Pantin-Le Bourget

_MG_5098_DxOWalkScape proposé par l’association DéMarches
Auteurs : Clayssen/Laforet
Biennale de Belleville / Septembre –octobre 2014

Les territoires actuels sont inventés : ils sont exhumés et créés, dans un même mouvement, dans la foulée. C’est en ce sens que traverser ces espaces aboutit aussi à les produire. : il n’y a pas de regard à l’état sauvage qui permette de les saisir à nu, mais une intrication du donné et du projeté, du donné et du plaqué, du déjà là et du fabriqué, de la découverte et de la production, et par conséquent de la traversée des territoires actuels et de leur création. La traversée est invention. Thierry Davila in Marcher, Créer.

Deux météorites mondialisées du milieu artistique international sont tombées au beau milieu du chaos de la banlieue parisienne, les galeries Thaddaeus Ropac à Pantin et Gagosian au Bourget. Deux objets culturels sortis de leur contexte habituel, il était intéressant de voir ce qu’il y a dans l’interstice, de parcourir le territoire entre les deux cratères, d’examiner quel lien peut exister à la fois entre les deux et au milieu des deux. Voyage donc dans l’entre-deux, quel paysage s’y déploie, y a t il quelque chose à voir ou rien ou si peu ? Quels signaux faibles, où en est l’entropie dans ce hors-circuit, quel paysage peut-on construire sur ce vide, cette absence de mythe, cette vacance de la Disneylisation millimétrée du monde ?

La caRte

15Km à pied
3 heures 45 de marche
18 623 pas

HORSCIRCUITW

Hors-circuits – temps de parcours et infos déplacement

0’00 ‘’ Galerie Thaddaeus Ropac, Avenue Général Leclerc, Pantin 1

6’30’’ Château d’eau, entrée du cimetière (urinoir à gauche de l’entrée)

Ensuite prendre Av. des Platanes (vers les cyprès) puis à droite

26’00’’ Avenue de la Zone à gauche

Sortie à droite Avenue Jean-Jaurès

Fort d’Aubervilliers

Zingaro (métro)

38’45’’ à droite sur le parking, Avenue de la Division Leclerc

57’50’’ Parc Départemental des sports de Paris Seine St Denis

(urinoir dans bâtiment à gauche de l’entrée)

1h00’ Sortie Parc des sports prendre à droite promenade Django Reinhardt tout droit jusqu’à la rue de l’Etoile.

Dans la rue de l’Etoile prendre la 1ère rue à droite, rue de l’Amicale qui longe l’arrière du terrain de l’ancienne gare de Bobigny jusqu’à la rue Gustave Moreau sur la droite (Chapelle de l’Etoile)

1h22’ Emprunter le pont routier

1h30’ Carrefour Repiquet (champ de pierres )

Traverser le terrain de jeux,

Sortie à gauche vers tunnel de Bobigny sortie n°221

1h42’30’’ traverser vers la gauche dans l’axe de la passerelle Julian Grimau prendre le tunnel pour sortir à gauche rue Diderot

2h00’’ Mur de soutènement en pierres sous grillages

Retourner vers la passerelle Julian Grimau

Suivre la rue Julian Grimau au bout tourner à gauche rue de la Courneuve puis à droite rue Jean-Pierre Timbaud (panneau Drancy à gauche)

Prendre à droite l’Avenue Vaillant Couturier (temple indien sur le trottoir de gauche en allant vers Le Bourget).

2h30’ commune du Bourget (sur la droite l’ancien cinéma Aviatic)

Suivre l’avenue de la Division Leclerc

Passer au-dessus de l’autoroute et prendre à gauche le long des bâtiments de la zone aéroportuaire

3h10’ Aéroport du Bourget (Musée de l’air et de l’espace)

Sortir pour traverser la nationale

vers la Cité Germain Dorel, au Blanc Mesnil

Puis retour le long des pistes jusqu’à la rue de Stockholm vers la Galerie Larry Gagosian 2

3h45 Fin du parcours

Retour vers Paris arrêt bus n° 350  devant l’aéroport

RATP- 350 – Horaires du samedi

Musée de l’Air et de l’Espace 16.16 16.36 16.56 17.16 17.36 17.56 18.16 18.36 18.55 19.15 19.35 19.54 20.14
Porte de la Chapelle
Gare de l’Est
16.34
16.51
16.54
17.11
17.14
17.31
17.34
17.51
17.54
18.11
18.14
18.31
18.34
18.51
18.53
19.10
19.12
19.29
19.32
19.48
19.51
20.07
20.08
20.24
20.27
20.43

 

Notes

1-Galerie Thaddaeus Ropac

69 avenue du Général Leclerc
93500
PANTIN RER : E, Pantin

2-Galerie Larry Gagosian

800 avenue de l’Europe
93350
LE BOURGET

Autoroute : A1
Bus : 350, 152 arrêt Musée de l’Air et de l’Espace
RER : B, Le Bourget puis bus 152

 

 

Les Points de vue

Les points de vue sont les aspérités remarquables du paysage créé par le walkscape. Ouvrages, bâtiments, végétation, curiosités, ce sont eux qui donnent le La, la couleur du parcours et sa tonalité, le rythme et la structure des récits engendrés par la marche.
HORS-CIRCUITW

15Km entre les galeries Ropac et Gagosian en milieu urbain de basse densité
Un parcours d’environ 15 Km avec un départ à Pantin, au pied de la galerie Thaddaeus Ropac, autour de la station de métro Quatre Chemins, vaste hangar sophistiqué, en direction de l’aéroport du Bourget, au milieu des friches industrielles plus ou moins reconverties, d’un grand cimetière, de parkings sauvages, de jardins ouvriers, d’une cité perdue mais classée, des fantômes de la Shoah, de zones de transit et d’un ouvrage d’art autoroutier sans égal, de temples colorés enfouis dans la jungle urbaine, de pistes d’envol, d’une autre cité oubliée dans les plis de l’histoire et pour finir dans la re-visitation industrielle précieuse de la galerie Gagosian en lisière de l’aéroport.

TraVerses

Documentation complète du parcours et des principaux points de vue, et un peu d’atmosphère…
Cliquez sur la première photo pour voir la galerie.

Photos Patrick Laforet

FragmeNts 1

Voyage au milieu du Rien

Démarrage du walkscape, départ de la fameuse galerie Thadhaeus Ropac, repaire des collectionneurs mondiaux de l’art, luxe, calme et volupté. Ensuite poursuite dans le rien de la banlieue, détails, petits signes, déréliction parfois, surprises affectueuses, parkings, cartes, tags partout, jusqu’aux champs de pierres conceptuels du rond-point Riquet.

Photos Patrick Laforet

FragmeNts 2

La Ville discontinue

Suite du parcours. Le Rien s’étend et parfois se rétrécit. Des jeux, du végétal, de la chapelle, des tags encore et partout jusqu’à la démesure pharaonique du tunnel de Bobigny, passage au-dessus des voies ferrées, mauvaise ambiance, spectres blancs de la Shoa à drancy, temple millénaire et arrivée à l’aéroport du Bourget.

Bâton/Mémoire – Les Barthes avec Roland

« Marcher est peut-être – mythologiquement – le geste le plus trivial, donc le plus humain », écrivait Roland Barthes.

Le bâton-mémoire se fait ici portrait d’un homme avec des évocations territoriales : le maïs des Landes, les couleurs du drapeau basque. Le sigle stylisé de la marque de son auto, réminiscence des Mythologies. La bière espagnole pour les escapades au-delà des Pyrénées. Le damier livré à notre imagination s’enroule autour d’un portrait de l’auteur adolescent.

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Hors-Circuits +1

Un an après la première édition, nous avons repris le parcours Pantin-Le Bourget. En effet, dès la mise en place de Hors circuits, nous avions envisagé de suivre les évolutions de son environnement.Une marche permet de découvrir un état du parcours figé à l’instant du passage, remettre ses pas dans les pas de l’année précédente révèle les mutations infimes ou massives d’un environnement en continuelle évolution.

Jacques Clayssen, relevé des observations notées en septembre 2015

De la gentrification de Pantin aux évolutions du site aéroportuaire du Bourget, en passant par les constructions, réhabilitations , aménagements et dégradations de l’espace public, nous découvrons comment la nature estompe les entraves à l’implantation des populations précaires, comment des espaces occupés par des bidonvilles sont aujourd’hui rendus inaccessibles après avoir été vidé de leurs habitants.

Des immeubles aux façades miroitantes se dressent en lieu et place de pavillons, un hyper O’Marché frais ouvre sur 4800 m² à la Courneuve, il occupe le rez-de-chaussée d’un parking de 750 places sur 3 niveaux. Ces façades équipées de gigantesques panneaux lumineux affichent des prix compétitifs en continu.

Les empierrements se sont incrustés dans le sol et les herbes folles masquent les fossés de défense, la tour de l’Etoile est en cours de réhabilitation de même que des bâtiments de la cité. Le stade a bénéficié d’une réfection des bâtiments japonisants et des courts de tennis ont été restaurés. Le jardin des Vertus exposent sa luxuriance et le temple de Shivan est en travaux d’agrandissement. Les changements ont des rythmes différents suivants les communes et le type de zone traversé. Dans l’ensemble, les espaces ont été nettoyés, dans tous les sens du terme. Rendez-vous dans un an pour la suite.

 

 

Retour à Pantin par Patrick Laforet

Retrouvailles avec un vieil ami : le parcours Hors-Circuits, anniversaire sans bougies mais avec émotion. Rien ne change sauf de micro-variations : la ville se construit, les légumes poussent et meurent dans les jardins ouvriers, les tags se délitent doucement pour accéder au statut de fresque primitive, la pluie érode lentement le béton abandonné, quelques fleurs de plastique rythment la vie des autoroutes et ses drames invisibles, le paysage reste triste, tout va bien, pas de surprises, à l’année prochaine.

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Table ronde au Mac Val-2015

Une table ronde animée par Sabine Chardonnet-Darmaillacq, architecte DPLG, docteur en urbanisme et enseignant-chercheur à l‘Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, impliquée dans de nombreuses recherches-actions sur la marche, réunissait le 12 septembre au MacVal les participants autour du thème « La marche comme nouvelle forme d’exploration des territoires ».

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Hors Circuits, parcours anniversaire!

Comme annoncé, nous proposons le premier circuit anniversaire de « Hors- circuits ». Mais la météo nous a obligé à annuler le parcours du Dimanche 13 septembre à 14h

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Arles 2015 : Blind Spot / Point Aveugle

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LOGOARLES2La singularité de ce walkscape réside dans deux facteurs dérogeant aux règles habituelles de cette pratique artistique. Sachant que le walkscape est défini par le groupe Stalker comme « … une affaire de marche, de promenade, de flânerie, conçues comme une architecturation du paysage. La promenade comme forme artistique autonome, comme acte primaire dans la transformation symbolique du  territoire, comme instrument esthétique de connaissance et transformation physique de l’espace ‘négocié’, convertie en intervention urbaine. »

En effet, le lieu proposé, la voie sous le tablier du pont de la Nationale 113 sur le Rhône, présente la particularité d’être une voie pédestre et cyclable dans un caisson de béton éclairé par une grille zénithale située entre les 2 x 2 voies de la circulation des véhicules sur le tablier du pont. Cette construction est décrite dans les études comme un passage intérieur construit sous les chaussées principales. Nous y proposons un parcours partant du chantier de la Fondation Luma, jusqu’au passage inférieur du pont Ballarin, se poursuivant par une boucle effectuée sur l’autre rive avant de repartir à travers la friche industrielle SNCF vers le pont de la D35A pour regagner le centre-ville et la fameuse place du Forum.

Les véhicules motorisés bénéficient d’une circulation à l’air libre ; avec vue sur le fleuve, alors que les adeptes de la marche et du vélo sont relégués dans un caisson de béton. Ce parcours aérien sous la chaussée met l’utilisateur dans une situation d’enfermement. Seule la grille zénithale offre une échappée du regard vers le ciel. Les vues latérales sur le fleuve sont occultées sur toute la longueur du passage. Ce dispositif inscrit le projet de walkscape dans un environnement singulier qui rend le passant invisible dans un paysage occulté. Il faut ici prendre en considération ces caractéristiques du parcours, pour comprendre l’intérêt de ce lieu.

L’invisibilité du lieu lui-même est vérifiable par une simple requête image sur un moteur de recherche. Même Google ne retourne qu’une occurrence, avec une vue prise par un cyclo-touriste. Cette absence d’image confirme une négation du lieu dont l’enfermement impose son inexistence visuelle. Un lieu quasiment sans représentation, un parcours occultant la vue. Sur la base de ces deux spécificités le walkscape trouve un terrain d’exploration inattendu, dont l’étude devrait soulever des questionnements atypiques.

Photos : Patrick Laforet/ Texte : Jacques Clayssen

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ARLESESSAI

Cartographie de l’invisible

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Temps de parcours : environ 1h30
Niveau : trajet facile, pas de difficulté

Le parcours commence sur l’avenue Victor Hugo au niveau de la brasserie Les Ateliers, prendre le chemin du Dr Zamenoff et suivre la voie ferrée désaffectée en longeant le chemin Marcel Sembat. Poursuivre jusqu’à l’autoroute, passer sur le pont et prendre à droite la rue Jean Charcot en longeant le canal. Au bout de cette rue, passer sous la D35 et traverser le terrain vague, ensuite remonter par l’Allée de la Nouvelle Ecluse. Prendre ensuite à droite l’allée de la 1ere Division Française Libre, passer devant le Musée Départemental Arles Antique et continuer dans l’avenue Jean Monnet. Arrivée au pont Ballarin, passer dessous et remonter par l’escalier et entrer dans le pont. Une fois la traversée terminée, à la sortie prendre l’escalier à droite, descendre et traverser la route, entrer dans la friche SNCF. La traverser et suivre le quai Trinquetaille. Remonter sur le pont de la D35A, traverser et suivre l’avenue du Maréchal Leclerc, à gauche suivre la rue de la République et dépasser la mairie par la droite, à gauche suivre le Plan de la Cour et à droite dans la rue du Palais, et voilà la Place du Forum, vous êtes arrivés.

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Marcher dans l’Invisible

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Un parcours simple et facile, d’environ une heure et demie, qui part de la Fondation Luma, descend le long de la voie ferrée désaffectée, passe au-dessus de l’autoroute et ensuite longe les rives du canal jusqu’au pont Ballarin. Là un escalier ou une rampe d’accès vous mèneront dans cet univers indescriptible des dessous de la circulation routière pour atteindre l’autre rive. En traversant la friche industrielle sur la droite du pont vous rejoindrez la D35A et remonterez dans la ville pour rejoindre la mairie, que vous dépasserez sur la droite pour arriver à la fameuse Place du Forum, lieu de tous les débats, rendez-vous, tractations et cafés pour vous rafraîchir.

PREMIERE PARTIE
De la Fondation au Pont Ballarin

DEUXIEME PARTIE
La traversée du Pont Ballarin

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TROISIEME PARTIE
Du Pont Ballarin à la Place du Forum

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Texte et Photos Patrick Laforet

La Galerie Invisible

Photographier une traversée invisible n’est pas chose courante, essai photographique évolutif aujourd’hui centré sur le pont, son dénuement et la rusticité des lumières qui le ponctuent, entre le clair-obscur et la manière noire en gravure.
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Le Bâton de Arles

Le pays des rencontres
Une pincée de pastis parce que le soleil y coule à flots et un coquillage parce que la mer est sa campagne, une pellicule bien sûr parce que l’argentique y fut roi consacré, des toros, du rouge, du sang, du noir pour le cuir luisant dans l’arène, Lénine parce que c’est un bastion rouge, une besace contenant un « espion », un des premiers appareils numérique vendu dans les tabacs comme un gadget portant la révolution digitale, une carte mémoire car il ne faut rien oublier, la mort est présente dans ce pays dur et austère, froid comme du métal malgré la chaleur des étés, et un tapis rouge, ou presque, car tous les festivals ont leur tapis précieux, leurs gloires et leurs stars, tout cela sur une canne, végétal emblématique du sud, des rizières et des canaux, des zones humides et de leurs recoins sombres.
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Walking InTo The WilD

_MG_5035_DxOHommage à Henry D. Thoreau et Sean Penn

En écho aux paysages de la côte aquitaine, les textes de Henry D. Thoreau et le film de Sean Penn,  Into the Wild, se sont imposés à nous, modifiant notre appréhension de cet environnement support d’images mais aussi de mode de vie. Des espaces où la liberté trouve son sens.
Un horizon lointain, des points de vue s’estompant sous les effets des vents de sable, des embruns ou de l’air brûlant de l’été, des mirages, une bande-son composée par le vent, les vagues, les mouettes et les cris des baigneurs.

Dans ce milieu naturel à la lisière de la terre et de la mer, sur ces plages estivales où éclosent les amours de vacances, comment ne pas aussi se remémorer des travaux de Paul-Armand Gette, artiste des zones fragiles, à la limite de la décence et de l’indécence, aux confins de l’Art, de la Science et des évolutions adolescentes. Ce wildscape trouve son origine dans le goût partagé par les auteurs pour la côte landaise, avec ses vagues puissantes, ses baïnes dangereuses et ses dunes soumises à des phénomènes météos violents qui modifient la configuration du littoral au gré des tempêtes et des grandes marées.

De longue date nos séjours sur le littoral aquitain nous ont permis de parcourir les  plages en toutes saisons et par tous les temps.

Situation

GPS

Pour ce wildscape, nous avons retenu un parcours situé entre Capbreton et Labenne, précisément sur le site dit de la Pointe bordé à l’ouest par l’Océan Atlantique et à l’est par la rivière « le Boudigau ». Ce site présente la caractéristique unique de regrouper tous les milieux littoraux caractéristiques de la côte sableuse aquitaine : une forêt de protection, transition entre la forêt littorale et le massif dunaire. Ce massif étant lui-même composé d’une dune blanche et d’une dune grise.

 

Côte Aquitaine, sur les communes de Capbreton et de Labenne.

Parcours : 7,95km
Temps de parcours : 3h48mn
Nombre de pas : 12 691

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De la lande à l’océan

Rien ne remplace l’expérience sensible. Ce parcours vous prendra quelques heures de marche et vous mènera de la forêt landaise au bord de l’océan, puis vous ramènera à votre point de départ par une autre partie de la forêt. Ce site particulier est en fait un voyage dans le temps qui vous fera découvrir les diverses couches de cette « fausse nature » inventée et construite par l’homme.
Quelques conseils pratiques : en été il peut faire très chaud, donc emmenez de l’eau et protégez vous du soleil, les demi-saisons sont parfois pluvieuses, voire très pluvieuses, et en hiver les tempêtes peuvent être violentes, donc renseignez vous avant de partir. Pour la partie plage, selon les coefficients de marée, la force du vent, la mer peut remonter jusqu’au bord des dunes et vous barrer le passage, là encore prévoyez votre timing. Sur la plage, si vous n’êtes pas familier des vagues landaises et de leur force sournoise, ne vous baignez pas, les courants sont traîtres et puissants malgré un aspect paisible et la plage est sauvage, c’est à dire non-surveillée.

Première partie

La forêt

C’est la première zone tampon entre la partie aménagée de la côte et la rudesse de l’océan. Il y fait frais en été, les sentiers sont entretenus et balisés, le sol est un mélange de sable et de terre et selon les saisons quelques belles fleurs s’épanouissent.
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Deuxième partie

 Les dunes

Deuxième zone tampon, qui protège la forêt qui protège la campagne. La végétation disparaît, sous la force du vent et la sécheresse. La première partie de la dune est en pente et se termine de manière abrupte sur la plage. La plante emblématique de la dune est l’oyat.
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Troisième partie

La plage

La frontière entre l’océan et la terre est ventée, large, couverte de déchets, organiques ou industriels, les surfeurs y construisent des cabanes avec les bois flottés, la croustille est tentante (voir article connexe). Les célèbres vagues de la côte landaise sont là, parfois gigantesques et impressionnantes, toujours splendides et dangereuses. C’est ici, au croisement de la dune et de la plage que se situe notre petit mémorial sauvage.

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Quatrième partie

Rond-point du retour

Petit passage par la civilisation, en été poste de secours et bistroquets et point d’eau. Vous longerez quelques bâtiments anciens et abandonnés, mais gardés, attention aux youkis aboyeurs, avant de replonger dans la forêt.

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Cinqième partie

Le bayou

Au retour vous longerez pendant un moment le petit cours d’eau « le boudigau » qui à la saison des pluies a tendance à déborder de son lit et transforme la forêt en une sorte de bayou chaotique.

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Voilà, c’est fini, vous avez normalement perdu environ 350 calories et parcouru un paysage unique, voyagé dans le temps, ramassé de splendides déchets plastiques sur la plage dont vous ferez de splendides bracelets en souvenir de ce WildScape.

Texte et Photos Patrick Laforet

Lisières, sols, végétaux

 

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Ce sera dans les œuvres de Paul-Armand Gette que ce wildscape trouvera ses sources artistiques. En effet, la plage, la lisière et la végétation sont avec les petites filles les thèmes de l’œuvre singulière de Paul-Armand Gette, artiste contemporain né en 1927 qui reste un explorateur de l’équivoque et de l’ambiguïté par son activité maintenue à la lisière des domaines scientifiques et artistiques. Mais aussi à la lisière des genres et des techniques mises en oeuvre et des lieux investigués. En entretenant une polysémie dans les explications et les spécialisations des savoirs, il place la lisière comme lieu privilégié d’émancipation et de création, ce qui est a priori paradoxal.

Approche descriptive d’une plage exposée au Centre Culturel Suédois en 1972 est une mise en scène soumise à des codes et des méthodes scientifiques, selon le regard porté par l’artiste Paul-Armand Gette sur le paysage littoral. Plutôt qu’au paysage lui-même, ce sont les diverses manières de le représenter qui intéressent l’artiste. La plage a été l’un de ses lieux privilégiés car elle décrit une zone intermédiaire, un entre-deux, entre l’étendue de la lisière maritime et le commencement d’un paysage aménagé. Le concept de lisière, thématique majeure de l’œuvre de Paul-Armand Gette, trouve dans cette géographie une illustration adéquate.

La végétation de la côte landaise s’inscrit dans la nomenclature binominale établie par Carl Von Linné. L’artiste Paul-Armand Gette réalise le 29 novembre 1975, à l’Université Paris 10 une lecture-performance La nomenclature binaire-Hommage à Carl von Linné. Durant cette lecture-performance d’une liste de 5 945 noms de plantes à fleurs, extraits du Species Plantarum (1753) du botaniste suédois. De 8h à 18h Paul-Armand Gette a lu sans discontinuer les noms des plantes. La liste devient de fait un dispositif d’exposition, au sein de l’Université, en un hommage au scientifique botaniste Linné.
En 1976, à l’occasion de l’exposition Identité/Identifications au CAPC de Bordeaux, Jean-Paul Gette répondait à ma question : Dans ce travail (la Plage) vous mettez en évidence des végétaux et des animaux que le public peut voir, mais ne sait, généralement pas nommer.
Vous touchez là à une particularité de mon travail qui peut être particulièrement irritante pour le public. Je tiens à désamorcer tout de suite cette irritation, la nomination d’éléments figurant sur une photographie, toujours lisible bien que peu soucieuse de perfection technique, cherche à créer un décalage, à faire varier l’angle de vision habituel. Dans le cas de mon travail intitulé  La plage, le nom de la plage est mentionné et c’est d’une plage particulière qu’il s’agit, mais le public projette sa propre vision de la plage ou des plages qu’il connait sur l’image présentée et synthétise. L’image fonctionne comme support du fait que j’élimine le pittoresque. De toute façon le public ne lit pas dans le détail ; la précision crée un flou. Je pense et j’espère qu’il en est ainsi que le spectateur se trouve tout à fait libre de superposer sa vision à la mienne.

Lisières. A la traditionnelle lisière forestière s’ajoute la lisière maritime, frontière entre la mer et le sable. A la lisière mouvante de la mer, l’estran présente un sable variant de sec à trempé suivant les heures des marées. Lisière confuse parfois ourlée d’une écume abondante. Le sac et le ressac incessant des vagues gomme toutes les traces et empreintes et détruit les châteaux de sable construits sur l’estran.

Sols. Une marche de la forêt à la mer offre des sensations variées. En forêt le sentier reste ferme sous le pied, mais un écart dans le sous-bois et le pied comme sur un tapis éprouve une sensation de moelleux. Le sol sablonneux couvert de fougères et d’aiguilles de pins est aéré par cette végétation. Au sortir de la forêt, la lette, cette dune grise composée de sable, d’humus et d’un tissu végétal ras et rare reste ferme sous le pied jusqu’à la dune où le pied s’enfonce dans le sable sec aux grains très fins. Sur la plage les grains de sable évoluent parfois jusqu’à devenir des graviers. Suivant son degré d’imprégnation d’eau de mer, le pied s’enfonce plus ou moins et la résistance spongieuse du sable mouillé rend l’effort de marche plus intense.

 

Végétaux. De la lande à la mer, du vertical à l’horizontal, la végétation construit des perspectives. Ces paysages plantés superposent différentes strates témoignant du travail des hommes. Combat contre l’érosion éolienne toujours recommencé. Modifications des sites historiques par des plantations visant à assainir, à drainer, à fixer.

La dune : gourbet (Oyat), chiendent des sables (Agropyron), euphorbe maritime (Euphorbia paralias L.), panicaut de mer (Eryngium maritimum), liseron des sables (Calystegia soldanella), épervière laineuse (Hieracium lanatum), astragale de Bayonne (Stragalus boeticus L.), silène de Thore (Equisetopsida Caryophyllales), diotis maritime (Equisetopsida Asterales), carex des sables (Carex arenaria), oeillet des dunes (Dianthus gallicus), immortelle des dunes (Helichrysum stoechas), alysson des sables (Alyssum loiseleurii)… La forêt et la forêt galerie : chêne-liège (Quercus suber L.), pin maritime (Pinus pinaster),aulnes (Alnus),  chêne pédonculé (Quercus robur), chêne tauzin (Quercus pyrenaica), hêtre (Fagus sylvatica), robinier (Robinia pseudoacacia),  noisetier (Corylus L.), aubépine (Crataegus). Sur les rives : fougère (Filicophyta), iris des marais (Iris pseudacorus), scolopendre (Asplenium scolopendrium var. scolopendrium), hépatique (Hepatica triloba), … Les bruyères : bruyère callune (Calluna vulgaris), bruyère cendrée (Erica cinerea), hélianthème à gouttes (Tuberaria guttata), hélianthème faux alysson (Cistus lasianthus), ajonc d’Europe (Ulex europaeus), genêt à balai (Cytisus scoparius), … Les parasites : processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), apocrite (Apocrita), …

Texte et Photos Jacques Clayssen

La Coustille

WILDSCAPE6La coustille est une coutume ancienne toujours pratiquée par les nostalgiques et les artistes de tout bord qui redonnent vie aux bois flottés et aux objets plastiques détournés de leur état de rebus. Cette tradition perdure, il n’est pas rare de croiser des personnes charriant des sacs remplis de bois ou de déchets divers. Après les marées on peut observer des habitués marchant tête baissée en quête de merveilles, promenades intéressées, gestes vertueux de recyclage, poésie du bois flotté, à chacun sa raison.

Lors de ce wildscape, nous n’avons pas failli à la tradition, nous avancions sur la plage les yeux fixés sur les lignes de marée pour ramasser quantité de morceaux de plastique, genre bâtonnets de sucette et de cotons tiges de toutes les couleurs.

Aujourd’hui la mer charrie, sur ce qu’il reste de grève, des dizaines de milliers de déchets qui s’entassent. Certaines plages présentent des espaces submergés de débris divers, l’estran prend des apparences de zone sinistrée. Paysage apocalyptique d’enchevêtrements de détritus mêlant déchets hospitaliers, objets tombés ou jetés des bateaux, débris de chantiers et fortunes de mer.

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Aux déchets endogènes, bois et cadavres d’animaux s’ajoutent la pollution exogène provenant des activités humaines, pêches, bateaux, décharges littorales non conformes. L’association Surfrider dresse un bilan éloquent :
– 206 kg de déchets plastiques sont déversés chaque seconde dans les océans
– Sur les 100 millions de tonnes de plastique produites chaque année, 10% finissent dans les océans
– 1 million d’oiseaux et 100 000 tortues de mer meurent chaque année après ingestion ou enchevêtrement dans les déchets plastiques
– 5% seulement du plastique produit est recyclé

Un lourd bilan pour des sites fragiles. Aujourd’hui, les communes nettoient les plages à coup de pelleteuses et de bulldozers qui dessinent sur le sable de gigantesques arabesques d’empreintes des pneumatiques. Cette chorégraphie d’engins à l’instar des « sand artists » s’efface au gré des marées, la plage retrouve alors son sable vierge jusqu’aux prochaines empreintes.

La prise de vue sur la plage s’apparente à une forme de coustille photographique. Le prélèvement d’images constitue un témoignage visuel d’un état du site.

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Texte et Photos Jacques Clayssen

La nature n’est plus ce qu’elle était

intro_to_thoreau1L’invitation à la marche que prônait Henry D. Thoreau se situait dans un contexte naturel très différent du notre. La marche pour lui constituait un bain de régénération, un retour à un état vierge, apaisant et purificateur, dans une nature considérée comme vierge, non polluée par l’homme et ses activités et permettait de retrouver une harmonie perdue. Ce qu’on appelle « la nature » était à son époque plus naturelle que maintenant, moins marquée par les activités de l’homme, moins travaillée, moins exploitée mais également moins entretenue.
En vous promenant dans notre parcours, en arrivant sur la plage vous ne pourrez manquer de remarquer la présence massive de déchets, qui ne font pas de ce paysage un paysage dit naturel. Pour nous, le naturel est toujours vierge, les plages doivent être désertes, pures de tout déchet, le sable doit s’étaler à l’infini sans obstacle.

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Gouf-de-capbreton-relief1La côte sauvage est située juste en face du fameux Gouf du golf de Gascogne, profonde cicatrice intérieure du golfe, qui descend jusqu’à 3000 mètres et vient finir juste à Capbreton, au bord de la plage. Ce qui explique les cadavres de grands animaux marins parfois présents sur la plage et la répartition des nombreux courants qui transportent une masse impressionnante de déchets, estimée à 50 millions de tonnes. Du coup, le paysage prend un aspect relativement apocalyptique, surtout après de grandes tempêtes qui rapportent de grandes quantités de déchets organiques, bois, végétation, cadavres d’animaux dont profite tout un monde de charognards et d’insectes.

Larmes de sirènes et Chupa Chups

Le plastique constitue l’essentiel de l’autre partie des déchets et ponctue le paysage de ses couleurs vives, transformant la plage en décharge sauvage et lieu de nombreuses et nouvelles légendes. Par exemple le sable se couvre de milliers de petites perles de plastique translucides, brillantes au soleil, petits bijoux « naturel » puisque ramassés dans un endroit sauvage. La légende leur a attribué le nom poétique de larmes de sirènes ce qui est beaucoup plus intéressant que la réalité, en fait ce sont des composants bruts pour l’industrie de transformation, une sorte de matière première. L’autre légende attribue la présence de milliers de petits bâtonnets de couleur au naufrage d’un gigantesque cargo chargé de sucettes espagnoles, les Chupa Chups, qui aurait régalé des générations de poissons en fondant doucement dans l’eau avant de s’échouer sur ces plages. La réalité est plus prosaïque: ce sont des restes de coton-tiges, suffisamment petits pour passer les grilles des stations d’épuration.

Le nouveau sauvage

Les clichés ont la vie dure et pour nous une plage naturelle se doit d’être propre, vierge, pure de traces de l’homme. Les collectivités locales l’ont bien compris, qui, en saison touristique, gardent le paysage propre à coup de bulldozers et pelleteuses géantes. La gestion du déchets génère toute une activité qui va de la récupération du matériel de pêche pour l’envoyer solidairement aux pêcheurs africains, à la maintenance biologique des espèces animales, dont la survie est souvent menacée par ces petits bouts de couleurs vives, en passant par la coustille (voir article connexe). Le déchet est même depuis peu honoré en tant que tel, vers la fin février dans la commune de Boucau, ce qui signe, avec humour et intelligence, l’inversion du paradigme visuel de la nature : c’est aujourd’hui la présence du déchet qui est devenue « naturelle » et son absence qui signe la présence de l’homme. Le « sauvage » contemporain est maintenant synonyme d’abandon, de pollution, de chaos, de laisser-aller, tant l’emprise de l’humanité sur son territoire est devenue massive.

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Contenu d’un estomac de tortue.

Texte et Photos Patrick Laforet

 

Empreintes

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Jacques Clayssen

La tresse narrative du walkscape se constitue par le maillage établi entre différents moyens de production qu’ils soient textuel, photographique, sonore, vidéo ou multimédia. Aux moyens techniques que sont l’appareil de photo, la caméra et le magnétophone s’ajoute le texte aujourd’hui saisi numériquement mais qui peut aussi passer par une version manuscrite. La main organon pro organon selon Aristote, c’est-à-dire instrument de tous les instruments.

Les empreintes que nous diffusons ici relèvent d’une technique ancestrale : le frottage. Ces prélèvements in situ nécessitent un support papier, un crayon ou un embossoir. Le frottage, par un geste de la main, a pour avantage de mettre en évidence un travail de texture. Max Ernst a développé cette pratique dans le champ des arts plastiques.

L’obscure graphie
Ici, la lumière ne joue aucun rôle, seule la main est à l’oeuvre. Il s’agit du relevé d’une texture de la matière par frottage. Cette « révélation » sur le papier d’une image décalquée de son support fonctionne à l’identique d’une photographie à laquelle on aurait substitué le geste de la main à l’effet de la lumière. Ni chimie de l’argentique, ni pixel du numérique, ni optique, ni temps de pose, uniquement le mouvement de la main dotée d’un outil de frottage pour obtenir une image négative de la surface reproduite.

Image du relief ou relief négatif directement sur le papier. Le papier en contact direct avec son support en restitue les aspérités et les bosselages. Cette « empreinte » matérialise un décalque de son support. Sa définition, sa précision résultent de la précision du frottage et de la qualité du papier choisi. Des similitudes avec l’image photographique certes, mais la rusticité du procédé lui confère une aura particulière, ici pas de distance entre le sujet et son plan de reproduction. Le support restitue la forme sous la pression. Durant l’opération le négatif apparait au fur et à mesure à la surface décalquée. Empreinte négative au crayon sur du papier opaque ou embossage du papier calque, les supports à l’instar de l’image photographique se déclinent en négatif papier ou en transparent.

Sur la plage, le sable présente tous les avantages d’un support modelable et traçable sur lequel l’action des marées joue comme une gomme pour effacer les empreintes. Nos empreintes de pas, mais aussi celles des animaux et des différents engins qui circulent pour le nettoiement ou la surveillance. Par ce moyen, la tresse narrative s’enrichit d’un témoignage sur les matières que la photographie documente sans relief et sans contact avec les matériaux.

Prélèvements sur calque / Blockhaus béton

Patrick Laforet

La captation par frottage est une tentative magique de voler un bout du lieu, d’en capturer l’esprit et de le ramener en lieu sûr. C’est un piège, un piège parfait, à taille réelle, sans intermédiaire, immédiat, ludique, qui rejoint le fantasme de Borges sur la carte qui est à la taille du territoire. Le frottage est un retour en arrière à une des techniques les plus primitive, les plus primaire, de représentation du monde. Une sorte de pré-photographie d’avant la lumière, quand le monde était obscur et in-captable et que la caméra-piège n’avait pas encore été imaginée. Technique frustre, rudimentaire mais efficace avec un papier un peu solide et un bon charbon de bois.

Il s’agit là de photographier avec les doigts, avec la main, de révéler une image latente dans le monde, de fabriquer une relique véritable, comme si le paysage émettait une lumière noire, et de l’enfermer dans un support fragile, volatile mais subtil, presque intouchable sous peine de disparition. Le frottage graphique se propose comme une icône, assez proche de la logique du Saint-Suaire, mais sans la dimension religieuse, juste un morceau d’un paysage qui se met à dériver dans le monde.

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Prélèvement 01 / Bois flotté – Plage
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Prélèvement 02 / Rocher – Plage
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Prélèvement 03 / Ecorce – Arbre forêt
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Prélèvement 04 / Déchet plastique – Plage

Marche et absolu

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Mémorial / Labenne / 2015

Le nouveau paradigme

La deuxième partie de l’hommage de ce wildscape est rendue au film de Sean Penn « Into the wild », basé sur le roman de Jon Krakauer, qui conte l’histoire d’un jeune homme qui, après avoir tout donné, quitte le monde contemporain pour les lointaines contrées sauvages de l’Alaska où il connaît une fin tragique et meurt au bout de quelques mois. Le film est un récit initiatique qui se termine dans le Bus 142 (1), la dernière demeure de Christopher Mc Candless, lui même devenu l’objet d’un culte tenace. De nombreux jeunes gens s’y rendent régulièrement chaque année pour suivre le rituel, aux mêmes risques que ceux de leur modèle, ce qui pose des problèmes à la commune de Fairbanks, nombreux sauvetages et surveillance difficile. L’endroit est particulièrement isolé et dangereux mais le mythe s’est installé.
DéMarches a choisi de rendre une modeste contribution à cette initiation en déposant un petit mémorial dans une autre nature, moins abrupte certes mais tout aussi « wild » afin de connecter cette recherche contemporaine avec un écrit plus ancien, le livre  « Marcher » de Henry D. Thoreau, très présent dans les idéaux du jeune homme et référence incontournable de la culture américaine sur l’idée de nature.

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Le Bus 142 / Fairbanks / Alaska

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Nature et harmonie

La conception de la nature qui imprègne les deux récits est très précise et intemporelle : la nature est vierge de l’influence de l’homme, donc régénérante et tonique. La civilisation représente une forme de pollution dont il faut s’éloigner, régulièrement ou définitivement, sous peine de vivre une vie qui n’en est pas une. La religiosité diffuse de la culture américaine imprègne cette conception, la forme du paradis reste accessible, ici et maintenant, sans délai et sans médiation, à condition de « vivre bien », selon des préceptes naturalistes et de respecter une distance certaine avec le monde des vivants, la société et ses contraintes. La soif d’absolu du jeune Mc Candless le conduit dans le récit à une forme d’impasse, la nature se révèle beaucoup plus revêche que prévu, impitoyable et totalement indifférente à son sort, malgré son amour. La transfiguration du candidat ne se réalise pas et reste sur un constat d’échec amer et glacé de la fusion dans l’harmonie universelle.

D’une génération l’autre

Ce constat d’é