Les points de vue d’Hervé Bernard

Le parcours d’Hervé Bernard est à la fois technique, physiologique et culturel, comme le montre son dernier livre intitulé Regard sur l’image, ces trois regards sont indissociables pour faire et comprendre les images. Doté d’un solide bagage technique, Hervé Bernard accorde une place importante à la littérature et à la philosophie.

Regard sur l’image tient tout autant de la thèse illustrée que d’une somme de connaissances encyclopédiques. Cet ouvrage autoédité présente toutes les caractéristiques d’une réalisation soigneuse tant pour la qualité de sa maquette que par l’attention portée à la clarté du texte.

Editer à compte d’auteur contraint à assumer les conséquences d’une absence d’éditeur pour critiquer et alléger les textes de digressions non indispensables, mais aussi des moyens financiers qui limitent l’accès aux droits de reproduction des illustrations.

Dans sa préface Peter Knapp,  le célèbre graphiste, directeur artistique, photographe et plasticien suisse, salue l’entreprise en connaisseur.

Ce livre de 350 pages se décompose en trois parties. La première, consacrée à la photographie, la seconde est dédiée à la vision alors que la troisième interroge la perception.

Dès le titre, Hervé Bernard impose un choix, l’emploi des termes au singulier Regard sur l’image alors que chaque section va présenter différents regards et qu’il sera question des images, fixes ou animées, montées, argentiques ou numériques, mais aussi de peintures. L’auteur s’employant dans chacune des trois sections à présenter les implications sémantiques, techniques, physiologiques et esthétiques de son sujet. Le titre donne à penser que le regard singulier se veut omniscient et l’image générique. L’auteur livre ses points de vue, il s’agit de son regard illustré par ses photographies.

Hervé Bernard s’attache à préciser la signification du mot image, avec ce souci constant de ne pas utiliser le « jargon pseudo-sémantique «  dénoncé par Peter Knapp dans sa préface, mais aussi de synthétiser des idées qui ont donné lieu à d’importantes controverses au cours des siècles. Les débats sont éludés, si ce choix facilite l’accès aux présentations des problématiques exposées, il faut de solides connaissances pour décrypter les options retenues par l’auteur.

Alors que la sélection des références culturelles et théoriques renvoie à des auteurs et des textes qui ne reflètent pas la diversité de la recherche dans sa vivante actualité, les références physiologiques et techniques correspondent à un état de l’art plus actuel. L’auteur met à portée des lecteurs des concepts élaborés, on peut regretter qu’il n’explicite pas ses choix en informant ses lecteurs des débats passionnés qui ont émaillé les théories de l’image.

Le sujet est des plus complexes. En effet, La notion générique d’image qui est employée ici pour définir le statut de la photographie, est traitée comme un objet du savoir ayant ses experts et susceptible d’expertise, ce qui ouvre le champ de la discussion.

Par exemple, André Gunthert, maître de conférence à l’École des hautes études en sciences sociales, où il occupe la chaire d’histoire visuelle, expliquait lors d’une intervention intitulée de quoi la photographie est-elle le nom ? qui ne figure pas dans le livre d’Hervé Bernard, un parti-pris étymologique différent de celui traditionnellement utilisé « Pourtant, l’étymologie ne remplace pas l’histoire. Et le mot qui le montre le mieux n’est autre que le terme «photographie», construction savante issue du grec, forgée dès 1839 par l’astronome John Herschel pour caractériser le procédé négatif-positif du pionnier anglais William Fox Talbot, que chacun croit pouvoir interpréter logiquement comme «écriture par la lumière» (photos = lumière, graphie = écriture).

Or, contrairement à la famille de mots qui exploite le suffixe «graphe» pour désigner l’écriture ou la transcription (orthographe, autographe, télégraphe, etc.), le terme «photographie» renvoie à l’univers des arts graphiques, où cette racine désigne la production des formes visuelles, et plus précisément les techniques de reproduction multiple par impression, comme la xylographie, la lithographie ou la sérigraphie.

La photographie n’est donc nullement perçue comme une forme d’écriture (sur le modèle du télégraphe), mais comme un outil de reproduction à partir d’un original (comme la lithographie). »

Cette analyse ouvre d’autres perspectives à nombre de raisonnement fondés sur la relation écriture-photographie. L’activité critique est inséparable du savoir technique, indissociable de l’analyse des conditions historiques de la production des images.
Dans la première partie sur la photographie, les différents chapitres abordent les problématiques spécifiques à la photographie. Si les illustrations sont commentées, les auteurs ne sont pas mentionnés, il faudra se reporter à la table des illustrations pour les identifier. Ce choix peut s’expliquer par le fait que la quasi-totalité des photos sont de l’auteur. Pour Hervé Bernard pratique de la photo et compétences théoriques sont indissociables, ce qui lui permet de mettre à disposition de ces lecteurs la boîte à outils indispensable à ceux qui souhaitent maîtriser toutes les composantes de la prise vue.

La deuxième partie traite de la perception visuelle. Les phénomènes liés à la vision expliquent les aberrations et illusions dont notre système visuel peut-être victime : «  l’œil ne voit pas des phénomènes qui existent » page 96  alors que « l’œil voit des phénomènes qui n’existent pas «  page 107. La primauté de la vue dans notre société mérite d’en comprendre les fonctionnements physiologiques et les traitements cognitifs.

La troisième partie traite de la perception culturelle de l’image. Une présentation des similitudes des religions du Livre n’établit pas les fondements de la crise qui a opposé les iconophiles et les iconoclastes. Les deux premières querelles iconoclastes, survenues dans l’Empire byzantin en 754 sous le règne de Constantin V, puis cinquante ans plus tard à la mort de l’impératrice Irène. Dans cette partie, l’auteur aborde le sujet de la photo numérique et sa prolifération.

Regard dur l’image, un livre pour ceux qui s’interrogent sur la photographie, de la prise en main de l’appareil au résultat en parcourant la technique, la physiologie et la théorie.

Le livre a obtenu le Prix de l’Académie de la Couleur en 2016.

Regard sur l’image 350 pages, impression quadrichromie, 150 illustrations. Préface Peter Knapp, Prix public : 50 € ttc, Format 21 x 28 cm. EAN 13 ou ISBN 9 78953 66590 12 En vente sur le site : http://www.regard-surlimage.com/regard-sur-limage-la-table-des.html

Les Hétérotopies

Parmi les textes fondateurs sur lesquels s’articulent le walkscape, le texte de Michel Foucault intitulé « Les Hétérotopies » s’impose en six principes.

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Psychogéographie ou l’anti-promenade

debord

Walkscape et psychogéographie ont beaucoup à voir ensemble, donc retour à un texte fondateur de la psychogéographie, publié dans la revue Les lèvres nues n° 6, à Bruxelles en 1955. Le texte est de Guy Debord, et fonde la critique situationniste de la ville. Dans le vaste projet de l’IS de transformer le monde, la vie, et de lutter contre l’ennui du paysage urbain, le fonctionnalisme général alors dominant et la rationalisation de l’espace, ce texte pose les bases d’une méthode d’analyse urbaine. Retour à une subjectivité assumée et revendiquée, pratique et buts de la « dérive », réintroduction du sentiment dans la cartographie, représentations poétiques, toute la démarche permet un diagnostic territorial nouveau destiné à réenchanter l’urbain, permettre de nouvelles appropriations de l’espace collectif. Basée essentiellement sur la marche, conçue comme une temporalité active, cette méthode n’a rien perdue de son actualité et le walkscape y puise de nombreuses racines.
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Marche-Arrêt

Théoricien de la marche comme pratique esthétique, l’architecte Francesco Careri développe le principe du « walkscape » au début des années 2000, une dizaine d’années plus tard, il propose une nouvelle théorie le « stopscape » .

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Penser la marche en ville

Sociologue – Chargée de recherches CNRS, Rachel Thomas, directrice du laboratoire du Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain (CRESSON), directrice adjointe de l’UMR 1563 CNRS/MCC Ambiances architecturales et urbaines, auteur de « La marche en ville. Une histoire de sens », L’Espace géographique 1/ 2007 (Tome 36), p. 15-26

rachel Thomas portrait

www.cairn.info/revue-espace-geographique-2007-1-page-15.htm.

Le point sur les fondamentaux de la marche en ville.

Francesco Careri présente le Walkscape

Ecole spéciale d’architecture

Conférence du jeudi 3 octobre 2013 à l’Ecole spéciale d’architecture

« WALKSCAPES, la marche comme pratique esthétique » par Francesco Careri 

 

 

 

 

 

François Jullien, ce que le paysage dit de nous

Vivre de paysage ou L’impensé de la Raison
François Jullien, philosophe helleniste, présente ainsi son livre :
«En définissant le paysage comme « la partie d’un pays que la nature présente à un observateur », qu’avons-nous oublié ?
Car l’espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d’étendue qu’y découpe l’horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un « spectacle »? Et d’abord est-ce seulement par la vue qu’on peut y accéder – ou que signifie « regarder »?
En nommant le paysage « montagne(s)-eau(x) », la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l’immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu’on voit et de ce qu’on entend… Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d’ »esprit » qui fait entrer en connivence.
Le paysage n’est plus affaire de « vue », mais du vivre.
Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu’à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde.» 

François_Jullien_portrait

François Jullien a pris le parti de décentrer ses analyses pour désamorcer l’ethnocentrisme endémique de notre culture occidentale. En soumettant ses réflexions aux filtres de la pensée chinoise, il déconstruit depuis une culture extérieure a-conceptuelle notre pensée occidentale. Ce décentrement lui permet de réinstaurer le vivre là où l’être règne en maître.
En se libérant des contraintes de notre langue et de notre culture, François Jullien nous offre la possibilité de nous découvrir d’un autre point de vue.
Il nous explique la manière dont la structure alphabétique de notre langue a organisé nos savoirs, alors que l’écriture idéographique chinoise fonctionne sur une cohérence d’accouplement. En lieu et place du paysage, terme unitaire, la Chine dit un jeu d’interactions entre « montagne-eau ».

Ce regard, déconditionné de nos acquis culturels, permet de reconsidérer notre point de vue sur le monde préformaté que nous décryptons, faute de compétences sémantiques pour l’interroger.

Collection Bibliothèque des Idées, Gallimard