…l’homme est un animal qui marche, qui voyage. Il est avant tout homo viator.

Le terme Homo Viator signifie en latin « l’homme en chemin », ou tout simplement le pèlerin. Cette image est parfois utilisée en philosophie pour définir l’être humain comme un être toujours en devenir, « en route vers », tendu vers un idéal ou à la poursuite de ses désirs. Cf. Gabriel Marcel

… D’où mon idée de proposer à la communauté analytique le concept d’une nouvelle pulsion, la cinquième, la pulsion viatorique, celle-là même que le pédiatre vérifie à la naissance du bébé, en même temps que la succion, le réflexe de marche, support à venir de la pulsion viatorique et qui, à mes yeux représente la figure paradigmatique du désir humain. Gérard Haddad in Le voyage, figure du désir

Marche-performance- Rue de Lille

« Nous croyons penser avec notre cerveau. Moi, je pense avec mes pieds, c’est là seulement que je rencontre quelque chose de dur. »

Lacan J., « Conférence au Massachusetts Institute of Technology, 2 décembre 1975 », Scilicet 6/7, novembre 1976, p. 60.

Depuis le 5 de la rue de Lille, point de départ des participants réunis devant la plaque commémorative, les marcheurs portent soit un nœud papillon, un col roulé, une chemise blanche, suivant sa préférence.

Il portait alors des chemises ou des tuniques, sans col, sans cravate non plus ; et le nœud papillon qui avait surveillé mes premiers pas avait disparu depuis longtemps, remplacé par le col roulé, puis par ce type de col, ou d’absence de col, sur ce type de chemise blanche, aux boutons maintenant cachés… in Lacan, 5 rue de Lille. Jean-Guy Godin

Jacques Lacan apparaissait. Il était d’une élégance rare, habillé d’une chemise en soie rose et d’un complet gris, toujours avec un noeud papillon qu’il changeait souvent, chaussé de splendides mocassins noirs. Son abondante chevelure noire légèrement grisonnante rejetée en arrière. Aspects méconnus de Jacques Lacan in le blog de Roland Jaccard

Ceux qui auront opté pour le noeud papillon participent à un double hommage à la figure de Jacques Lacan. D’une part, il constitue un signe de reconnaissance autour d’un attribut vestimentaire qu’il a souvent porté ; d’autre part, dans son intervention au Congrès de Rome en 74, Lacan déclare : « Que ce soit ces ronds du noeud borroméen, ce n’est quand même pas une raison non plus pour nous y prendre le pied. Ce n’est pas ça que j’appelle penser avec ses pieds. » in La Troisième, il précise : « Si vous pouvez penser avec les peauciers du front, vous pouvez aussi penser avec les pieds. Eh bien, c’est là que je voudrais que ça entre – puisque, après tout, l’imaginaire, le symbolique et le réel, c’est fait pour que, ceux de cet attroupement qui me suivent, ça les aide à frayer le chemin de l’analyse. »

Bande-son

« … les craquements du parquet que la moquette n’arrivait plus à étouffer ; les pas vifs de Gloria, le clop-tchop-tchip-tchip des pas de Lacan. » témoignage de Jean-Guy Godin, in 5 rue de Lille

Les marcheurs entament la marche en file indienne sur le trottoir de gauche vers Orsay [ flèche bleue ]. Ceux qui le souhaitent peuvent dessiner un « nœud » avec leur trace GPS, pour d’obtenir cette trace, il conviendra de suivre un parcours précis. A mi-parcours, les marcheurs devront traverser la rue en ayant pris soin de dessiner une figure rectangulaire pour représenter le pont de fixation du nœud papillon [ carré vert ]. Ensuite les marcheurs reprendront leur marche en file indienne sur le trottoir de droite jusqu’à l’angle de la rue….

Le retour s’effectuera en sens inverse [ flèche noire  ] dans les mêmes conditions. Voir dessin ci-dessous :

1-Proposition « La Déambulation » rue de Lille

Le groupe se met en marche avec des variantes possibles :

  • Un pas de deux
  • Un pas d’eux deux
  • Un pas deux 2

Déambulation entre le n°1 et le n°31

Quelques éléments historiques concernant des adresses ayant un lien avec Jacques Lacan :

3. logement de Jacques Lacan

adresse indéfinie : L’écrivain et poète, chef de file du mouvement Dada, Tristan Tzara (1896-1963), habita et est mort ici.

5. cabinet de Jacques Lacan

8. restaurant La Calèche

19. (plaque) « Max Ernst, peintre, sculpteur, poète, né le 2 avril 1891 en Allemagne à Brühl, a vécu Dans cette maison de 1962 à sa mort le 1er avril 1976. »

immeuble dans lequel Christine Deviers-Joncour recevait Roland Dumas, qui y résidait souvent. comme en atteste de nombreux témoins de cette affaire connu sous le nom d’affaire Dumas.

D’autre part, le psychanalyste Daniel André, qui résidait au 19, rue de Lille, fut impliqué comme ami de Mme Deviers-Joncour

23 : Karl Marx y habita de novembre 1846 à mars 1847

­25. Association Lacanienne Internationale

2-Proposition « La Traversée « rue de Lille

A la séance courte, le parcours court s’impose comme expérience spatio-temporelle praticable dans des conditions permettant aux marcheurs de réaliser un parcours réduit.

Traversée entre le n°5 et le n° 8

Contexte :

« La rue de Lille – avec sa notoriété, Lacan avait annexé toute la rue – était très fréquentée – En outre sa clientèle multiple, une autre population la visitait pour des motifs mondains ou privés, l’entretien d’un commerce agréable ou simplement nécessaire. « 

In Jacques Lacan, 5 rue de Lille- Jean-Guy Godin.

Postures et déplacements

  • immobile face plaque commémorative sur le mur du n°5
  • rotation 180° -une fois par la droite, puis par la gauche à partir de la position initiale-
  • marche jusqu’au bord du trottoir
  • marche sur la chaussée en prenant l’axe (angle 45°) vers le n°8
  • arrêt au pied du trottoir
  • monter sur le trottoir
  • face vitrine restaurant La Calèche
  • rotation 180° -une fois par la droite, puis par la gauche à partir de la position initiale-
  • Porter son regard vers la plaque commémorative sur le mur du n°5

Le marcheur s’imprègne des lieux, nature des murs, des sols, de l’ambiance de la rue.

Il interroge le pourquoi de sa présence hic et nunc.

Marcher en se remémorant des éléments liés aux pratiques et usages de Lacan sur cette fraction de rue.

Le témoignage de Philippe Sollers

« je vais au 5, rue de Lille et je tombe sur l’adresse de Lacan, qui, on le sait, a exercé là, de 1940 à sa mort (en 1981), son très éprouvant métier de psychanalyste. Si le divan de Lacan pouvait parler, il mettrait en crise toute l’industrie romanesque et ses millions de livres pour rien. Cette adresse m’est familière. Bien que jamais allongé chez lui, c’est là que j’allais le chercher, certains soirs, pour dîner en sa compagnie à La Calèche, le restaurant d’en face. Le 5, c’était la promesse d’un plaisir. Mais le 5 rue de Lille (et c’est là que le temps se met à parler à voix basse) était aussi l’adresse d’un certain Darasse, le banquier d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, lorsqu’il venait toucher la pension que lui envoyait son père depuis Montevideo (Darasse était en affaires avec ce pays lointain). […] C’est au même banquier Darasse que Ducasse, le 12 mars 1870 (il meurt en novembre, à l’âge de 24 ans et demi, pendant le siège allemand de Paris), annonce que sa méthode a complètement changé après l’échec des Chants de Maldoror, pour dans Poésies I et II, donc) chanter exclusivement “l’espoir, l’espérance, le calme, le bonheur, le devoir”.»

Quand il sortait de son cabinet, après ses séances, vers 19 h 30, 20 heures, on allait en face de chez lui, dîner, comme ça, rapidement…

   Au restaurant La Calèche ?

   À La Calèche, c’est ça. On buvait du champagne rosé dont il m’arrosait très gentiment… Et là la conversation était libre, elle pouvait sauter d’un sujet à l’autre et c’était très agréable. Je crois que je le détendais.

Propos recueillis par Sophie Barrau, le 15 juin 2001 Lacan même, Navarin, 2005

Puis, dans un entretien avec Nathalie Crom en 2009 au Centre Pompidou, Sollers reformulera ses rencontres en ces termes :

Lacan, qui était un grand ami, habitait au 5, rue de Lille – juste à côté de chez Max Ernst. J’allais chez lui le chercher à la fin de la journée pour aller dîner juste en face, à La Calèche. Il poussait de grands soupirs : il avait entendu des conneries romanesques, c’est-à-dire névrotiques, toute la journée, et il n’en pouvait plus. C’est ainsi qu’il gagnait son argent, et il avait des billets plein les poches parce qu’il se faisait payer rigoureusement – drôle de type ! C’est très romanesque, la vie de Lacan. Les gens venaient chez lui payer en analyse ce qu’ils ne savaient pas qu’ils disaient, et moi, j’y allais pour avoir un dîner gratuit ; cela n’est-il pas romanesque ?

  • Roland Dumas qui s’était installé au 19, chez Christine Deviers-Joncour, relate avec gourmandise ses rendez-vous avec Lacan à La Calèche

Il m’invitait à déjeuner pour manger du caviar. Il me téléphonait vers midi et me demandait invariablement :

« Roland, que faites-vous pour le déjeuner? »

J’étais débordé par des dossiers urgents mais ne voulais manquer cette rencontre sous aucun prétexte. Je bredouillais :

« Rien de particulier.

Vous ne voudriez pas qu’on « se » mange une « p’tite boîte? »

Il habitait au 3 rue de Lille, et son cabinet était au 5. Une plaque, ainsi rédigée, rappelle au passant d’aujourd’hui que c’était l’adresse de son cabinet : « Jacques Lacan (1901-1981) pratiqua ici la psychanalyse de 1941 à sa mort. » Nous n’avions qu’à traverser la rue pour nous retrouver à La Calèche, un petit restaurant où il avait ses habitudes et sa table réservée au fond de l’établissement. Il passait, impérial, devant les convives qui faisaient mine de ne pas le reconnaître. On s’installait. Le serveur venait ou ne venait pas. Quand Lacan en avait assez d’attendre, il se mettait à pousser un hurlement qui mettait la salle en émoi. Le serveur arrivait affolé : « Tout de suite, monsieur le professeur! » Et de rappliquer en urgence avec excuses, caviar et vodka.

  • Julia Kristeva évoque aussi une rencontre avec Lacan à la Calèche

Nous avons dîné ensemble à la Calèche, son restaurant habituel, et s’est immédiatement installée entre nous une très forte proximité fondée sur un respect réciproque. A la sortie du restaurant Lacan m’a demandé quel était le prénom  de mon père. Je lui ai dit qu’il s’appelait Stoyan (variante bulgare de Stéphane), un « signifiant » dont mon père s’amusait à faire remonter l’étymologie à la racine latine « sto-stare » :  « il tient ». Lacan s’est arrêté, contempla quelques longues minutes la lune, et finit par me dire: «Je vois que cela tient ». Je me souviendrai toujours de son regard, curieux, enveloppant et très respectueux. Finalement, je n’ai jamais fait l’interview, mais les  échanges se sont poursuivis. 

  • Extrait de l’article consacré à Françoise Giroud, lors de la publication des Leçons particulières en Livre de poche. De ce hasard chronologique a dépendu le destin de L’Express. 23 août 2001

De 1963 à 1967, quatre fois par semaine, Françoise Giroud franchit le seuil du 5, rue de Lille, l’adresse qui, à l’époque, aimante autant qu’elle effraie. A raison de 400 séances d’une vingtaine de minutes, Françoise Giroud, en s’allongeant sur le divan du psychanalyste le plus idolâtré et le plus critiqué, va réapprendre à tenir debout. «Grâce à lui, j’ai pris conscience que je marchais le pied droit dans ma chaussure gauche et le pied gauche dans ma chaussure droite», dit-elle. Image frappante qui aide à savoir pourquoi l’on trébuche. 

  • Dans Le Monde du 12 juillet 2020, Arielle Dombasle raconte « Un ami de mon grand-père habitait ici [5,rue de Lille], il racontait que Lacan s’arrêtait chaque fois pendant vingt minutes devant le grand miroir de l’escalier pour se regarder »

  • Novembre1951 : Jacques Lacan invite Enrique Pichon-Rivière à dîner au 5 rue de Lille, et lui réserve une surprise.
    par Gustavo Freda, Psychanalyste, membre de l’école de la Cause Freudienne de Paris. 

Psychiatre et psychanalyste argentin d’origine suisse (1907-1977), fondateur du freudisme en Argentine, Enrique Pichon-Rivière a été l’un des fondateurs de l’Association psychanalytique argentine en 1942. Clinicien et enseignant novateur, il crée, en 1959, l’École de psychologie sociale. Ses travaux et son enseignement témoignent du lien entre les deux voies d’implantation de la psychanalyse en Argentine : la voie culturelle et la voie thérapeutique.

E. Pichon-Rivière était un passionné de Rimbaud, de Baudelaire mais surtout d’Isidore Ducasse, à qui il consacra de nombreux écrits. Fasciné par ce personnage et le mystère qui l’entourait, captivé par ce jeune homme dont il ne connaissait pas le portrait (aucune photo de lui n’existait à l’époque), il profite d’un voyage à Paris, où il doit participer à un congrès, pour enquêter sur les derniers pas du poète uruguayen. Nous sommes en 1951 et le congrès en question est la XIVe Conférence des psychanalystes de langue française durant laquelle il retrouvera Lacan, avec qui il partage le programme 2 et qui l’invitera à dîner le soir même… lui réservant une surprise.

Et (c’est là le point le plus savoureux), lorsque Lacan lui remet sa carte pour qu’il sache où se rendre, E. Pichon-Rivière de rétorquer : « Mais, hier matin j’étais à cette adresse ! »
Alors, pourquoi E. Pichon-Rivière s’était-il déplacé fin octobre 1951 au 5 rue de Lille?
Parce qu’outre l’adresse du cabinet du docteur Lacan, le 5 de la rue de Lille était aussi la résidence du banquier Darasse, homme d’affaires en lien avec l’Uruguay, qui servait d’intermédiaire financier entre Isidore Ducasse et son père, et qui versait au fils une
pension mensuelle et lui accordait des fonds destinés à financer la publication – à compte
d’auteur – de ses œuvres. ( voir Philippe Sollers, Les voyageurs du temps,
.
Voici donc notre E. Pichon-Rivière, revenant le soir à la même adresse qu’il avait quittée la veille, frustré de ne pas avoir pu nourrir son dossier, ni sur Isidore Ducasse, ni sur le banquier Darasse. Sauf que si la balade matinale fut infructueuse, celle du soir s’avéra généreuse : la surprise que Lacan lui avait « réservée » était la présence, parmi les convives, de TristanTzara, grand connaisseur du poète maudit sur qui ils échangeront la soirée durant !
Lacan connaissait-il la passion vouée au Comte de Lautréamont par E. Pichon-Rivière ? Ce dernier, lors d’un éloquent et affectueux témoignage à l’égard de Lacan, répond par l’affirmative.

Texte publié par L’École de la Cause freudienne | « La Cause Du Désir » 2017/3 N° 97 | pages 165 à 166

La rue de Lille se termine à l’ouest par la Gare d’Orsay, aujourd’hui Musée, les trains à destination d’Orléans partaient de cette gare jusqu’en 1939. Orléans, ville où le grand-père paternel de Lacan exerçait dans le vinaigre.

A l’est, la rue permet de rejoindre le quartier St Germain que Lacan fréquentait entre autres pour ses librairies et ses cafés. Entre la librairie La Hune et Le Divan, Lacan fréquentait, de préférence, la librairie qui ne commercialisait pas les éditions pirates de ses séminaires.

Les Deux Magots, le Flore et Lipp un trio de brasseries entre lesquels se dispersaient au grè des affinités et des désamours les acteurs de la scène germanopratine.

« La pratique de Lacan était très corporelle, il travaillait comme un sculpteur, au couteau, comme on le disait au café Les deux magots, où l’on se retrouvait parfois nombreux, après les séances auprès de lui… » Jean-Jacques Moscovitz, Membre fondateur en 1986 de Psychanalyse Actuelle.Membre d’Espace Analytique.

Être là, quand ça marche?

« La promenade comme forme artistique autonome, comme acte primaire dans la transformation symbolique du  territoire, comme instrument esthétique de connaissance et transformation physique de l’espace ‘négocié’, convertie en intervention urbaine. » écrit le groupe Stalker dont l’objectif est de révéler l’espace en le « pratiquant » à travers un certain nombre d’actions dont la marche et diverses installations … Stalker est un laboratoire d’art urbain, créé en 1995, à Rome, référence historique de Démarches.

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