pavillon carré de Baudouin au belvédère de la rue Piat, de la rue de
Belleville pour s’étirer davantage vers l’Est de Paris.
Reposant sur un principe de mixité des lieux et de variété des interventions, la Biennale allie
ainsi performances déambulatoires et expositions collectives.
Depuis deux éditions, la Biennale de Belleville dessine de nouveaux itinéraires et met en
place des manières originales d’appréhender l’art contemporain.
A cette occasion DéMarches proposera Hors-Circuits, un walkscape urbain de Pantin au Bourget en passant par Bobigny.

La Biennale de Belleville 3

Paris Art

Wall Street International

vernissage de la Biennale de Belleville by Saywho

Slash Paris

TCQVAR

 

HORS_CIRCUITS AFFICH

Un événement DéMarche

Pantin-Le Bourget

_MG_5098_DxOWalkScape proposé par l’association DéMarches
Auteurs : Clayssen/Laforet
Biennale de Belleville / Septembre –octobre 2014

Les territoires actuels sont inventés : ils sont exhumés et créés, dans un même mouvement, dans la foulée. C’est en ce sens que traverser ces espaces aboutit aussi à les produire. : il n’y a pas de regard à l’état sauvage qui permette de les saisir à nu, mais une intrication du donné et du projeté, du donné et du plaqué, du déjà là et du fabriqué, de la découverte et de la production, et par conséquent de la traversée des territoires actuels et de leur création. La traversée est invention. Thierry Davila in Marcher, Créer.

Deux météorites mondialisées du milieu artistique international sont tombées au beau milieu du chaos de la banlieue parisienne, les galeries Thaddaeus Ropac à Pantin et Gagosian au Bourget. Deux objets culturels sortis de leur contexte habituel, il était intéressant de voir ce qu’il y a dans l’interstice, de parcourir le territoire entre les deux cratères, d’examiner quel lien peut exister à la fois entre les deux et au milieu des deux. Voyage donc dans l’entre-deux, quel paysage s’y déploie, y a t il quelque chose à voir ou rien ou si peu ? Quels signaux faibles, où en est l’entropie dans ce hors-circuit, quel paysage peut-on construire sur ce vide, cette absence de mythe, cette vacance de la Disneylisation millimétrée du monde ?

La caRte

15Km à pied
3 heures 45 de marche
18 623 pas

HORSCIRCUITW

Hors-circuits – temps de parcours et infos déplacement

0’00 ‘’ Galerie Thaddaeus Ropac, Avenue Général Leclerc, Pantin 1

6’30’’ Château d’eau, entrée du cimetière (urinoir à gauche de l’entrée)

Ensuite prendre Av. des Platanes (vers les cyprès) puis à droite

26’00’’ Avenue de la Zone à gauche

Sortie à droite Avenue Jean-Jaurès

Fort d’Aubervilliers

Zingaro (métro)

38’45’’ à droite sur le parking, Avenue de la Division Leclerc

57’50’’ Parc Départemental des sports de Paris Seine St Denis

(urinoir dans bâtiment à gauche de l’entrée)

1h00’ Sortie Parc des sports prendre à droite promenade Django Reinhardt tout droit jusqu’à la rue de l’Etoile.

Dans la rue de l’Etoile prendre la 1ère rue à droite, rue de l’Amicale qui longe l’arrière du terrain de l’ancienne gare de Bobigny jusqu’à la rue Gustave Moreau sur la droite (Chapelle de l’Etoile)

1h22’ Emprunter le pont routier

1h30’ Carrefour Repiquet (champ de pierres )

Traverser le terrain de jeux,

Sortie à gauche vers tunnel de Bobigny sortie n°221

1h42’30’’ traverser vers la gauche dans l’axe de la passerelle Julian Grimau prendre le tunnel pour sortir à gauche rue Diderot

2h00’’ Mur de soutènement en pierres sous grillages

Retourner vers la passerelle Julian Grimau

Suivre la rue Julian Grimau au bout tourner à gauche rue de la Courneuve puis à droite rue Jean-Pierre Timbaud (panneau Drancy à gauche)

Prendre à droite l’Avenue Vaillant Couturier (temple indien sur le trottoir de gauche en allant vers Le Bourget).

2h30’ commune du Bourget (sur la droite l’ancien cinéma Aviatic)

Suivre l’avenue de la Division Leclerc

Passer au-dessus de l’autoroute et prendre à gauche le long des bâtiments de la zone aéroportuaire

3h10’ Aéroport du Bourget (Musée de l’air et de l’espace)

Sortir pour traverser la nationale

vers la Cité Germain Dorel, au Blanc Mesnil

Puis retour le long des pistes jusqu’à la rue de Stockholm vers la Galerie Larry Gagosian 2

3h45 Fin du parcours

Retour vers Paris arrêt bus n° 350  devant l’aéroport

RATP- 350 – Horaires du samedi

Musée de l’Air et de l’Espace 16.16 16.36 16.56 17.16 17.36 17.56 18.16 18.36 18.55 19.15 19.35 19.54 20.14
Porte de la Chapelle
Gare de l’Est
16.34
16.51
16.54
17.11
17.14
17.31
17.34
17.51
17.54
18.11
18.14
18.31
18.34
18.51
18.53
19.10
19.12
19.29
19.32
19.48
19.51
20.07
20.08
20.24
20.27
20.43

 

Notes

1-Galerie Thaddaeus Ropac

69 avenue du Général Leclerc
93500
PANTIN RER : E, Pantin

2-Galerie Larry Gagosian

800 avenue de l’Europe
93350
LE BOURGET

Autoroute : A1
Bus : 350, 152 arrêt Musée de l’Air et de l’Espace
RER : B, Le Bourget puis bus 152

 

 

Les Points de vue

Les points de vue sont les aspérités remarquables du paysage créé par le walkscape. Ouvrages, bâtiments, végétation, curiosités, ce sont eux qui donnent le La, la couleur du parcours et sa tonalité, le rythme et la structure des récits engendrés par la marche.
HORS-CIRCUITW

15Km entre les galeries Ropac et Gagosian en milieu urbain de basse densité
Un parcours d’environ 15 Km avec un départ à Pantin, au pied de la galerie Thaddaeus Ropac, autour de la station de métro Quatre Chemins, vaste hangar sophistiqué, en direction de l’aéroport du Bourget, au milieu des friches industrielles plus ou moins reconverties, d’un grand cimetière, de parkings sauvages, de jardins ouvriers, d’une cité perdue mais classée, des fantômes de la Shoah, de zones de transit et d’un ouvrage d’art autoroutier sans égal, de temples colorés enfouis dans la jungle urbaine, de pistes d’envol, d’une autre cité oubliée dans les plis de l’histoire et pour finir dans la re-visitation industrielle précieuse de la galerie Gagosian en lisière de l’aéroport.

TraVerses

Documentation complète du parcours et des principaux points de vue, et un peu d’atmosphère…
Cliquez sur la première photo pour voir la galerie.

Photos Patrick Laforet

FragmeNts 1

Voyage au milieu du Rien

Démarrage du walkscape, départ de la fameuse galerie Thadhaeus Ropac, repaire des collectionneurs mondiaux de l’art, luxe, calme et volupté. Ensuite poursuite dans le rien de la banlieue, détails, petits signes, déréliction parfois, surprises affectueuses, parkings, cartes, tags partout, jusqu’aux champs de pierres conceptuels du rond-point Riquet.

Photos Patrick Laforet

FragmeNts 2

La Ville discontinue

Suite du parcours. Le Rien s’étend et parfois se rétrécit. Des jeux, du végétal, de la chapelle, des tags encore et partout jusqu’à la démesure pharaonique du tunnel de Bobigny, passage au-dessus des voies ferrées, mauvaise ambiance, spectres blancs de la Shoa à drancy, temple millénaire et arrivée à l’aéroport du Bourget.

Hors-Circuits +1

Un an après la première édition, nous avons repris le parcours Pantin-Le Bourget. En effet, dès la mise en place de Hors circuits, nous avions envisagé de suivre les évolutions de son environnement.Une marche permet de découvrir un état du parcours figé à l’instant du passage, remettre ses pas dans les pas de l’année précédente révèle les mutations infimes ou massives d’un environnement en continuelle évolution.

Jacques Clayssen, relevé des observations notées en septembre 2015

De la gentrification de Pantin aux évolutions du site aéroportuaire du Bourget, en passant par les constructions, réhabilitations , aménagements et dégradations de l’espace public, nous découvrons comment la nature estompe les entraves à l’implantation des populations précaires, comment des espaces occupés par des bidonvilles sont aujourd’hui rendus inaccessibles après avoir été vidé de leurs habitants.

Des immeubles aux façades miroitantes se dressent en lieu et place de pavillons, un hyper O’Marché frais ouvre sur 4800 m² à la Courneuve, il occupe le rez-de-chaussée d’un parking de 750 places sur 3 niveaux. Ces façades équipées de gigantesques panneaux lumineux affichent des prix compétitifs en continu.

Les empierrements se sont incrustés dans le sol et les herbes folles masquent les fossés de défense, la tour de l’Etoile est en cours de réhabilitation de même que des bâtiments de la cité. Le stade a bénéficié d’une réfection des bâtiments japonisants et des courts de tennis ont été restaurés. Le jardin des Vertus exposent sa luxuriance et le temple de Shivan est en travaux d’agrandissement. Les changements ont des rythmes différents suivants les communes et le type de zone traversé. Dans l’ensemble, les espaces ont été nettoyés, dans tous les sens du terme. Rendez-vous dans un an pour la suite.

 

 

Retour à Pantin par Patrick Laforet

Retrouvailles avec un vieil ami : le parcours Hors-Circuits, anniversaire sans bougies mais avec émotion. Rien ne change sauf de micro-variations : la ville se construit, les légumes poussent et meurent dans les jardins ouvriers, les tags se délitent doucement pour accéder au statut de fresque primitive, la pluie érode lentement le béton abandonné, quelques fleurs de plastique rythment la vie des autoroutes et ses drames invisibles, le paysage reste triste, tout va bien, pas de surprises, à l’année prochaine.

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Etat de marches

Ils nous ont accompagnés, les groupes des 5 marches. Chacun des cinq rendez-vous à 13h, à la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin, a été l’occasion de découvrir les candidats au walkscape « Hors Circuits ». Des personnes seules, des couples, des petits groupes d’amis tous intéressés par l’expérience originale que nous proposions. Personne n’est resté insensible à la découverte de ce parcours aux ambiances variées. A l’arrivée au Bourget, devant la galerie Larry Gagosian, cette marche stimulante a suscité de nombreux commentaires.

Verbatim

J’ai eu l’impression de faire un vrai voyage Brigitte, Fabrice, Lorraine,

Merci encore pour la belle ballade et vos lumières à tous deux samedi dernier…c’était vraiment un grand plaisir. Salim

Merci pour la marche d’hier, et tenez-moi informée svp des futurs parcours! Claire

Encore merci pour la marche de samedi. C’était formidable ! Marie-Ange

Je voulais vraiment vous remercier pour cette visite interurbaine. Elle était inhabituelle, baroque, comme la banlieue traversée. On pourrait faire l’analogie peut-être avec un jardin à l’abandon, où les herbes poussent chacune dans son coin, sans dessin d’ensemble. Du coup, ce n’est pas la volonté de départ qui compte (absente), mais le choix du promeneur… Brice

J’ai été soulagée quand vous avez annoncé qu’il ne s’agissait pas d’une visite guidée. Marina

Un grand merci à nos marcheurs.

 

Colloque de la marche

Lors du colloque, organisé par Aude Launay, le samedi 18 octobre au Carré de Baudouin dans le cadre de la Biennale de Belleville 3, les intervenants ont abordé la marche dans l’art.

Sous un titre emprunté à l’ouvrage de référence de Henry David Thoreau « de la marche », des artistes, des théoriciens et des auteurs ont développé leur point de vue.

Parmi ceux-ci, deux figures tutélaires pour l’association Démarches, l’artiste anglais Hamish Fulton et l’historien de l’art et commissaire d’exposition  Thierry Davila.

De Thierry Davila, nous présentons son ouvrage Marcher, Créer sur le site. Durant une intervention illustrée de nombreux exemples, Thierry Davila a brossé une histoire de la marche dans l’art depuis Dada. L’érudition de l’intervenant a permis aux participants d’approfondir et/ou de découvrir des travaux d’artistes.

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Hamish Fulton nous a fait l’amabilité de poser avec nous lors de cet après-midi studieux.

Artiste anglais né en 1946 à Londres qui vit et travaille à Canterbury dans le Kent.

Il s’agit d’un « walking artist » historique figurant dans de nombreuses collections institutionnelles et privées, françaises et étrangères, et présent sur la scène internationale depuis plus de quarante ans. Une figure de l’art contemporain qui a contribué à l’inscription de la marche dans le domaine artistique.

« C’est en 1973, à l’issue d’une marche du nord-est au sud-ouest de l’Angleterre (2ème marche d’une côte à l’autre) de quarante-sept jours, qu’il décide que son travail artistique résultera exclusivement de la marche : «Si je ne marche pas, je ne peux pas faire une œuvre d’art ». Sachant qu’ « un objet ne peut rivaliser avec une expérience », son travail artistique est une tentative de traduction de la quintessence de ses marches et de leur rapport au monde. Les paysages traversés et le corps du marcheur, mis à distance, ne sont donc que très rarement représentés. L’expérience intime inaugurale donne naissance, depuis le début des années 1970, à des œuvres encadrées et des livres qui combinent textes et photographies, auxquels se sont ajoutées la pratique picturale dès 1982 et des  performances collectives à partir de 1994. L’économie de moyens et le recours au pouvoir évocateur du langage (mots, langues, écritures) sont une constante de l’œuvre. Cependant, l’expérience première de la marche, indissociable de l’œuvre, l’éloigne de la démarche des artistes conceptuels pour qui l’idée prime sur la réalité expérimentée. » extrait de la présentation de l’exposition En marchant d’Hamish Fulton au Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon qui s’est déroulé du 30 octobre 2013 au 2 février 2014.

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

L’artiste a réalisé un parcours reliant l’Atlantique à la Méditerranée à travers les Pyrénées d’ouest en est en empruntant les traditionnels sentiers de grande randonnée qu’il a parfois délaissé au profit d’itinéraires personnels. En s’affranchissant des chemins balisés, Hamish Fulton inaugure des parcours personnels qui fondent sa liberté d’artiste.

Il ne s’agit ni d’une représentation de la marche, ni d’un enregistrement du parcours, mais d’une nouvelle mise en scène de cette marche de 23 jours de l’Atlantique à la Méditerranée. Hamish Fulton ne se revendique ni Land Artiste, ni performer, ni poète. Il pratique un art qui hybride ces différents domaines en produisant une réflexion sur le paysage, sur la place du corps dans la nature et sur la dimension politique de l’occupation de l’espace.

Lire l’interview d’Hamish Fulton par  Patrice Joly dans la revue 02

Toxique, vous avez dit toxique ?

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La passerelle Julian Grimau surplombe le fleuve triste des voies de chemin de fer de la gare de triage de Drancy-Le Bourget où transitent quelques 200000 wagons par an. Bien sûr il n’existe aucun risque, tout est sous contrôle, seulement moins de 10% des wagons transportent des produits toxiques, ce qui en fait quand même 20000, 70% d’hydrocarbures (inflammables), 20% de matières toxiques, explosives, voire radioactives, 10% de chlore ou d’ammoniac. Bien sûr ce n’est pas grave que tout cela se passe en milieu urbain dit dense (environ 40000 personnes) et que le périmètre de sécurité, jamais appliqué, soit de 620 mètres après avoir été fixé dans un premier temps à 2,6 Km pour le risque mortel.
Bien sûr les incidents sont peu nombreux, déraillements de wagons transportant des matières radioactives, fuites de produits, collisions, etc… C’est sans doute ce qui explique la vitalité des associations de riverains et la fameuse absence de dialogue des autorités dites compétentes et l’absence de la moindre décision malgré l’implication d’élus locaux. Sans doute le fameux mur de l’administration.

_MG_4869_DxODonc si vous cherchez le grand frisson, passez sur la passerelle qui relie l’autoroute A86 et l’autre berge des voies, empruntez l’ancien Chemin de La Corneuve. Le spectacle pèse son pesant de produits toxiques : derrière vous le grand sarcophage de béton du tunnel autoroutier, désert, hostile, bruyant, devant vous une grande zone semi-désertique pavillonnaire et quelques cités, entre les deux un tunnel à l’air libre entièrement grillagé, hermétique, peu éclairé en nocturne (déconseillé) et le rythme lent des wagons sur les rails dans vos oreilles, le choc des accrochages, toute une ambiance sonore passionnante qui vaut bien le chant des pinsons.

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Le nom de la passerelle, en fait une rue qui se poursuit dans le tissu urbain, vient de la longue tradition des luttes ouvrières locales. Julian Grimau, militant du parti Communiste Espagnol de toujours, après avoir été agent du service de sécurité républicain à Barcelone pendant la guerre, s’exile en Amérique Latine, puis revient en France. En 1959 il est chargé de la direction du parti « intérieur », c’est à dire sur place en Espagne, où il revient clandestinement. Il y sera arrêté quelques années plus tard, sur fond de rivalités internes, torturé, défenestré, en sortira vivant malgré tout et sera finalement fusillé, malgré les nombreuses manifestations en sa faveur et un procès digne des grandes bouffonneries cruelles de l’histoire. De nombreuses rues, avenues, places portent son nom dans la « ceinture rouge » de la périphérie de Paris.

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Texte et Photos Patrick Laforet

L’oeil écoute

A l’occasion de la Biennale de Belleville 3, l’association Démarches présente Hors-Circuits sur les ondes.

  • Suite à la diffusion le 13 octobre sur Aligre FM de l’émission d’Eric Dotter : Homo Urbanicus, vous pouvez écouter ou ré-écouter l’émission sur ce lien.
  • Sabine Oelze présente sur les ondes de Deutschlandfunk un entretien au sujet du Walkscape et de la video Hors-Circuits projetée au Carré de Baudouin. Bonne écoute.

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derive_1Le mur du silence, Bobigny, 5 juin 2014 © Patrick Laforet

							

La faucille et le goupillon

Des vertus vertes aux choux rouges, le jardin des vertus résume l’histoire d’un miracle religieux devenu réalité sociale. Avant que les jardineries n’offrent leurs luxueux matériels à des urbains en mal de terre, les déclassés, les laissés pour compte de la société industrielle ont développé des formes de solidarité et de convivialité vivrières, dans ce que l’on nommait alors la « zone ».

Jardin des vertus-vue aérienne ensemble

Bien avant que l’abbé Lemire ne fonde « la ligue du coin de la terre et du foyer » en 1896 ; bien avant que les militaires ne mettent à disposition les glacis des forts, transformant ainsi des espaces de défense en espace de vie en 1851 ; bien avant qu’Aubervilliers ne se transforme en banlieue industrieuse ; il existait au Moyen âge un domaine agricole dénommé Albertivillare, la ferme d’Albert, qui dépendait de l’Abbaye de St Denis. Aux environs de l’an 1300, une chapelle St Christophe devient l’église paroissiale.

Terre connue pour sa fertilité, le domaine nourrit les habitants alentours jusqu’à Paris. En 1336 une terrible sécheresse affama la population locale habituée aux soupes de gros légumes. Le 14 mai, de cette même année, une jeune fille entre dans la chapelle St Christophe pour fleurir la statue de la Vierge Marie tout en priant pour demander la pluie. La donzelle dans sa pieuse ferveur remarque soudain que la statue se couvre de larmes alors qu’au même moment le toit résonne des gouttes bienfaisantes d’une longue averse.

Miracle ! Miracle ! Les cloches sonnent à la volée, la population se précipite pour constater que de la statue perle de grosses larmes.

Cette histoire relatée par l’abbé Jacques du Breul, prieur de St Germain-des-Prés sous le titre : Miracle de la Pluie, est à la source de nombreux autres miracles à travers les siècles, conférant ainsi une grande renommée au village et à la statue. Des personnalités royales et ecclésiastiques font le déplacement. Tant et si bien qu’en 1529, dans la nuit du Vendredi au Samedi Saint, les fidèles de toutes les paroisses de Paris se retrouvent un cierge à la main devant Notre Dame de Paris pour rejoindre en procession Notre Dame des Vertus. La lueur des milliers de cierge est telle que les habitants de Montlhéry penseront que Paris est en feu. Au XVème siècle, la chapelle trop exigüe est remplacée par une église, jamais terminée, au plan rectangulaire pour accueillir la foule des pèlerins. Cette procession préfigure par son parcours notre proposition de walkscape.

De cette époque naît la réputation de la Plaine des Vertus dont les gros légumes portent le nom caractéristique du terrain.

A Aubervilliers, 2 associations regroupent les jardiniers, l’une date de 1905, « l’association des jardins familiaux de Pantin-Aubervilliers » qui sous le patronage des autorités religieuses tente de lutter contre l’alcoolisme ouvrier, l’Assommoir bat encore son plein. Laval, maire d’Aubervilliers pose en 1924 les fondements d’un « groupe des jardins des Vertus d’Aubervilliers ». Mais, il faudra attendre 1935 pour qu’une société des « jardins ouvriers des Vertus » se constitue au Café du Bon Accueil, choix visant à s’émanciper de l’influence de l’action des catholiques.

La faucille va remplacer le goupillon, en 1952 l’appellation « jardins familiaux » est officialisée, après bien des péripéties les jardins en milieu urbain sont considérés comme des éléments constitutifs des différentes politiques de la ville. Ceci ne suffit pas à protéger totalement les parcelles de l’appétit des promoteurs.

Les jardins des Vertus ont vu au fil des ans leur superficie diminuer comme peau de chagrin. De 62 000 m² en 1963, on est arrivé aujourd’hui à 84 parcelles sur 26 000 m² auxquelles il convient d’ajouter une parcelle collective et une pelouse pour les événements. Les terrains restent la propriété du Génie militaire mais la Ligue du coin de terre possède la concession exclusive du bail de location. Celle-ci sous-loue des parcelles d’environ 200 m2 à des particuliers qui peuvent en obtenir au maximum deux. La municipalité fournit l’eau gracieusement à travers six points répartis sur le terrain, bien que chacun récupère les eaux pluviales. Les baraques construites de bric et de broc ont vu se succéder des générations d’immigrants qui ont pu ainsi économiser une fraction de leur salaire en mangeant des légumes frais. Lieu de travaux de la terre, quelques élevages de poules et de lapins, mais aussi lieu de villégiature, les jardins offrent leur vie en marge de l’urbanisme dense des immeubles alentour. La liste d’attente est longue, les candidats sont nombreux en cette période difficile particulièrement pour les plus fragiles.

En passant dans l’intervalle entre le serpent des Courtillières, construit par Emile Aillaud et les jardins des Vertus, on prend conscience de la singulière présence d’une nature fragile enclavée dans un tissu urbain dont le développement en menace l’existence même.

 sigle sonTémoignage sonore

Texte et Photos Jacques Clayssen

Jeux de pistes au Bourget

L’aéroport de Paris le Bourget (IATA : LBG, OACI : LFPB) construit en 1914 servait à l’origine de base aérienne à l’Armée française, ensuite il fut exploité commercialement dès 1919. Il sera ensuite fermé aux vols commerciaux en 1977, puis dédié à l’aviation privée à compter de 1980.Il s’agit du plus ancien aéroport du monde encore en activité. Situé à 11 kilomètres au nord-est de Paris, LBG est le premier aéroport d’affaires d’Europe, avec ses 3 pistes, ses 75 entreprises de services aéroportuaires et aéronautiques. Des sociétés d’aviation d’affaires et de transports à la demande, ainsi que des transporteurs de fret constituent un ensemble mixant services de luxe, conteneurs et ateliers de maintenance avec un Musée de l’Air et de l’Espace. Des premiers vols de nuit en septembre 1915 à l’arrivée du Solar Impulse en juin 2011, tous les événements aéronautiques trouvent leur place au Bourget, d’autant que le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace qui ouvrira ses portes en 2015 pour sa 51e édition constitue un événement mondial pour les constructeurs. En 1969 le Concorde et le Boeing 747 feront leurs débuts au Salon du Bourget.

Un enclos historique centenaire.

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De Lindbergh aux stars du showbiz en passant par les VIPs, tout le gotha fréquente les pistes de l’aéroport non-commercial du Bourget. Condensé de l’histoire de l’aviation,  des pionniers aux nababs, l’aéroport a traversé les époques en préservant son âme, malgré son incontestable succès pour preuve les 55 000 mouvements d’aéronefs et plus de 100 000 passagers annuel.

Il fut le premier de France à disposer d’une véritable piste en dur, utilisable tout temps. Aussi lors de sa création en 1933, la direction de la compagnie Air France s’y implanta. Le bâtiment historique de l’aérogare, signé par l’architecte Georges Labro, date de 1935. L’édifice, décoré par le peintre Lucien Martial, est inauguré le 12 novembre 1937 lors de l’exposition internationale de Paris. Ce bâtiment rectiligne de 233 mètres de façade sera sérieusement endommagé lors des âpres combats qui s’y déroulent le jour de la Libération de Paris. Il sera reconstruit à l’identique et servira d’aéroport civil jusqu’à sa reconversion à partir de 1977 où les compagnies commencent à déménager pour s’installer à Orly, puis plus tard à Roissy. affiche-Diamants-sur-canape-Breakfast-at-Tiffany-s-1961-1Parmi les nombreux transports très privés, retenons l’arrivée, en toute discrétion durant le mois de juin 2014, du collier de diamants jaunes que portait Audrey Hepburn dans le film « Breakfast at Tiffany’s» diffusé en France sous le titre « Diamants sur canapé », pour être exposé sur les Champs Elysées dans la boutique Tiffany. Ce diamant jaune affichait 287 carats  lors de sa découverte en Afrique du Sud en 1877, avant d’être taillé à  128,54 carats. Il se classe parmi les plus grands et les plus beaux du monde, il ne fallait pas moins que l’écrin du Bourget pour l’accueillir.

Parcourir l’espace aéroportuaire ne peut laisser insensible le visiteur qui sera soumis successivement à l’émotion historique, nostalgie des machines présentées au musée ; à la curiosité suscitée par la découverte des métiers et des industries liés à l’aviation ; et à  la prise de conscience de ce que représente le luxe de l’aviation privée. IMG_1468IMG_1553Rolling StIMG_1469IMG_1488tarmac Musée31

façade

 

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Au sortir du Musée de l’Air et de l’Espace, dont la riche collection laisse toutes les générations bouche bée devant l’ingéniosité des fabricants pour faire voler ces drôles de machine, le visiteur pourra emprunter l’avenue de l’Europe. Sur l’esplanade de nombreux monuments commémoratifs célèbres les grands moments de l’histoire de l’aviation liés au Bourget. Ensuite sur cette large avenue bordée de hangars en béton armé, construits suivant les plans de l’architecte Henri Lossier, les grandes portes abritent les spécialistes de la maintenance et les experts de l’aéronautique qui disposent ainsi de 30 000m² de superficie couverte. Avec 15 mètres de haut pour 60 mètres de large, les hangars affichent sur leur fronton les noms des héros ou des sociétés qui ont écrit l’histoire de l’aviation,  mais surprise, le dernier hangar signalé sur les mats tout au long de l’avenue rompt avec l’industrie et les services traditionnels offerts par l’aéroport puisqu’il s’agit de la Galerie Gagosian.

Texte et Photos Jacques Clayssen

 

De Germain Dorel à Blankok 212

Des Chiffres ou des Lettres
Vivre face à un aéroport semble de nos jours une perspective peu enviable, pourtant fut une époque où ces emplacements étaient recherchés et appréciés. Qui envisagerait aujourd’hui de s’installer face aux aéroports de Roissy ou d’Orly dont les abords sont occupés par des parkings, des entrepôts, des autoroutes et des hôtels. Témoin d’une autre époque la Cité Julien Dorel, face à l’aéroport du Bourget, nous donne une idée de l’intérêt de résider à proximité d’un aéroport.

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Situé au nord-est de Paris et enclavé dans des banlieues qui n’ont de bleu que le festival du même nom, la zone aéroportuaire du Bourget constitue une « réserve » grillagée pour les propriétaires de jet privé, les services VIP et les amateurs d’histoire de l’aviation. Les habitants de la Cité qui lui fait face ne constituent pas la majorité des visiteurs, les décalages de mode d de vie et de moyens sont trop patents. Les moyens en l’occurrence, cela signifie d’importants revenus loin du RSA ou du SMIC qui sont sous la barre des salaires dits moyens.

Mais les bâtiments de l’aéroport et la Cité Germain Dorel ont en commun d’être restés dans leur jus des années 30 et d’être des modèles d’architecture. Ces qualités valurent à la Cité son classement à l’inventaire des Monuments historiques en 1996 ne présente pas que des avantages aux yeux des habitants.

Pour aborder cette cité du Blanc-Mesnil, il existe deux possibilités : la première s’inscrit dans une démarche touristico-culturelle et concerne le projet et l’histoire architecturale des bâtiments, on parle alors de la Cité Germain Dorel, du nom de l’architecte qui l’a conçue ; la deuxième essaie de découvrir quelques aspects des pratiques urbaines des jeunes habitants, on parle alors du 212 ou du 12/12 pour les initiés.

Germain Dorel

Pour ce qui relève de la Cité Germain Dorel, une documentation importante relate les  caractéristiques du projet initial et les phases d’une réhabilitation périlleuse.

La cité d’HBM dans le quartier de l’Aviation offrait 581 logements qui sont construits de 1933 à 1936 pour la Société du Foyer du Progrès et de l’Avenir par l’architecte Germain Dorel, qui en était également administrateur. Les bâtiments en brique et béton brut sont destinés au logement du personnel qui travaillait à l’aéroport, puis, la cité fut occupée en grande partie par des gardes mobiles jusque dans les années 70. Les bâtiments se succèdent dans une perspective formée d’arches centrales qui marquent les médianes de la polychromie et de la répartition pyramidale des balcons. Les façades sont ornées de bas-reliefs moulés de style Art déco en béton et de figures en ronde-bosse. La cité Germain Dorel, est construite à l’origine le long de la ligne de tramway qui menait du Bourget à Paris-Opéra. Ce qui permettait aux personnels navigants, hôtesses, stewards et pilotes de loger face à l’aéroport qui était à l’époque au milieu des terres cultivées, et pouvaient aisément se rendre à Paris, tout comme les passagers qui empruntaient la ligne. Dénommée CO lors de sa création en 1912 avant de devenir la 52 à compter de 1921 jusqu’à son remplacement par un bus conservant le même numéro, en 1933.

Jeanne Fontaine, première hôtesse de l’air en 1922 et André Lapierre, le  mécanicien de Jean Mermoz, ont résidé dans cette Cité qui offrait alors un confort et une luminosité exceptionnelle. Les logements répondaient aux types définis de l’époque. Variant entre 18 mètres carrés pour une chambre et une cuisine et 54 mètres carrés pour l’appartement de quatre chambres et une cuisine familiale. Les logements étaient équipés de l’eau, du gaz et de l’électricité.
Sa réhabilitation, engagée en 1977 se déroulera sur une dizaine d’années, restitue et met en valeur la variété des matériaux voulue par son concepteur avec ses carreaux cassés rouges, ses grès cérames roses, l’enduit tyrolien jaune et l’enduit blanc sur soubassement gris. Ce parti-pris décoratif devait dans l’esprit de l’architecte offrir aux classes populaires un accès à une certaine idée du modernisme.

BlanKok 212

Le 212 correspond à l’adresse de la Cité. Le nom de l’architecte n’étant pas une référence pour les habitants, ils ont pris l’habitude de s’identifier par ce seul numéro. Mais ni le nom de l’avenue, ni le nom de la ville ne sonnent aux oreilles des « peura » locaux pour identifier le lieu. Sheryo, rappeur originaire de Blanc Mesnil, ancien membre du groupe DSP avec B.James et du collectif Anfalsh, fait du « rap de fils d’immigrés » et non du « rap français ». Il a grandi dans la Cité et explique, dans une interview pour le mag spécialisé Down With This : On a été obligé de changer Blanc-Mesnil par « Blankok » car ça faisait vraiment naze (rires). Je l’ai fait parce que pour moi c’est une figure imposée du « peura ». Et puis il y a toujours un truc à dire sur le 9-3.…

Cette dénomination est dorénavant bien ancrée chez les jeunes de Blankok. D’ailleurs, la marque de vêtement Defend Paris qui a l’habitude de mises en scènes particulières pour promouvoir son image a retenu le site pour sa promo intitulée Defend Paris / 212 Blankok. La Cité a fourni un cadre parfait avec son avenue pour tourner une vidéo, mettant en valeur les urban street riders. On y voit des mecs s’éclater avec des levées de roue en compète et en quad. Réalisée par Axel Morin et Julien Capelle, et rythmée par un son de Provok, ce clip pour la marque parisienne est un must du genre.

Les habitants apprécient peu les visiteurs déambulant dans leur espace manifestant généralement plus d’intérêt et de respect pour le cadre que pour ceux qui y vivent. Ils rejettent l’idée d’être des « Monuments Historiques » ou de vivre dans un « Musée ». La réconciliation de Dorel et du 212 nécessitera une sédentarisation d’une population moins précaire. Aujourd’hui, Ils développent un sentiment de dépossession et une impression de devenir l’objet de curiosité déplacée, comme l’avait souligné l’ancien directeur du Centre social Pierre Meige dans son ouvrage, La Cité 212, utopie d’hier à vivre aujourd’hui.

Texte et Photos Jacques Clayssen

Promenade manouche

Promenons nous dans les voies !
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Sur l’ancienne voie de chemin de fer qui allait jusqu’à l’imprimerie de l’illustration, aujourd’hui désaffectée et transformée en « promenade », plane l’ombre de Django. Les murs servent de tableaux vivants aux expressionnistes du street art local, quelques fleurs plantées à la diable tentent de réchauffer une atmosphère vide et sans grâce, arbres sauvages, herbes folles, le chemin passe au milieu des terrains de sport du parc départemental, la dernière partie longe la fameuse cité de l’Etoile et les anciens docks de stockage de la SNCF pour venir mourir sur des voies toujours en activité proche de la gare de Bobigny. Déconseillé le soir et en tailleur Chanel, population relativement hostile.

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Biennale de Belleville, Hors-Circuits, WalkScapes,thadaeus ropac,gagosian,pantin,bobigny,la courneuve,le bourget

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Texte et Photos Patrick Laforet

Long term parking

La mécanique sauvage
IMG_6464WLa proximité de l’ancienne casse automobile avait progressivement transformé le parking à ciel ouvert de la Courneuve en atelier sauvage de réparations et de vidanges discrètes où venaient s’échouer les voitures diverses et variées qui peuplent la périphérie. Economie souterraine nécessaire, inévitable, mais polluante. Huile noire sur le sol, terre gorgée de parfums lourds, pièces mécaniques tristes et abandonnées, quelques carcasses, chiffons souillés, bitume luisant, toute la poésie malsaine du dépotoir mécanique, le paysage classique du rebut mondial de l’automobile en fin de carrière.

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Avec la crise, les garages sauvages prolifèrent – Le Monde daté du 21 avril 2015

Dans les banlieues populaires, des mécanos occasionnels réparent les voitures pour quelques dizaines d’euros.
A l’ombre des arbres, à deux pas de la cité Dourdin, les signes d’activité ne trompent pas : une voiture ou deux montées sur cric, des mallettes d’outils étalées sur le trottoir, des chiffons sales. Dès le jeudi soir, tête dans le moteur ou allongés sous le châssis, les  » mécanos  en plein air  » sont installés dans ce quartier tranquille de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Tee-shirt sans manche et faux diamant à l’oreille, Eddie (le prénom a été modifié) s’affaire, les clients patientant au volant. A la fin de la soirée, le jeune Antillais sort la bouteille de Jack Daniel’s et quelques gobelets en plastique et monte le son de l’autoradio. L’affaire prend alors des airs de pique-nique arrosé. Des garagistes amateurs comme ce trentenaire, on en trouve désormais un peu partout en région parisienne et dans les cités sensibles de bon nombre de métropoles hexagonales. Une économie de la débrouille qui s’est développée à la faveur de la crise et reste difficile à quantifier car non déclarée.

Dans le  » 9-3 « , c’est surtout près de Paris que ces garages à ciel ouvert se sont multipliés. Il suffit de passer le périphérique pour faire réparer son véhicule. A 20  euros le changement de plaquettes de frein ou 30  euros le montage d’un nouveau pot d’échappement, les tarifs sont imbattables. Et tous les travaux sont possibles, tôlerie et peinture comprises.

Entre Aubervilliers et Saint-Denis, malgré les gros blocs de béton installés pour empêcher l’occupation de l’espace derrière les chantiers du campus universitaire Condorcet ou du futur lycée, ces  » mécanos sauvages  » sont pléthore. Le commerce est bien rodé. Ici, c’est la filière ivoirienne qui recrute : venue du Val-d’Oise ou d’autres villes de Seine-Saint-Denis, la main-d’œuvre embauche près du foyer Adoma ou aux portes d’une société de transports. Réparer les moteurs, faire le gué, déplacer les voitures quand une patrouille de police passe, les tâches sont multiples. Quotidiennement, des camions apportent des voitures de Belgique ou d’Allemagne.

 » Une vieille pratique « Un peu plus loin, le long de la nationale 2, à la station de métro Fort-d’Aubervilliers, c’est à l’entrée d’une ancienne casse automobile que des sans-papiers algériens ou des Roms hèlent les voitures pour proposer leurs services de dépannage. Le même phénomène se développe à Stains, Rosny-sous-Bois, Drancy, Dugny, Montfermeil, Neuilly-sur-Marne… Plus ou moins organisés, les garages sauvages squattent les parkings des cités ou des copropriétés, envahissent les petites ruelles peu passantes, s’installent dans les arrière-cours d’anciens ateliers ou sur les esplanades des supermarchés.

On les retrouve aussi dans l’Essonne : à la Grande-Borne, à Grigny, sur le parking du Géant Casino, à Evry, et tout le long de la nationale 20. Et, dans le Val-d’Oise, à Argenteuil, ou, dans les Yvelines, au Val-Fourré (Mantes-la-Jolie). La région parisienne n’est pas la seule touchée. A Marseille, c’est dans les quartiers nord que ces ateliers sauvages prolifèrent, à tel point que Samia Ghali, sénatrice (PS) des Bouches-du-Rhône, veut en faire  » sa bataille «  :  » Avec les huiles usagées répandues partout, les voitures ventouse – longtemps en stationnement – , ça devient invivable. «  A Saint-Etienne, la cité Montreynaud comme d’autres quartiers populaires abritent les mêmes activités clandestines. Tout comme à Roubaix, où ils occupent les entrepôts désaffectés.

Cette économie de la bricole n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours existé dans les quartiers populaires. Ce genre de petits travaux fait partie de la culture d’entraide entre familles. Les billets qui circulent entre deux portières sont souvent le seul salaire de ces mécanos occasionnels.  » Se faire une ou deux gâches – travail au noir – au bas de l’immeuble, ça aide la famille « , souligne Nordine Moussa, du Collectif des quartiers populaires de Marseille.  » C’est toujours mieux que le chichon « , renchérit Ali Rahni, du Collectif des musulmans de France.

 » C’est une vieille pratique mais ça s’accélère avec la crise : ici, la plupart des gens ont une voiture de deuxième ou troisième main qui tombe souvent en panne « , explique Philippe Rio, maire communiste de Grigny.  » Il faut faire le tri entre le coup de main pour arrondir les fins de mois et un vrai métier clandestin « , remarque Stéphane Troussel, président (PS) du conseil général de Seine-Saint-Denis.

Artisanaux ou très organisés, ces garages interdits sont connus des autorités publiques mais ces infractions ne sont pas une priorité. A la préfecture de l’Essonne comme à celle du Val-d’Oise, on assume :  » Le vrai sujet pour nous, c’est les vols avec violence. «  La préfecture de Seine-Saint-Denis y est, elle, plus sensible :  » On a beaucoup de signalements « , explique-t-on à Bobigny. Alors, de temps en temps, la police lance une opération pour tenter d’enrayer le phénomène et calmer les plaintes des riverains. Comme ce mercredi 15  avril, quand une trentaine de policiers a envahi le parking de la cité du Clos-Saint-Lazare, à Stains, pour démanteler une activité de mécanique sauvage qui avait pris trop d’ampleur. Résultat : six jeunes hommes venus de différents pays d’Afrique de l’Ouest en garde à vue puis mis en examen pour travail dissimulé, et trois clients pour recours au travail dissimulé.  » Ils envahissent le parking tous les jours depuis des années. Ils reviendront… « , se résigne le responsable d’une amicale des locataires.

Les maires, largement démunis, oscillent entre répression et laisser-faire. Pour empêcher ces garages clandestins, les villes les plus touchées multiplient les interdictions de stationnement ou la construction de plots pour condamner certains trottoirs. Elles intensifient les patrouilles de police municipale, amendes à l’appui, comme à Saint-Denis. Mais le commerce ne fait que se déplacer.

Certaines municipalités semblent se résigner, considérant qu’avec la crise ces commerces sont inévitables.  » C’est une activité qui répond à un besoin et ne génère pas de délinquance, assure Pierre Quay-Thevenon, directeur de cabinet du maire d’Aubervilliers. Il vaut mieux l’accompagner pour éviter les dérives. «  Dans cette commune, comme dans sa voisine, Saint-Denis, on s’interroge sur la création d’un garage solidaire qui permette de réparer sa voiture, moyennant une cotisation modique. Ce qui viderait un peu les rues de ces carcasses et tâches d’huile qui empoisonnent les riverains.

Sylvia Zappi

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A Aubervilliers, la ZAC du Fort prend forme – in Le Monde du 24 septembre 2017

Erigé à la fin des années 1830, le fort d’Aubervilliers est adossé au cimetière de Pantin et bordé par deux axes très passants : les avenues Jean-Jaurès (N2) et de la Division-Leclerc (D27). En  2014, les pouvoirs publics ont décidé de transformer ce secteur délaissé et enclavé de 36  hectares en nouveau quartier. Pour ce faire, ils y ont créé une ZAC (zone d’aménagement concerté). Après une période d’études et de concertation, les travaux vont -débuter d’ici à la fin de l’année sur les 20  hectares du secteur Jean-Jaurès.

 » C’est un site complexe, entouré de quartiers avec leurs -dynamiques propres « , explique Camille Vienne-Théry, directrice du projet chez Grand Paris Aménagement. A l’horizon 2020, 900  logements auront été créés, sous la forme d’appartements dans des immeubles de huit étages le long de la N2, et de maisons de ville mitoyennes en cœur d’îlot. La moitié d’entre eux seront destinés au logement social, 60 étant réservés à l’accession aidée, à des tarifs entre 2 700 et 3 000  euros/m2. Le solde rejoindra -le parc privé et devrait être vendu à des tarifs moyens de 3 700  euros/m2.  » Une large proportion de logements sera de grande taille, car ce quartier doit permettre à des familles de se loger « , précise Mme Vienne-Théry.

Pour rendre le secteur plus agréable, le -département a lancé des travaux de requalification de l’avenue Jean-Jaurès. D’ici trois ans, la place des voitures y sera réduite, la voirie refaite et les trottoirs seront verdis. Pour insuffler une vie de quartier, une école et 5 000  m2 de commerces de proximité au pied des immeubles seront construits.

Une promenade verte sera aménagée autour des murailles ; elle facilitera la connexion est-ouest du nouveau quartier. Le cœur du fort fera lui aussi l’objet d’une réhabilitation, actuellement en cours de débat. Seule certitude : une place privilégiée sera accordée à la culture, avec le maintien des artistes occupant les bastions et casemates du fort, dont le théâtre équestre Zingaro.

La deuxième phase d’aménagement sera lancée dans quelques années, pour construire 900  logements supplémentaires, dont une large proportion consacrée au parc privé. Une agora centrale accueillera une halle avec des activités culturelles et associatives, ainsi que des équipements sportifs. A l’horizon 2025-2030, une troisième phase de travaux au sud-est achèvera l’ensemble. La gare de la ligne 15 du Grand Paris Express sera connectée avec la station existante Fort-d’Aubervilliers.

Marie Pellefigue

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Le petit temple de Shivan sur l’avenue Paul Vaillant Couturier signe la présence de la forte communauté tamoule de La Courneuve par ses touches colorées au milieu d’entrepôts lugubres et poussiéreux. Liée à la guerre civile au Sri Lanka dans les années 80, l’arrivée de cette diaspora s’est faite dans des conditions très particulières. En effet l’identité tamoule s’est scindée en deux blocs distincts, l’un se réclamant d’une indianité forte, les tamils de l’Inde du Sud, l’autre d’une origine Sri Lankaise marquée. Cette dernière est arrivée avec souvent un statut de réfugiés politiques et un activisme collectif fort. Par exemple de nombreux candidats tamouls ont été élus aux dernières élections municipales et les associations sont nombreuses et très actives, très implantées localement.

Le temple et La Courneuve

Environ 70 000 personnes constituent une communauté qui s’organise une visibilité dans le paysage français, à travers par exemple la fête de ganesh, organisée tous les ans fin Août à Paris qui est gérée et initiée essentiellement par des tamouls. L’ethnoterritoire de cette diaspora est aujourd’hui installé et reconnu, identifié par le pays d’accueil et valorisé par les qualités entrepreneuriales de ses membres.
La fête de Ganesh, 2014

 

Texte et Photos Patrick Laforet

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derive_2La carte du ciel, 6 juin 2014, Bobigny © Patrick Laforet

 

Un sec-beurre avec Jean Echenoz

Trois sandwiches au Bourget.

Avec Echenoz, l’écriture s’inscrit dans un équilibre subtil entre précision descriptive et ressenti physique de l’expérience vécue.

Sa dernière livraison : Caprice de la reine, se termine sur un texte dont l’intitulé pose d’emblée  le motif et le cadre : Trois sandwiches au Bourget. Visites attentives de cette ville de banlieue dont le nom évoque l’aviation. En arpentant les rues de la gare RER, aux bars-tabacs et leurs sandwiches au saucisson sec ou à l’ail et pourquoi pas avec des cornichons, l’auteur croise des passants inquiets ou inquiétants, des équipements délaissés. Après un premier déplacement sur place, il prépare minutieusement son deuxième : Il s’agirait cette fois de préciser le projet, sur deux points : j’ai rapidement opté pour le bar-tabac-brasserie L’Aviatic,(…) ainsi que d’autre part la nature du sandwich : j’ai choisi, sur ce point, le sandwich au saucisson.

L’auteur y retournera une troisième fois pour visiter l’église de Saint Nicolas du Bourget et approfondir sa connaissance des lieux. Jean Echenoz porte une attention particulière à ces lieux modestes qui constituent un  environnement devenu invisible aux habitants. S’il plante ce décor de banlieue gris et triste, on est en février, c’est pour s’interroger sur le statut du sandwich au saucisson. Un motif qui interroge avec un humour certain l’évolution d’une société dont les ingrédients culturels tentent de résister face à la mondialisation. Le recueil se termine sur un nom de rue à lire comme un souhait : rue de l’Egalité prolongée.

 

Aviatic-1963 Aviatic-Le Bourget sandwich Stèle épée brisée Statuaire-Le Bourget

 

Caprice de la reine, Jean Echenoz, Editions de Minuit, 128 pages, 2014.

Texte et Photos Jacques Clayssen

 

SomBres mémoires : Drancy-Bobigny-Auschwitz

La déportation imprègne le paysage autour du triangle Drancy-Bobigny-Auschwitz. Les convois de la solution finale à partir de 1943 partirent de la gare de Bobigny, aujourd’hui lieu de mémoire.
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67000 personnes sont parties du camp de Drancy, ou cité de la Muette, vers le camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau en passant d’abord par la gare du Bourget, puis à partir de juillet 1943 par celle de Bobigny. Celle-ci fut utilisée par les ss en charge du génocide pour son isolement et sa discrétion. Située dans un territoire essentiellement maraîcher, peuplée à l’époque de « mal-lotis », elle a vu passer environ un tiers des effectifs de la déportation en France soit 22500 personnes en 21 convois.
La réhabilitation en lieu de mémoire est récente : jusqu’en 2000 elle a servi d’entrepôt de ferraille, ce qui paradoxalement a servi sa conservation. Construite en 1928, elle était reliée au Fort d’Aubervilliers et aux usines alentours, donc celle du magazine l’illustration, et servait également à tous les maraîchers.
Située à deux kilomètres, la cité de la Muette, ou camp de Drancy, avait été conçue sous la présidence de Léon Blum par les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods. Inachevée en raison de la crise économique, elle servira d’abord de camp de prisonniers. A partir de août 1940 elle sera utilisée pour interner les juifs raflés dans Paris, puis en 1941 de camp d’internement et de transit des Juifs de France vers Auschwitz – Birkenau.

Texte et Photos Patrick Laforet

Le Chant des Pierres

Le Nomade et le séDentaire

Patrick Laforet

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Le rapport entre celui qui arrive et celui qui reste est aussi éternel que la lutte entre le yin et le yang. Aujourd’hui les avant-gardes de la mondialisation et de la paupérisation qui l’accompagne jettent dans le paysage leur nouvelle forme d’occupation du sol et de l’espace. Cela bien entendu ne passe pas très bien auprès des responsables du dit espace. Les techniques se raffinent pour empêcher « l’autre » de s’arrêter et produit parfois de somptueuses œuvres conceptuelles involontaires, comme ces champs de pierres installés pour rendre impossible le squat automobile et caravanier en dehors des clous. L’époque ne supporte plus les trous, les occupants, le moindre interstice devient un problème, pose des questions et demande des solutions, plutôt que d’expulser, empêcher de s’arrêter.
Circulez tant que vous voulez mais surtout ne vous arrêtez pas, jamais, nulle part, les trottoirs deviennent suspects, la grille, par un étrange retour du refoulé de l’histoire, devient la métaphore d’une socialité âpre et d’une entropie en augmentation exponentielle. Reste une « œuvre“ sans précédent, intermédiaire contemporain entre le cimetière et l’alignement sacré de Karnak, où la métaphysique le dispute à la surprise. Ouvrez bien vos yeux, passez y au soleil couchant et vous vous retrouverez en plein Kubrick, au début de l’odyssée, quand les singes découvrent la violence, le périphérique proche fournira le bruit des grands fauves.

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Prière de regarder les pierres

Jacques Clayssen

28WAvant de s’engager sous le pont de la nationale 186 les larges trottoirs bordant la rue de Stalingrad, au carrefour Repiquet à Bobigny, ont été parsemés de grosses pierres anti-stationnement. Aménagement urbain déserté par les piétons, ces trottoirs servaient de stationnement à des véhicules de tout gabarit.
L’étrangeté de ce dispositif retient le regard des rares passants qui ont une vue plongeante sur le dispositif depuis les rambardes du pont de la nationale. Ce dispositif scénique permet une vue d’ensemble sur les pierres disposées en quinconces dans un espace inséré entre la ligne de tramway et la nationale.
L’accès piéton reste possible bien que le cheminement soit réduit au minimum sous le pont. Sans être une impasse, il s’agit d’un lieu peu fréquenté par les marcheurs, car ne menant à aucune rue commerçante ou à des lieux d’habitation.
Cette installation de par sa situation, dans un espace restreint dominé par des rambardes, n’est pas sans évoquer une oeuvre de land art. Les références visuelles orientent la nature du regard qu’un passant averti portera sur cet empierrement.
Dans l’Empire du Soleil Levant, avant de parler de jardin, les nippons concevaient des espaces aménagés suivant des principes connus comme pratique de « l’art de dresser les pierres » (ishi wo taten koto), ce qui marque dès une époque reculée l’importance et le respect qu’inspirait le minéral dans le jardin. Il faudra attendre l’ère Chōgen, donc l’an 1028, pour que commence la codification connue sous l’intitulé Sakutei Ki, l’art secret des jardins japonais. L’Occident s’est doté de jardins de pierres dont des copies plus au moins inspirées ont proliféré de la Fondation Albert Kahn à Maulévrier dans le Maine et Loire pour ne citer que ces deux extrêmes en France.
Pour les Japonais, c’est la terre qui est sacrée, non le ciel. Dans toutes les villes du monde, c’est encore bien souvent la voiture qui est sacrée, non le piéton. Mais les voitures ventouses et les voitures ne stationnant pas sur des places payantes sont éliminées au profit des pierres, des potelets et des bornes censés protéger les espaces de circulation pédestre ou les dents creuses du tissu urbain.
Autant d’installations susceptibles d’être appropriées par des street artistes, comme le sont les pierres taillées ou les potelets repeints. Dans d’autres cas, comme ici, seul le regard porté sur l’installation peut évoquer une installation artistique.
L’organisation et l’agencement de monolithes, de rochers ou de pierres relèvent de l’architecture civile mais aussi militaire. De l’agrément ou du désagrément.
Les pierres s’imposent visuellement comme autant de pièces d’un ensemble minéral dont la naturelle brutalité protège des lieux inoccupés, gardiennes du devenir ou de la conservation d’un vide à préserver. «Les pierres peuvent servir de marqueurs du temps ou de la distance, ou exister comme parties d’une sculpture gigantesque mais anonyme. » Richard Long,Royal West of England Academy, Bristol, 2000.

La famille Cartier-Bresson au fil de l’histoire

Nouvelles CuRieuSes ou sinGulièReS des Cartier-Bresson: épisodes de la saga familiale entre Pantin et Le Bourget

En 1859, l’implantation à ce qui correspond de nos jours au 128 avenue Jean-Jaurès, à Pantin, des usines de la « Société Française des Cotons à Coudre », avec dépôt de la marque « CB à la Croix » impactera durablement l’urbanisme du quartier. L’usine occupe alors 14 000m² de terrain et emploie 450 personnes.

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Cartier Bresson 1894

A l’époque, l’entreprise Cartier-Bresson a fortement contribué au développement du nouveau quartier des Quatre Chemins, éloigné et séparé du reste de la commune de Pantin par le canal et les voies de chemin de fer. La famille Cartier-Bresson donnera un conseiller municipal bonapartiste à la ville comme en atteste une plaque de rue. La tristement célèbre rue du chemin vert devient ainsi la rue Cartier-Bresson.

IMG_0897Rue qui aura le triste privilège de voir partir du numéro 100 le dernier convoi de déportés de la région parisienne vers les camps de concentration, le 15 août 1944.

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100 rue Cartier-Bresson

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L’héritier le plus connu de la famille sera le photographe Henri Cartier-Bresson. Dans sa jeunesse son père lui a dit : Tu feras ce que tu voudras mais tu ne seras pas un fils à papa. Tu auras les revenus de ta dot pour financer les études de ton choix. Quoi que tu fasses, fais-le bien. Le jeune Henri décide donc de voler de ses propres ailes. A  21 ans,  il est tenté par le pilotage alors qu’il effectue son service militaire au Bourget. Sur l’aéroport, il rencontre  un couple de riches américains, les Crosby qui vont l’introduire dans les cercles artistico- intellectuels de l’époque. Il fera ainsi la connaissance de photographes amateurs, les époux Gretchen et Peter Powel qui vont l’initier à la photographie. Rencontre décisive à plus d’un titre, qui verra naître l’homme et le photographe. Gretchen deviendra l’amante d’Henri. Elle est de dix ans son aînée. Comme il doit admettre qu’il s’agit d’une passion sans issue, Henri part en Afrique pour oublier la séduisante Gretchen.

Peter et Gretchen Powel-Caresse et Harry Crosby

Peter et Gretchen Powel-Caresse et Harry Crosby

En 1943, Nancy et Beaumont Newhall du Museum of Modern Art de New York (MoMA), pensant qu’Henri Cartier-Bresson avait disparu pendant la guerre, préparaient une exposition « posthume » de son travail. Cartier-Bresson, qui s’était évadé et avait obtenu de faux papiers, apprit cette nouvelle avec plaisir en 1945. Il entreprit alors un bilan de son œuvre préparatoire à l’exposition.

Henri fonde en 1947 la célèbre agence Magnum avec ses amis  Robert Capa et David Seymour, Trois ans plus tard, le 5 juin 1950, son père André Cartier-Bresson, Vice-Président de la société « Julien Thiriez Père et Fils et Cartier-Bresson », prend sa retraite.

texte et Photos Jacques Clayssen

Les Breton s’installent à Pantin

Nouvelles CuRieuSes ou sinGulièReS d’André Breton : les livres illustrés et les cahiers colorés de l’école marqueront la vie du pape du surréalisme.

André Breton avait quatre ans lorsque ses parents s’installent à Pantin, il passe son enfance dans cette banlieue où il découvre les livres illustrés à l’école maternelle Ste Elisabeth, puis à l’école primaire communale. Deux traces de ce séjour pantinois marquent son œuvre. Dans le « Rêve n°1 » publié dans le n°1 de la Révolution Surréaliste, il écrit :

En dernier lieu je remonte, à Pantin, la route d’Aubervilliers dans la direction de la Mairie lorsque, devant une maison que j’ai habitée, je rejoins un enterrement qui, à ma grande surprise, se dirige dans le sens opposé à celui du Cimetière parisien. Je me trouve bientôt à la hauteur du corbillard. Sur le cercueil un homme d’un certain âge, extrêmement pâle, en grand deuil et coiffé d’un chapeau haut de forme, qui ne peut être que le mort, est assis et, se tournant alternativement à gauche et à droite, rend leur salut aux passants. Le cortège pénètre dans la manufacture d’allumettes.

parcours  route  d'Aubervilliers -actuellement Av Edouard Vaillant- Mairie de Pantin

parcours route d’Aubervilliers -actuellement Av Edouard Vaillant- Mairie de Pantin

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Manufacture d’allumettes-Pantin

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Hotel de Ville de Pantin

 

 

 

 

 
Puis, dans PSTT poème publié dans Clair de Terre, Breton cherche ses homonymes, parmi ceux-ci il relève au cimetière de Pantin : Nord 13-40.….    Breton (E.) mon. funèbr., av. Cimetière Parisien, 23, Pantin.

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derive_3Dream catcher, 19 mai 2014, © Patrick Laforet

 

Pas de tombe pour Ducasse

Nouvelles CuRieuSes ou sinGulièReS du poète Isidore Lucien Ducasse : le faux mystère de la tombe d’Isidore Ducasse.

Parmi ceux-ci Isidore Ducasse, le Comte de Lautréamont lui-même, cite le nom de Troppmann dans une liste hétéroclite publiée dans Poésie I. Mais dans Poésie II, il revient sur l’affaire en ces termes :

La pensée n’est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les mensonges s’appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d’une capitale, la troublera — c’est certain — jusqu’à la destruction du mal. La pensée ne tarde pas à reprendre sa limpidité.

Isidore Ducasse observe à juste titre que l’affaire disparaitra de la presse, après l’exécution de Jean-Baptiste Troppmann, pour s’emparer du « terrible événement d’Auteuil » à savoir l’assassinat du journaliste Victor Noir par Pierre Bonaparte le 10 janvier 1870, soit exactement neuf jours après la mort de Troppmann. L’inhumation du journaliste de La Marseillaise au Père Lachaise le 12 janvier donna lieu à d’importantes manifestations et à des heurts avec la police devant le Théâtre des Variétés proche du domicile d’Isidore Ducasse.

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Le verbe passer constitue l’une des actions les plus fréquentes dans les Chants de Maldoror. Action qui se décline dans le fait de traverser l’espace, de se trouver sur le chemin d’autrui. Mystère du passant, Lautréamont définit l’espace comme une zone de traversées dans lequel Maldoror est d’abord celui qui a été vu, comme le note Isabelle Daunais, auteur de La forme d’une vile dans les Chants de Maldoror.  Agé de 24 ans, Ducasse décède à Paris, rue du Faubourg Montmartre, le 24 novembre 1870 durant le siège de Paris, alors que le Second Empire s’effondre. Il sera inhumé, le lendemain au cimetière Nord, connu aujourd’hui sous le nom de cimetière Montmartre, dans une concession temporaire de la 35ème division sous le n°9257 du registre de l’époque. Edmond de Goncourt note dans son journal à la date du décès : …Le chiffonnier de notre boulevard qui, dans le moment, fait queue à la Halle pour un gargotier, racontait à Pélagie qu’il achetait, pour son gargotier, les chats à raison de six francs, les rats à raison d’un franc, et la chair de chien à un franc la livre.

Alors commence le mystère de la tombe du célèbre auteur révélé par Soupault et  Breton. En effet, le 20 janvier 1871, le corps de Ducasse est déplacé une concession désaffectée du cimetière,  49ème division, ligne 27, fosse 6 qui sera reprise par la municipalité en 1880. Emplacement sur lequel ont été construites les rues Lamarck, Carpeaux, Joseph de Maistre et Coysevox. Une version différente veut qu’un obus prussien ait pulvérisé des tombes, dont la sienne. Les restes de ces concessions sont réputés transférés à l’ossuaire de Pantin. Mais il n’existe aucune mention de son nom dans les registres. Une légende vivace perpétue sa présence au Cimetière de Pantin dont les gardiens expliquent, qu’il n’y a aucune trace ni tombe, aux admirateurs de l’auteur des Chants de Maldoror. Deux rues portent son nom aux abords du cimetière parisien l’une à Bobigny, la seconde à Aubervilliers comme pour témoigner d’une mémoire de la présence des restes du Comte.

ancienne emprise du cimetière Nord

ancienne emprise du cimetière Nord

Texte Jacques Clayssen

 

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derive_4Mille et Unes Nuits, 18 février 2014, © Patrick Laforet

 

Le massacre de Pantin

Nouvelles CuRieuSes ou sinGulièReS de l’assassin Troppmann : sous le Second Empire en déclin, Pantin sera le théâtre d’un crime qui marquera un tournant dans la spectularisation de l’information.

Belleville a été durant soixante ans, tout comme Le Bourget, une commune du canton de Pantin jusqu’à son annexion à Paris en 1860.En annexant ses villages limitrophes, Paris arrive aux portes de Pantin. Dès lors, seule l’enceinte des fortifications sépare les deux villes. Des terres cultivées cèdent la place aux usines qui commencent à s’implanter sur le territoire, alors que les abattoirs et le marché aux bestiaux s’installeront sur les terrains réservés à cet effet à La Villette. Cette urbanisation vise à faciliter la vie de la capitale donnant une nouvelle identité à Pantin qui de bourg rural deviendra ville de banlieue.

C’est dans ce cadre encore rural au matin du 20 septembre 1869, sur le lieu dénommé alors le chemin vert près de ce qui s’appelle aujourd’hui quatre chemins à proximité de la gare de Pantin, que Jean Langlois cultivateur, déterre six cadavres de cinq enfants et de leur mère, un septième corps sera  découvert plus tard sur le même terrain. Tous atrocement mutilés. Un premier meurtre commis en Alsace portera à huit le nombre de cadavres dans cette affaire criminelle hors du commun.

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L’affaire Troppmann vient de commencer. Le journaliste du Petit Journal relate la découverte des corps des victimes tous issus de la famille Kinck, originaire de Roubaixpar le  cultivateur : « Arrivé sur la lisière d’un champ ensemencé de luzerne, il remarque tout à coup une mare de sang. Tremblant, ému, sous le coup d’un sinistre pressentiment, il écarte la terre avec un de ses outils ; il met au jour un foulard. Il fouille encore et bientôt il se trouve en présence du cadavre d’une femme, vêtue encore d’une robe de soie. » . »  L’auteur descrimes Jean-Baptiste Troppmann sera condamné à mort le 31 décembre de la même année et guillotiné après rejet des recours le 19 janvier 1870 devant la prison de la Roquette. Il avait 20 ans. Le procès se déroule sur fond de tension avec l’Allemagne, la déclaration de guerre franco-prussienne sera proclamée le 19 juillet 1870.

 

Le massacre de Pantin

Enfants victimes du meurtre

A l’époque, le journal satirique L’Eclipse décrit ainsi la scène du crime : à travers la plaine rase tondue, ponctuée çà et là de cheminée d’usines et de bâtisses lourdes, que l’on a baptisé abattoir.

Cette affaire, qui marquera durablement les esprits, reste dans les annales de la presse, de la police et de la justice comme un moment de démesure. L’événement va focaliser l’attention des journaux de l’époque, mais aussi des milieux littéraires. Le terme fait divers employé pour la première fois en 1863, s’impose avec cette affaire hors du commun. Avant la publication du Petit Jornal, cette rubrique se nommait « nouvelles curieuses ou singulières ».  Les tirages des journaux explosent, la foule se presse sur les lieux du crime et plus tard devant la guillotine.

Le Petit journal, titre populaire de l’époque, approchera un tirage de 600 000 exemplaires en publiant un feuilleton quotidien qui entretient l’intérêt des lecteurs. 100 000 personnes viennent sur les lieux où se sont installées buvettes et étals de marchands. Tout le monde piétine dans la boue, les familles curieuses s’agglutinent encouragées par l’ensemble de la presse qui mobilise un nombre important de rédacteurs.

Ce fait divers exceptionnel inspire des poèmes, des chansons populaires, mais aussi des auteurs dont Stendhal, Flaubert, Zola, Dumas, Rimbaud et même Victor Hugo alors en exil qui n’assistera pas à l’exécution, contrairement à Tourgueniev, mais qui défendra une position tranchée contre la peine capitale.

Le Petit journal 1880

Le Petit journal 1880

dossier Cour d'assise de la Seine

dossier Cour d’assise de la Seine

Jouer saNs enTraves

Tout ici incite à la fête du corps et de l’esprit dans la bonne odeur des gaz d’échappement et la douce musique du tunnel autoroutier. Ici tout est plaisir, enchantement, surprise, vous pouvez vous laisser aller à la joie sportive sans aucune arrière-pensée : le fait que l’aire de jeux soit située au milieu des voies rapides et d’un échangeur, d’un rond-point, que le sous sol vibre continuellement du passage des véhicules sous vos pieds, que le bruit soit parfois assourdissant et que le faux gazon idéalement placé pour amortir vos chutes sur le béton brut n’ait jamais été changé depuis plus personne ne sait quand, tout cela n’a aucune importance, jouez sans entraves pour reprendre un vieux slogan, en plus c’est gratuit et ouvert 24 heures sur 24, et même illuminé la nuit, j’ai bien dit illuminé, par les sympathiques lampadaires au sodium de l’autoroute voisine, dont la qualité d’éclairage et d’atmosphère ne sont plus à vanter.
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LiMite veRticAle

IMG_2132Limite verticale pour l’arrivée de Hors-Circuits, le walkscape vient se terminer sur le lac tranquille des pistes de l’aéroport du Bourget, bordées de bâtiments industriels parés de blanc, dans une ambiance balnéaire pimpante. Tout le bric à vrac aéronautique s’étale sur les alentours, le musée de l’air et de l’espace offre une magnifique promenade technologique dans l’un des plus vieux rêves de l’humanité. Les business man débarquent du monde entier dans leurs jets privés et un ballet de limousines, les groupes scolaires viennent pique-niquer sur les pistes désertées, l’autoroute murmure à quelques mètres, la cité Germain Dorell étale ses sculptures art-déco de l’autre coté de la nationale, les restaurants préparent les fêtes du soir, vous êtes partout et nul part, juste au bord de plusieurs mondes. La galerie Gagosian en fin de parcours confronte les meilleurs œuvres contemporaines à toute cette agitation tranquille dans un bâtiment discret et sophistiqué. Fin du parcours, reste à repartir avec le bus qui vous ramènera directement à la gare de l’Est après un dernier voyage dans les grands espaces autoroutiers du nord de Paris.

Impressions par Jacques Clayssen, photophone


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L’A86, Ruban d’Or.

La véritable beauté d’un ouvrage réside d’ailleurs surtout dans sa bonne conception et dans l’harmonie de ses lignes (Charles Bricka, Cours de chemins de fer, professé à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, 1894).
Longer le viaduc partiellement couvert de l’A 86 lorsque il enjambe les voies de la gare de triage et du RER permet d’appréhender la beauté d’une courbe de béton dominant les habitations. Sous certaines conditions de lumière les parois s’estompent, le ciel et la couverture d’acier gris se confondent. L’ensemble de béton blanc, d’arches de béton ou d’acier blanc sur l’ouvrage, les bétons structurels gris clairs, les parois acoustiques en aluminium anodisé ton naturel gris clair réfléchissant contribuent à l’élégance, le mot n’est pas trop fort, d’un ouvrage autoroutier dont la courbure comble le regard. On est saisi par la capacité que peut avoir une conception technique de provoquer par l’harmonie de sa réalisation une expérience esthétique réussie.

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Edifice de béton doté d’arcs-boutants singuliers, de piliers de soutènement impressionnants, de parements soignés, tout contribue à installer dans ce paysage urbain ce viaduc réduisant au silence les nuisances sonores. Les aménagements des abords prennent parfois des allures de pyramide aztèque offrant des chemins de promenade en surplomb des habitations.

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En 2011, la boucle est bouclée
Il aura fallu 43 ans pour mener à bien le chantier de cette boucle de 78km située à 6km du périph. Bâtie en milieu urbain, il a fallu construire de nombreux ouvrages d’art et prévoir une protection phonique. A Drancy l’autoroute s’immisce entre le quartier de la rue Diderot, constitué de petits collectifs et de pavillonnaires ayant nécessité des aménagements spécifiques pour agrémenter les dessertes et les abords, et la gare de triage, puis entre un quartier pavillonnaire et la zone industrielle.  Ce parcours est donc totalement isolé phoniquement par des murs latéraux et une couverture partielle. L’ouvrage a reçu le « Ruban d’or » 1997.

Le mur du son
La photo frontale du mur anti-bruit présente une vue impossible à l’automobiliste habitué à rouler entre ces murs. Mur du silence, mais aussi dans cette configuration écran à trame rectangulaire qui occulte la vue laissant seulement entrevoir les faîtages d’une vie. Etant donné un mur que se passe-t-il derrière ? Deux lampadaires encadrent le toit d’un pavillon, le sommet d’un poteau, la cime de deux arbres et les derniers étages d’un immeuble. Tous ces éléments constitutifs d’une vie citadine se découpent au-dessus du mur. Sur fond de ciel les preuves d’une vie au sol protégée du bruit et de la vue des véhicules, élimination des nuisances pour les habitants, occultation de environnement pour l’automobiliste. L’A86 dans cette partie aérienne s’impose au regard, tel un boyau de béton et de métal. Cette image expose les parois intérieures et une partie de la chaussée à notre regard, comme une indiscrétion. Silence de l’image, silence dans l’image. Absence de véhicule, aucun mouvement, l’écran en majesté dans un camaïeu de gris.

photo : Patrick Laforet

photo Patrick Laforet

Texte Jacques Clayssen

L’Etoile, nom d’une cité.

Attention à ne pas confondre avec la Cité des Etoiles, centre spatial soviétique
Composante majeure de la « banlieue rouge » de Paris, Bobigny accueillait les locaux du journal «L’Illustration».Le directeur de l’hebdomadaire acquiert, en 1931, trente hectares de terrains maraîchers à Bobigny, sur le site de la Vache-à-l’aise, aujourd’hui haut lieu des fouilles archéologiques balbyniennes, pour y construire ce qui était à l’époque la première imprimerie d’Europe.

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Tour à tour
Proche du Mouvement Moderne, l’usine composée d’un grand bâtiment en briques de trois étages aux  façades horizontales de 141 mètres de long et 90 mètres de large, percées de larges ouvertures, inspirera plusieurs constructions dont la distillerie Cusenier, construite en 1939 à La Courneuve. L’imprimerie s’organise autour d’une cour-jardin et d’une cour couverte de sheds. Une tour de huit étages, haute de 64 mètres et surmontée d’une horloge surdimensionnée, est construite à l’angle sud du bâtiment. Après diverses affectations, les bâtiments abritent aujourd’hui l’Université Paris XIII.

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La Promenade Django Reinhardt emprunte le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer reliant la gare de Bobigny à l’imprimerie, qui scinde en deux le Parc des sports de Paris Saint-Denis d’une superficie de 50ha, pour relier les bâtiments de l’université à la Cité de l’Etoile. Visuellement les deux lieux ont chacun leur tour. A celle de Paris 13 répond la tour de la Cité de l’Etoile.

L’abbé et l’architecte
Emmaüs Habitat est propriétaire gestionnaire de cette cité qui comprend 763 logements sociaux. Son histoire condense à elle seule les espoirs et les erreurs, les difficultés et les atermoiements du logement social.

L’abbé Pierre, figure préférée des Français de son vivant, se fait bâtisseur en créant la société anonyme d’HLM Emmaüs pour bâtir des cités d’urgence. Cette décision fait suite au drame survenue en 1953 qui verra mourir de froid un enfant._la_cite_de_letoile.jpg C’est en tant que maître d’ouvrage que le célèbre abbé rencontre l’architecte Georges Candilis. Ce dernier réussi à convaincre son commanditaire d’opter pour une solution pérenne. L’architecte propose une architecture très simple, de bâtiments aux caractéristiques plastiques affirmées suivant un plan de masse efficace. Le projet s’inscrit dans un périmètre éloigné du centre constitué d’un tissu urbain de type pavillonnaire. Georges Candilis décide contrairement aux dogmes de la charte d’Athènes de prendre en compte dans son projet ce tissu pavillonnaire préexistant.
L’édification de la cité s’inscrit dans le cadre de l’Opération Million, qui imposait pour la construction d’un logement de trois pièces de ne pas dépasser le budget maximum d’un million de francs. Ce qui compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, met le pouvoir d’achat de 1 000 000 francs en 1958 à l’équivalent de 1 731 398 euros aujourd’hui.

batiments cité de l'etoile focusL’équipe d’architecte (Georges Candilis, Shadrach Woods, Alexis Josic) va bâtir autour d’une tour construite en trèfle des ensembles d’habitations agrémentés de vastes espaces et d’une grande cour. Des jeux d’enfants, des balcons et des façades colorées agrémentaient l’ensemble d’origine.

L’Etoile, un univers en expansion
Depuis le temps a passé, l’entretien coûteux et des restructurations hasardeuses ont entraîné une dégradation de la Cité à laquelle s’est ajoutée la paupérisation des habitants. Les résidents ont dû subir les épisodes mouvementés d’une demande classement au « Patrimoine du XXème siècle » qui a engendré d’importants retards à la réhabilitation prévue en 2010. A cette époque, les habitants excédés avaient mis en ligne un clip pour faire valoir leurs droits et leurs espoirs de vivre à nouveau dans des logements décents. Un projet profondément remanié a permis de débloquer la situation pour que les travaux démarrent enfin. En décembre 2013, les habitants de l’Étoile avaient rendez-vous au Cargo pour faire le point sur l’avancement du projet de rénovation urbaine de leur quartier.

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Un projet pour une cité plus agréable à vivre, expliquait Le Parisien en novembre 2011, détaillant : un calendrier très étalé. Si les constructions neuves démarreront dès l’année prochaine, le relogement des locataires, lui, va s’étaler entre 2014 et 2017, le temps de finir les différents chantiers. Au total, Emmaüs investit 20 M€ et l’Etat 10 M€, à travers l’Anru (Agence nationale de rénovation urbaine), et la ville entre 800000 € et 1 M€ pour la voirie.
Actuellement des échanges de terrain avec le parc des sports contigu sont en cours pour permettre la construction de nouveaux logements.

texte Jacques Clayssen

Tchao la mort à Pantin

A Pantin, un cimetière parisien hors les murs.
Mourir à Paris est un casse-tête pour les familles. Le manque de place dans les cimetières pose de tels problèmes que la Ville de Paris a mis en place un plan de reprise, des concessions abandonnées, afin de libérer des emplacements. Lieu jouissant d’une forme d’extra-territorialité sur la commune de Pantin, le cimetière parisien illustre ces espaces absolument autres que Michel Foucault nommait hétérotopies pour les distinguer des utopies.

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A Pantin les espaces verts couvrent 114ha, dont 85% sont constitués des stades et du cimetière parisien. Environ un quart de la surface totale du territoire de la commune est occupé par le cimetière qui constitue une enclave au sein de la ville.

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En pénétrant dans cette nécropole, dont les caractéristiques vertigineuses constituent à elles seules un palmarès époustouflant, le visiteur découvre de grandes avenues rectilignes bordées d’arbres suivant un plan en damiers. Les tombes aux architectures et aux agencements spécifiques aux diverses cultures composent avec les espaces consacrés aux victimes civiles et militaires des deux guerres mondiales un ensemble organisé pour des morts d’origines et de conditions variés à l’image de la cité des vivants. D’une superficie de 107 hectares, soit l’équivalent de 100 terrains de football,  le cimetière parisien de Pantin est l’un des plus grands d’Europe en activité.
Ouvert le 15 novembre 1886, en 127 ans près d’un million de personnes y ont été enterrées. Il compte près de 150 000 concessions, regroupées dans 217 divisions numérotées de 1 à 163 puis de 201 à 217. Manque donc de 164 à 200. Actuellement, environ 2500 inhumations ont lieu chaque année.
Avec 4,7 Km de mur d’enceinte par 3 m de haut interrompu par deux entrées permanentes desservant 32 km de voies intérieures, autorisées à la circulation,  plantées d’une grande variété d’essences. Véritable arboretum de 8 759 arbres dont 7 969 en alignement. Les voies portent les noms des essences qui les bordent : avenues des Chênes Rouges, des Erables Noirs, des Peupliers Argentés, des Mûriers Blancs pour les couleurs et une invitation aux voyages avec des dénominations telles qu’avenues des Noyers d’Amérique, des Platanes d’Orient, des Tilleuls de Hollande, des Marronniers d’Inde, des Noisetiers de Byzance.

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Véritable cité-jardin des morts une grande quantité d’arbres sont quasi centenaires. Une flore composée d’une cinquantaine d’espèces s’y développe. Le mur d’enceinte abrite par exemple quelques spécimens d’une espèce caractéristique des murs secs et chauds, la cymbalaire des murailles. Cette plante a scrofulaire était réputée soigner la scrofule : il s’agit d’une maladie purulente des ganglions du cou formant des plaies autrefois dénommée « écrouelles ». Les Rois de France et d’Angleterre avaient le pouvoir de guérir les malades par l’imposition des mains assortie de quelques prières et d’un signe de croix. En fait la scrofulaire a de petites nodosités sur ses racines qui ressemblent vaguement aux glandes engorgées des écrouelles ; de là le nom et la croyance, en vertu de l’idée que les plantes avaient des vertus médicatrices pour les lésions auxquelles elles ressemblaient.

Aujourd’hui, la scrofulaire reste encore utilisée en herboristerie pour diverses affections, pas seulement cutanées. Dans cette classe des scrofulariacées on trouve aussi le Paulownia, arbre familier des espaces publics urbains qu’il colonise avec rapidité.
Le nombre de tombes rend quasi impossible un recensement exhaustif des sépultures malgré le découpage de l’espace en divisions. Chaque division sont composées en général de plus de 20 rangées totalisent une quarantaine de tombes chacune.

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Le cimetière offre bien des tentations auxquelles n’ont pas su résister quelques employés indélicats en 2012. Une affaire de trafic d’or et de bijoux volés sur les défunts lors d’exhumations de dépouilles vouées à être transférées dans un autre cimetière a jeté une ombre crapuleuse sur ce lieu de repos pour les morts et de recueillement pour les vivants.
Pourtant la position excentrée du cimetière, rattaché administrativement à Paris, explique le faible nombre de personnalités enterrées, preuve en est la modestie des tombes et l’abandon de certaines. Le promeneur découvrira avec surprise des pierres tombales cassées, des tombes éventrées par l’usure et la mauvaise qualité des matériaux. Ici, pas de dégradations volontaires seulement les effets du temps et une absence d’entretien. Mais l’importance du cimetière a favorisé des attributions erronées, comme celles d’Isidore Ducasse connu sous le pseudonyme de Comte de  Lautréamont et de Louise Weber plus connue sous le nom de  La Goulue. Le premier dont les ossements n’ont jamais été transférés depuis le cimetière Montmartre comme l’indiquent des récits infondés. Alors que La Goulue y a été enterrée avant d’être transférée au cimetière Montmartre sur décision de Jacques Chirac en 1992, à la demande de l’arrière-petit-fils de Pierre Lazareff, directeur artistique du Moulin Rouge qui avait été une des rares personnes a assisté à son enterrement en 1929.

Les dépouilles de Lautréamont et La Goulue ont été les actrices involontaires d’un  faux chassé-croisé entre le cimetière de Montmartre et celui de Pantin

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La Goulue, annonce presse de son décès

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Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

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texte Jacques Clayssen

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derive_5Ensemble végétal, 6 juin 2014, © Patrick Laforet

 

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