L’éprouvé et le dit

L’association Démarches propose deux walkscapes dont l’intitulé « Promenade » définit littéralement le lieu de marche : la promenade Victor Mendiboure à Anglet. Cette promenade fréquentée par une importante population composée de locaux, de joggeurs et de nombreux touristes dont le flux continue ne tarit jamais, en période estivale. En empruntant ce parcours quasi rectiligne défini par les aménageurs, nous pourrons vérifier la problématique pointée par Alain Corbin, suivant laquelle : Le paysage n’existe pas en lui-même. Il résulte d’une lecture comme tout système d’appréciation. Mais le véritable problème se situe entre l’éprouvé et le dit.
In entretien entre Alain Corbin et Véronique Nahoum-Grappe publié dans la revue La Mètis, que dirigeait alors Maryline Desbiolles (nº 1 « Le Littoral », janvier 1990).

Sur cette Promenade balisée le marcheur emprunte une voie aménagée dont les revêtements varient suivant les époques au gré des restaurations et des initiatives visant séduire le marcheur en installant, par exemple, des promontoires surplombant la plage.

Cheminant entre les verts des plantations, des pelouses et du green du golf d’un côté et les différentes qualités de sable, d’or fin à l’ocre des graviers de l’autre côté avant que l’océan n’ajoute sa palette aux marées. La Promenade s’immisce entre ces ambiances colorées mettant le marcheur sur une lisière neutre. Le terrain de la marche appartient à l’espace aménagé, celui que l’on appelle espace vert par opposition à la plage espace naturel vers l’océan.

Espace public desservant les plages, entrecoupé d’accès perpendiculaires reliant les plages et les parkings, dont un tunnel sous la dune, cette liaison entre La Barre et la Chambre d’Amour fonctionne comme axe de déplacement pédestre, lieu de déambulation.

A l’image des sentiers douaniers, la promenade épouse la ligne de côte ici quasi rectiligne.

Cette portion de côte porte les stigmates des erreurs d’aménagement et de l’érosion naturelle dont les traces effacées à la suite d’un cycle de construction/déconstruction/reconstruction gardent en mémoire les empreintes du passé.

Ces témoignages d’une histoire mouvementée se lisent dans des signes généralement faibles pour un observateur non-averti. Le touriste de passage ne percevra rien de ce passé. Le vacancier fidèle à la station pourra noter les indices les plus visibles de mutation du paysage. Les autochtones gardent le souvenir des événements les plus marquants de leur vivant.

Les histoires littorales placent en premier les événements naturels. Les phénomènes liés aux érosions éoliennes et marines et aux tempêtes. Le réchauffement climatique favorise probablement la fréquence et la puissance des phénomènes météorologiques. La liste des noms des principales tempêtes qui ont sévi sur le littoral aquitain marquent autant d’épisodes violents : « Klaus », « Lothar », « Martin », « Xynthia », « Dirk », « Hercules », « Petra », « Qumeira », « Ruth », « Ulla », « Christine », « Ruzica », « Susanna ». A la suite de quoi, le littoral aquitain, qui était sur un recul de 3 à 6 mètres par an, a perdu 20 mètres en un mois et demi en 2014.

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photo : Patrick Laforet

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photo: Patrick Laforet

Texte Jacques Clayssen

 

 

 

Promenade Littorale

CARTE PARCOURS

 

Anglet, station balnéaire du Pays Basque, au bout de la Côte d’Argent, dans le golfe de Gascogne. Connue des surfeurs pour la variété de ses vagues, Anglet est surnommée « la petite Californie ».

La promenade pédestre de 4,5 km, en front de mer, longe les 11 plages d’Anglet, de la Chambre d’Amour à La Barre.

Sans difficulté particulière, la promenade Mendiboure est équipée de bancs, de points d’eau, de toilettes gratuites. Elle est jalonnée de nombreux lieux de restauration et rafraîchissement. Un balisage piéton éclaire les promeneurs le soir.

Le point départ se situe sur la plate-forme d’observation du Parc écologique Izadia

Pour un retour en transport en commun :

Bus 10 

Anglet Plages – Anglet La Barre

La ligne 10 dessert toutes les plages d’Anglet, de La Barre à la Chambre d’Amour. Une fréquence plus importante sera instaurée pour la période estivale.

Coordonnées GPS :

  • Parc écologique Izidia : 43° 31′ 35″ – long. -1° 31′ 11″
  • Promenade : lat. 43° 29′ 41″ – long. -1° 32′ 46″

L’étrange attracteur

_h9a1026_dxoImplosion, frôlements et paradoxes
Promenons-nous dans le vide pendant que le chaos n’y est pas. La promenade Victor Mendiboure agit comme ces étranges attracteurs qui règnent dans le chaos, intégrant des millions d’événements dans un système de représentation dynamique et fluide. Le long ruban de béton trace une frontière à l’intérieur de la frontière qu’est le littoral : tout s’y déverse dans un désordre apparent, usages sociaux, représentations du monde, cultes religieux, pratiques hygiénistes, etc… tout ce mouvement provoque des frôlements inattendus, des chocs de particules et des correspondances surprenantes et mystérieuses dans une sorte de gigantesque implosion lente et paresseuse.
Tout est dans tout, bien sûr, mais plus spécialement dans ce lieu collectif et public où tout peut arriver, se côtoyer ou simplement se juxtaposer dans un ensemble proche du bouquet final d’un feu d’artifice. Le grand écart est particulièrement visible à la période estivale pendant laquelle le système acquiert une vitesse de rotation extraordinaire mettant en relation des éléments franchement disparates et paradoxaux.
Comme tout espace de mélange et de brassage, il se présente de manière minimaliste, un vide un peu irrégulier entre le balnéaire et le un peu moins balnéaire. Dans la conception du monde décrite par Alain Corbin, le littoral est la trace du doigt de Dieu pour empêcher le chaos (l’océan/déluge) d’envahir à nouveau la terre, la promenade est la trace dans la trace qui sépare le littoral en deux lieux distincts arbitrairement. Barrière symbolique d’un contrôle du chaos, son existence est la preuve de la domination du désordre dangereux qui la borde, donnant au paysage une note paisible et distanciée.

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Nord/Sud
Au Nord se tient la zone de l’Adour, zone d’échouage importante où le fleuve redistribue tout ce qu’il a pu arracher à d’autres paysages, bois, végétaux, déchets divers et colorés, quelques restes d’animaux, pour recomposer un territoire parfois violent et catastrophique. Le sable s’y dépose en masse, est avalé par la drague permanente et déposé au bord des plages pour éviter leur disparition. Ensuite la promenade longe quelques restes de la seconde guerre mondiale, qui semble ici plus irréelle que jamais, restes envahis des gestes colorés des tagueurs, nouveau code esthétique indispensable au jeunisme balnéaire.
A gauche s’étend la nature originelle de marais, enchâssée dans des contours précis et délimités, autre forme de chaos sous la forme du miasme et de l’indécis, du mouvant et du sombre, terrain de la canne, la plante d’origine des marais qui toujours revient, années après années, dès que la surveillance se relâche.
A droite du Nord au Sud s’étend le royaume de l’eau, le pays des turbulences, terrain de jeux des surfeurs qui, justement, aiment les turbulences sans cesse renouvelées de la rencontre entre le dynamique et le stable. Ici le balnéaire n’est pas simple entre les baïnes, les courants, et les vagues puissantes la baignade n’est jamais sure, rarement dénuée de dangers, la plage est semée de panneaux de danger, d’interdictions, de conseils et finit par ressembler à une rocade d’autoroute vaguement hostile.
Plus loin, de nouveau quelques bunkers, tout aussi tagués et enfin l’espace ordonné du golf, ses ondulations de verdure courte traversée par le bruit sec des balles, encore quelques pelouses et arrivée sur des bâtiments après avoir longé l’ancien terrain d’aviation qui revient lentement à un état non piétiné, à la prairie originelle. Restaurants, terrasses, bars, magasins, béton partout jusqu’à la Chambre d’Amour, dernière plage avant la falaise, où trône le fameux paquebot architectural qui boucle la promenade d’une austérité toute seventies.

Galerie
Impossible d’être exhaustif ou documentaire dans une telle masse d’événements, de rencontres, de croisements, donc quelques dyptiques photographiques au fonctionnement visuel associatif et parfois ténu après un démarrage nocturne et solitaire. Bonne déambulation.

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Texte et photos Patrick Laforet

Le Bâton Migrant

Un bâton gai et festif comme une bamboche en bord de plage. Parure modeste des congés à la mer, entre campings et chichis, entre golf et plateau de fruits de mer, entre surf et vagues, entre filles et garçons et autres combinaisons de corps à corps. Bimbeloterie silencieuse, souvenir pour les yeux qui ouvre les oreilles ivres de rire et de musique. Sur le bambou littoral s’accumule une foule synthétique, symbole de l’esprit balnéaire d’un rêve pastel au milieu des chatoiements colorés des rébus en plastique animés d’une langueur estivale.

Bâton/Mémoire – Les Barthes avec Roland

« Marcher est peut-être – mythologiquement – le geste le plus trivial, donc le plus humain », écrivait Roland Barthes.

Le bâton-mémoire se fait ici portrait d’un homme avec des évocations territoriales : le maïs des Landes, les couleurs du drapeau basque. Le sigle stylisé de la marque de son auto, réminiscence des Mythologies. La bière espagnole pour les escapades au-delà des Pyrénées. Le damier livré à notre imagination s’enroule autour d’un portrait de l’auteur adolescent.

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Arles 2015 : Blind Spot / Point Aveugle

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LOGOARLES2La singularité de ce walkscape réside dans deux facteurs dérogeant aux règles habituelles de cette pratique artistique. Sachant que le walkscape est défini par le groupe Stalker comme « … une affaire de marche, de promenade, de flânerie, conçues comme une architecturation du paysage. La promenade comme forme artistique autonome, comme acte primaire dans la transformation symbolique du  territoire, comme instrument esthétique de connaissance et transformation physique de l’espace ‘négocié’, convertie en intervention urbaine. »

En effet, le lieu proposé, la voie sous le tablier du pont de la Nationale 113 sur le Rhône, présente la particularité d’être une voie pédestre et cyclable dans un caisson de béton éclairé par une grille zénithale située entre les 2 x 2 voies de la circulation des véhicules sur le tablier du pont. Cette construction est décrite dans les études comme un passage intérieur construit sous les chaussées principales. Nous y proposons un parcours partant du chantier de la Fondation Luma, jusqu’au passage inférieur du pont Ballarin, se poursuivant par une boucle effectuée sur l’autre rive avant de repartir à travers la friche industrielle SNCF vers le pont de la D35A pour regagner le centre-ville et la fameuse place du Forum.

Les véhicules motorisés bénéficient d’une circulation à l’air libre ; avec vue sur le fleuve, alors que les adeptes de la marche et du vélo sont relégués dans un caisson de béton. Ce parcours aérien sous la chaussée met l’utilisateur dans une situation d’enfermement. Seule la grille zénithale offre une échappée du regard vers le ciel. Les vues latérales sur le fleuve sont occultées sur toute la longueur du passage. Ce dispositif inscrit le projet de walkscape dans un environnement singulier qui rend le passant invisible dans un paysage occulté. Il faut ici prendre en considération ces caractéristiques du parcours, pour comprendre l’intérêt de ce lieu.

L’invisibilité du lieu lui-même est vérifiable par une simple requête image sur un moteur de recherche. Même Google ne retourne qu’une occurrence, avec une vue prise par un cyclo-touriste. Cette absence d’image confirme une négation du lieu dont l’enfermement impose son inexistence visuelle. Un lieu quasiment sans représentation, un parcours occultant la vue. Sur la base de ces deux spécificités le walkscape trouve un terrain d’exploration inattendu, dont l’étude devrait soulever des questionnements atypiques.

Photos : Patrick Laforet/ Texte : Jacques Clayssen

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Cartographie de l’invisible

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Temps de parcours : environ 1h30
Niveau : trajet facile, pas de difficulté

Le parcours commence sur l’avenue Victor Hugo au niveau de la brasserie Les Ateliers, prendre le chemin du Dr Zamenoff et suivre la voie ferrée désaffectée en longeant le chemin Marcel Sembat. Poursuivre jusqu’à l’autoroute, passer sur le pont et prendre à droite la rue Jean Charcot en longeant le canal. Au bout de cette rue, passer sous la D35 et traverser le terrain vague, ensuite remonter par l’Allée de la Nouvelle Ecluse. Prendre ensuite à droite l’allée de la 1ere Division Française Libre, passer devant le Musée Départemental Arles Antique et continuer dans l’avenue Jean Monnet. Arrivée au pont Ballarin, passer dessous et remonter par l’escalier et entrer dans le pont. Une fois la traversée terminée, à la sortie prendre l’escalier à droite, descendre et traverser la route, entrer dans la friche SNCF. La traverser et suivre le quai Trinquetaille. Remonter sur le pont de la D35A, traverser et suivre l’avenue du Maréchal Leclerc, à gauche suivre la rue de la République et dépasser la mairie par la droite, à gauche suivre le Plan de la Cour et à droite dans la rue du Palais, et voilà la Place du Forum, vous êtes arrivés.

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