L’éprouvé et le dit

L’association Démarches propose deux walkscapes dont l’intitulé « Promenade » définit littéralement le lieu de marche : la promenade Victor Mendiboure à Anglet. Cette promenade fréquentée par une importante population composée de locaux, de joggeurs et de nombreux touristes dont le flux continue ne tarit jamais, en période estivale. En empruntant ce parcours quasi rectiligne défini par les aménageurs, nous pourrons vérifier la problématique pointée par Alain Corbin, suivant laquelle : Le paysage n’existe pas en lui-même. Il résulte d’une lecture comme tout système d’appréciation. Mais le véritable problème se situe entre l’éprouvé et le dit.
In entretien entre Alain Corbin et Véronique Nahoum-Grappe publié dans la revue La Mètis, que dirigeait alors Maryline Desbiolles (nº 1 « Le Littoral », janvier 1990).

Sur cette Promenade balisée le marcheur emprunte une voie aménagée dont les revêtements varient suivant les époques au gré des restaurations et des initiatives visant séduire le marcheur en installant, par exemple, des promontoires surplombant la plage.

Cheminant entre les verts des plantations, des pelouses et du green du golf d’un côté et les différentes qualités de sable, d’or fin à l’ocre des graviers de l’autre côté avant que l’océan n’ajoute sa palette aux marées. La Promenade s’immisce entre ces ambiances colorées mettant le marcheur sur une lisière neutre. Le terrain de la marche appartient à l’espace aménagé, celui que l’on appelle espace vert par opposition à la plage espace naturel vers l’océan.

Espace public desservant les plages, entrecoupé d’accès perpendiculaires reliant les plages et les parkings, dont un tunnel sous la dune, cette liaison entre La Barre et la Chambre d’Amour fonctionne comme axe de déplacement pédestre, lieu de déambulation.

A l’image des sentiers douaniers, la promenade épouse la ligne de côte ici quasi rectiligne.

Cette portion de côte porte les stigmates des erreurs d’aménagement et de l’érosion naturelle dont les traces effacées à la suite d’un cycle de construction/déconstruction/reconstruction gardent en mémoire les empreintes du passé.

Ces témoignages d’une histoire mouvementée se lisent dans des signes généralement faibles pour un observateur non-averti. Le touriste de passage ne percevra rien de ce passé. Le vacancier fidèle à la station pourra noter les indices les plus visibles de mutation du paysage. Les autochtones gardent le souvenir des événements les plus marquants de leur vivant.

Les histoires littorales placent en premier les événements naturels. Les phénomènes liés aux érosions éoliennes et marines et aux tempêtes. Le réchauffement climatique favorise probablement la fréquence et la puissance des phénomènes météorologiques. La liste des noms des principales tempêtes qui ont sévi sur le littoral aquitain marquent autant d’épisodes violents : « Klaus », « Lothar », « Martin », « Xynthia », « Dirk », « Hercules », « Petra », « Qumeira », « Ruth », « Ulla », « Christine », « Ruzica », « Susanna ». A la suite de quoi, le littoral aquitain, qui était sur un recul de 3 à 6 mètres par an, a perdu 20 mètres en un mois et demi en 2014.

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photo : Patrick Laforet

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photo: Patrick Laforet

Texte Jacques Clayssen

 

 

 

Promenade Littorale

CARTE PARCOURS

 

Anglet, station balnéaire du Pays Basque, au bout de la Côte d’Argent, dans le golfe de Gascogne. Connue des surfeurs pour la variété de ses vagues, Anglet est surnommée « la petite Californie ».

La promenade pédestre de 4,5 km, en front de mer, longe les 11 plages d’Anglet, de la Chambre d’Amour à La Barre.

Sans difficulté particulière, la promenade Mendiboure est équipée de bancs, de points d’eau, de toilettes gratuites. Elle est jalonnée de nombreux lieux de restauration et rafraîchissement. Un balisage piéton éclaire les promeneurs le soir.

Le point départ se situe sur la plate-forme d’observation du Parc écologique Izadia

Pour un retour en transport en commun :

Bus 10 

Anglet Plages – Anglet La Barre

La ligne 10 dessert toutes les plages d’Anglet, de La Barre à la Chambre d’Amour. Une fréquence plus importante sera instaurée pour la période estivale.

Coordonnées GPS :

  • Parc écologique Izidia : 43° 31′ 35″ – long. -1° 31′ 11″
  • Promenade : lat. 43° 29′ 41″ – long. -1° 32′ 46″

Incendie à Anglet, jeudi 30 juillet 2020, dans la forêt de Chiberta.

Attisé par le vent l’incendie s’est déclaré vers 18 heures dans la forêt de Chiberta à Anglet, une zone boisée de 250 hectares. Des dizaines d’habitations ont été évacuées. 165 d’hectares de pinède ont brûlé et les flammes ont atteint le parc écologique Izadia.

Situé à l’embouchure du fleuve Adour, ce parc de 14 hectares qui « recèle les derniers vestiges des milieux arrière dunaires du littoral sableux angloy » et abrite plusieurs espèces végétales et animales  avait été restauré au début des années 2000. Il accueillait depuis une dizaine d’années le public pour des visites pédagogiques.

Extrait de La République des Pyrénées, publié le 20 août 2020 in La République des Pyrénées

Claude Olive, maire d’Anglet, veut désormais se tourner vers l’avenir.

Evoquant le parc Izadia, détruit par les flammes, l’élu angloy indique que « Nous régénérerons Izadia, sans rien soustraire de ses spécificités, de sa richesse florale et animale, de ses exigences environnementales. Nous doterons ce parc d’un nouvel édifice, qui sera un signal d’intégration au paysage, en même temps qu’un exemple vivant des nouvelles techniques de construction durables, d’expérimentation de procédés innovants. Nous ferons d’Izadia une référence, un témoignage de notre engagement écologique. »

« Nous mobiliserons les compétences, nous trouverons les financements, nous convaincrons les partenaires, parce que nous défendons un bien commun ancré dans notre histoire et notre capital paysager. L’accablement sera passager, le besoin d’action et de réussite nous fera relever la tête, la perspective d’un enjeu essentiel nous galvanisera, la fierté d’être des Angloys actifs et volontaires sera notre guide pour gagner ce nouveau pari. Ensemble nous ferons à nouveau briller notre devise « Mar e Pignada per m’aida » » indique enfin Claude Olive.

 

L’étrange attracteur

_h9a1026_dxoImplosion, frôlements et paradoxes
Promenons-nous dans le vide pendant que le chaos n’y est pas. La promenade Victor Mendiboure agit comme ces étranges attracteurs qui règnent dans le chaos, intégrant des millions d’événements dans un système de représentation dynamique et fluide. Le long ruban de béton trace une frontière à l’intérieur de la frontière qu’est le littoral : tout s’y déverse dans un désordre apparent, usages sociaux, représentations du monde, cultes religieux, pratiques hygiénistes, etc… tout ce mouvement provoque des frôlements inattendus, des chocs de particules et des correspondances surprenantes et mystérieuses dans une sorte de gigantesque implosion lente et paresseuse.
Tout est dans tout, bien sûr, mais plus spécialement dans ce lieu collectif et public où tout peut arriver, se côtoyer ou simplement se juxtaposer dans un ensemble proche du bouquet final d’un feu d’artifice. Le grand écart est particulièrement visible à la période estivale pendant laquelle le système acquiert une vitesse de rotation extraordinaire mettant en relation des éléments franchement disparates et paradoxaux.
Comme tout espace de mélange et de brassage, il se présente de manière minimaliste, un vide un peu irrégulier entre le balnéaire et le un peu moins balnéaire. Dans la conception du monde décrite par Alain Corbin, le littoral est la trace du doigt de Dieu pour empêcher le chaos (l’océan/déluge) d’envahir à nouveau la terre, la promenade est la trace dans la trace qui sépare le littoral en deux lieux distincts arbitrairement. Barrière symbolique d’un contrôle du chaos, son existence est la preuve de la domination du désordre dangereux qui la borde, donnant au paysage une note paisible et distanciée.

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Nord/Sud
Au Nord se tient la zone de l’Adour, zone d’échouage importante où le fleuve redistribue tout ce qu’il a pu arracher à d’autres paysages, bois, végétaux, déchets divers et colorés, quelques restes d’animaux, pour recomposer un territoire parfois violent et catastrophique. Le sable s’y dépose en masse, est avalé par la drague permanente et déposé au bord des plages pour éviter leur disparition. Ensuite la promenade longe quelques restes de la seconde guerre mondiale, qui semble ici plus irréelle que jamais, restes envahis des gestes colorés des tagueurs, nouveau code esthétique indispensable au jeunisme balnéaire.
A gauche s’étend la nature originelle de marais, enchâssée dans des contours précis et délimités, autre forme de chaos sous la forme du miasme et de l’indécis, du mouvant et du sombre, terrain de la canne, la plante d’origine des marais qui toujours revient, années après années, dès que la surveillance se relâche.
A droite du Nord au Sud s’étend le royaume de l’eau, le pays des turbulences, terrain de jeux des surfeurs qui, justement, aiment les turbulences sans cesse renouvelées de la rencontre entre le dynamique et le stable. Ici le balnéaire n’est pas simple entre les baïnes, les courants, et les vagues puissantes la baignade n’est jamais sure, rarement dénuée de dangers, la plage est semée de panneaux de danger, d’interdictions, de conseils et finit par ressembler à une rocade d’autoroute vaguement hostile.
Plus loin, de nouveau quelques bunkers, tout aussi tagués et enfin l’espace ordonné du golf, ses ondulations de verdure courte traversée par le bruit sec des balles, encore quelques pelouses et arrivée sur des bâtiments après avoir longé l’ancien terrain d’aviation qui revient lentement à un état non piétiné, à la prairie originelle. Restaurants, terrasses, bars, magasins, béton partout jusqu’à la Chambre d’Amour, dernière plage avant la falaise, où trône le fameux paquebot architectural qui boucle la promenade d’une austérité toute seventies.

Galerie
Impossible d’être exhaustif ou documentaire dans une telle masse d’événements, de rencontres, de croisements, donc quelques dyptiques photographiques au fonctionnement visuel associatif et parfois ténu après un démarrage nocturne et solitaire. Bonne déambulation.

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Texte et photos Patrick Laforet

Le Bâton Migrant

Un bâton gai et festif comme une bamboche en bord de plage. Parure modeste des congés à la mer, entre campings et chichis, entre golf et plateau de fruits de mer, entre surf et vagues, entre filles et garçons et autres combinaisons de corps à corps. Bimbeloterie silencieuse, souvenir pour les yeux qui ouvre les oreilles ivres de rire et de musique. Sur le bambou littoral s’accumule une foule synthétique, symbole de l’esprit balnéaire d’un rêve pastel au milieu des chatoiements colorés des rébus en plastique animés d’une langueur estivale.

Bâton/Mémoire – Les Barthes avec Roland

« Marcher est peut-être – mythologiquement – le geste le plus trivial, donc le plus humain », écrivait Roland Barthes.

Le bâton-mémoire se fait ici portrait d’un homme avec des évocations territoriales : le maïs des Landes, les couleurs du drapeau basque. Le sigle stylisé de la marque de son auto, réminiscence des Mythologies. La bière espagnole pour les escapades au-delà des Pyrénées. Le damier livré à notre imagination s’enroule autour d’un portrait de l’auteur adolescent.

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Arles 2015 : Blind Spot / Point Aveugle

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LOGOARLES2La singularité de ce walkscape réside dans deux facteurs dérogeant aux règles habituelles de cette pratique artistique. Sachant que le walkscape est défini par le groupe Stalker comme « … une affaire de marche, de promenade, de flânerie, conçues comme une architecturation du paysage. La promenade comme forme artistique autonome, comme acte primaire dans la transformation symbolique du  territoire, comme instrument esthétique de connaissance et transformation physique de l’espace ‘négocié’, convertie en intervention urbaine. »

En effet, le lieu proposé, la voie sous le tablier du pont de la Nationale 113 sur le Rhône, présente la particularité d’être une voie pédestre et cyclable dans un caisson de béton éclairé par une grille zénithale située entre les 2 x 2 voies de la circulation des véhicules sur le tablier du pont. Cette construction est décrite dans les études comme un passage intérieur construit sous les chaussées principales. Nous y proposons un parcours partant du chantier de la Fondation Luma, jusqu’au passage inférieur du pont Ballarin, se poursuivant par une boucle effectuée sur l’autre rive avant de repartir à travers la friche industrielle SNCF vers le pont de la D35A pour regagner le centre-ville et la fameuse place du Forum.

Les véhicules motorisés bénéficient d’une circulation à l’air libre ; avec vue sur le fleuve, alors que les adeptes de la marche et du vélo sont relégués dans un caisson de béton. Ce parcours aérien sous la chaussée met l’utilisateur dans une situation d’enfermement. Seule la grille zénithale offre une échappée du regard vers le ciel. Les vues latérales sur le fleuve sont occultées sur toute la longueur du passage. Ce dispositif inscrit le projet de walkscape dans un environnement singulier qui rend le passant invisible dans un paysage occulté. Il faut ici prendre en considération ces caractéristiques du parcours, pour comprendre l’intérêt de ce lieu.

L’invisibilité du lieu lui-même est vérifiable par une simple requête image sur un moteur de recherche. Même Google ne retourne qu’une occurrence, avec une vue prise par un cyclo-touriste. Cette absence d’image confirme une négation du lieu dont l’enfermement impose son inexistence visuelle. Un lieu quasiment sans représentation, un parcours occultant la vue. Sur la base de ces deux spécificités le walkscape trouve un terrain d’exploration inattendu, dont l’étude devrait soulever des questionnements atypiques.

Photos : Patrick Laforet/ Texte : Jacques Clayssen

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Cartographie de l’invisible

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Temps de parcours : environ 1h30
Niveau : trajet facile, pas de difficulté

Le parcours commence sur l’avenue Victor Hugo au niveau de la brasserie Les Ateliers, prendre le chemin du Dr Zamenoff et suivre la voie ferrée désaffectée en longeant le chemin Marcel Sembat. Poursuivre jusqu’à l’autoroute, passer sur le pont et prendre à droite la rue Jean Charcot en longeant le canal. Au bout de cette rue, passer sous la D35 et traverser le terrain vague, ensuite remonter par l’Allée de la Nouvelle Ecluse. Prendre ensuite à droite l’allée de la 1ere Division Française Libre, passer devant le Musée Départemental Arles Antique et continuer dans l’avenue Jean Monnet. Arrivée au pont Ballarin, passer dessous et remonter par l’escalier et entrer dans le pont. Une fois la traversée terminée, à la sortie prendre l’escalier à droite, descendre et traverser la route, entrer dans la friche SNCF. La traverser et suivre le quai Trinquetaille. Remonter sur le pont de la D35A, traverser et suivre l’avenue du Maréchal Leclerc, à gauche suivre la rue de la République et dépasser la mairie par la droite, à gauche suivre le Plan de la Cour et à droite dans la rue du Palais, et voilà la Place du Forum, vous êtes arrivés.

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Marcher dans l’Invisible

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Un parcours simple et facile, d’environ une heure et demie, qui part de la Fondation Luma, descend le long de la voie ferrée désaffectée, passe au-dessus de l’autoroute et ensuite longe les rives du canal jusqu’au pont Ballarin. Là un escalier ou une rampe d’accès vous mèneront dans cet univers indescriptible des dessous de la circulation routière pour atteindre l’autre rive. En traversant la friche industrielle sur la droite du pont vous rejoindrez la D35A et remonterez dans la ville pour rejoindre la mairie, que vous dépasserez sur la droite pour arriver à la fameuse Place du Forum, lieu de tous les débats, rendez-vous, tractations et cafés pour vous rafraîchir.

PREMIERE PARTIE
De la Fondation au Pont Ballarin

DEUXIEME PARTIE
La traversée du Pont Ballarin

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TROISIEME PARTIE
Du Pont Ballarin à la Place du Forum

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Texte et Photos Patrick Laforet

La Galerie Invisible

Photographier une traversée invisible n’est pas chose courante, essai photographique évolutif aujourd’hui centré sur le pont, son dénuement et la rusticité des lumières qui le ponctuent, entre le clair-obscur et la manière noire en gravure.
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Le Bâton de Arles

Le pays des rencontres
Une pincée de pastis parce que le soleil y coule à flots et un coquillage parce que la mer est sa campagne, une pellicule bien sûr parce que l’argentique y fut roi consacré, des toros, du rouge, du sang, du noir pour le cuir luisant dans l’arène, Lénine parce que c’est un bastion rouge, une besace contenant un « espion », un des premiers appareils numérique vendu dans les tabacs comme un gadget portant la révolution digitale, une carte mémoire car il ne faut rien oublier, la mort est présente dans ce pays dur et austère, froid comme du métal malgré la chaleur des étés, et un tapis rouge, ou presque, car tous les festivals ont leur tapis précieux, leurs gloires et leurs stars, tout cela sur une canne, végétal emblématique du sud, des rizières et des canaux, des zones humides et de leurs recoins sombres.
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Aquitaine 2015

Sommaire
Into the wild : la carte
De la lande à l’océan en images
Chroniques Landes côtières
Lisières sols et végétaux
La nature n’est plus ce qu’elle était
La coustille
Empreintes
Marche et absolu
Galerie photo

 

Walking InTo The WilD

_MG_5035_DxOHommage à Henry D. Thoreau et Sean Penn

En écho aux paysages de la côte aquitaine, les textes de Henry D. Thoreau et le film de Sean Penn,  Into the Wild, se sont imposés à nous, modifiant notre appréhension de cet environnement support d’images mais aussi de mode de vie. Des espaces où la liberté trouve son sens.
Un horizon lointain, des points de vue s’estompant sous les effets des vents de sable, des embruns ou de l’air brûlant de l’été, des mirages, une bande-son composée par le vent, les vagues, les mouettes et les cris des baigneurs.

Dans ce milieu naturel à la lisière de la terre et de la mer, sur ces plages estivales où éclosent les amours de vacances, comment ne pas aussi se remémorer des travaux de Paul-Armand Gette, artiste des zones fragiles, à la limite de la décence et de l’indécence, aux confins de l’Art, de la Science et des évolutions adolescentes. Ce wildscape trouve son origine dans le goût partagé par les auteurs pour la côte landaise, avec ses vagues puissantes, ses baïnes dangereuses et ses dunes soumises à des phénomènes météos violents qui modifient la configuration du littoral au gré des tempêtes et des grandes marées.

De longue date nos séjours sur le littoral aquitain nous ont permis de parcourir les  plages en toutes saisons et par tous les temps.

Situation

GPS

Pour ce wildscape, nous avons retenu un parcours situé entre Capbreton et Labenne, précisément sur le site dit de la Pointe bordé à l’ouest par l’Océan Atlantique et à l’est par la rivière « le Boudigau ». Ce site présente la caractéristique unique de regrouper tous les milieux littoraux caractéristiques de la côte sableuse aquitaine : une forêt de protection, transition entre la forêt littorale et le massif dunaire. Ce massif étant lui-même composé d’une dune blanche et d’une dune grise.

 

Côte Aquitaine, sur les communes de Capbreton et de Labenne.

Parcours : 7,95km
Temps de parcours : 3h48mn
Nombre de pas : 12 691

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De la lande à l’océan

Rien ne remplace l’expérience sensible. Ce parcours vous prendra quelques heures de marche et vous mènera de la forêt landaise au bord de l’océan, puis vous ramènera à votre point de départ par une autre partie de la forêt. Ce site particulier est en fait un voyage dans le temps qui vous fera découvrir les diverses couches de cette « fausse nature » inventée et construite par l’homme.
Quelques conseils pratiques : en été il peut faire très chaud, donc emmenez de l’eau et protégez vous du soleil, les demi-saisons sont parfois pluvieuses, voire très pluvieuses, et en hiver les tempêtes peuvent être violentes, donc renseignez vous avant de partir. Pour la partie plage, selon les coefficients de marée, la force du vent, la mer peut remonter jusqu’au bord des dunes et vous barrer le passage, là encore prévoyez votre timing. Sur la plage, si vous n’êtes pas familier des vagues landaises et de leur force sournoise, ne vous baignez pas, les courants sont traîtres et puissants malgré un aspect paisible et la plage est sauvage, c’est à dire non-surveillée.

Première partie

La forêt

C’est la première zone tampon entre la partie aménagée de la côte et la rudesse de l’océan. Il y fait frais en été, les sentiers sont entretenus et balisés, le sol est un mélange de sable et de terre et selon les saisons quelques belles fleurs s’épanouissent.
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Deuxième partie

 Les dunes

Deuxième zone tampon, qui protège la forêt qui protège la campagne. La végétation disparaît, sous la force du vent et la sécheresse. La première partie de la dune est en pente et se termine de manière abrupte sur la plage. La plante emblématique de la dune est l’oyat.
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Troisième partie

La plage

La frontière entre l’océan et la terre est ventée, large, couverte de déchets, organiques ou industriels, les surfeurs y construisent des cabanes avec les bois flottés, la croustille est tentante (voir article connexe). Les célèbres vagues de la côte landaise sont là, parfois gigantesques et impressionnantes, toujours splendides et dangereuses. C’est ici, au croisement de la dune et de la plage que se situe notre petit mémorial sauvage.

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Quatrième partie

Rond-point du retour

Petit passage par la civilisation, en été poste de secours et bistroquets et point d’eau. Vous longerez quelques bâtiments anciens et abandonnés, mais gardés, attention aux youkis aboyeurs, avant de replonger dans la forêt.

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Cinqième partie

Le bayou

Au retour vous longerez pendant un moment le petit cours d’eau « le boudigau » qui à la saison des pluies a tendance à déborder de son lit et transforme la forêt en une sorte de bayou chaotique.

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Voilà, c’est fini, vous avez normalement perdu environ 350 calories et parcouru un paysage unique, voyagé dans le temps, ramassé de splendides déchets plastiques sur la plage dont vous ferez de splendides bracelets en souvenir de ce WildScape.

Texte et Photos Patrick Laforet

Lisières, sols, végétaux

 

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Ce sera dans les œuvres de Paul-Armand Gette que ce wildscape trouvera ses sources artistiques. En effet, la plage, la lisière et la végétation sont avec les petites filles les thèmes de l’œuvre singulière de Paul-Armand Gette, artiste contemporain né en 1927 qui reste un explorateur de l’équivoque et de l’ambiguïté par son activité maintenue à la lisière des domaines scientifiques et artistiques. Mais aussi à la lisière des genres et des techniques mises en oeuvre et des lieux investigués. En entretenant une polysémie dans les explications et les spécialisations des savoirs, il place la lisière comme lieu privilégié d’émancipation et de création, ce qui est a priori paradoxal.

Approche descriptive d’une plage exposée au Centre Culturel Suédois en 1972 est une mise en scène soumise à des codes et des méthodes scientifiques, selon le regard porté par l’artiste Paul-Armand Gette sur le paysage littoral. Plutôt qu’au paysage lui-même, ce sont les diverses manières de le représenter qui intéressent l’artiste. La plage a été l’un de ses lieux privilégiés car elle décrit une zone intermédiaire, un entre-deux, entre l’étendue de la lisière maritime et le commencement d’un paysage aménagé. Le concept de lisière, thématique majeure de l’œuvre de Paul-Armand Gette, trouve dans cette géographie une illustration adéquate.

La végétation de la côte landaise s’inscrit dans la nomenclature binominale établie par Carl Von Linné. L’artiste Paul-Armand Gette réalise le 29 novembre 1975, à l’Université Paris 10 une lecture-performance La nomenclature binaire-Hommage à Carl von Linné. Durant cette lecture-performance d’une liste de 5 945 noms de plantes à fleurs, extraits du Species Plantarum (1753) du botaniste suédois. De 8h à 18h Paul-Armand Gette a lu sans discontinuer les noms des plantes. La liste devient de fait un dispositif d’exposition, au sein de l’Université, en un hommage au scientifique botaniste Linné.
En 1976, à l’occasion de l’exposition Identité/Identifications au CAPC de Bordeaux, Jean-Paul Gette répondait à ma question : Dans ce travail (la Plage) vous mettez en évidence des végétaux et des animaux que le public peut voir, mais ne sait, généralement pas nommer.
Vous touchez là à une particularité de mon travail qui peut être particulièrement irritante pour le public. Je tiens à désamorcer tout de suite cette irritation, la nomination d’éléments figurant sur une photographie, toujours lisible bien que peu soucieuse de perfection technique, cherche à créer un décalage, à faire varier l’angle de vision habituel. Dans le cas de mon travail intitulé  La plage, le nom de la plage est mentionné et c’est d’une plage particulière qu’il s’agit, mais le public projette sa propre vision de la plage ou des plages qu’il connait sur l’image présentée et synthétise. L’image fonctionne comme support du fait que j’élimine le pittoresque. De toute façon le public ne lit pas dans le détail ; la précision crée un flou. Je pense et j’espère qu’il en est ainsi que le spectateur se trouve tout à fait libre de superposer sa vision à la mienne.

Lisières. A la traditionnelle lisière forestière s’ajoute la lisière maritime, frontière entre la mer et le sable. A la lisière mouvante de la mer, l’estran présente un sable variant de sec à trempé suivant les heures des marées. Lisière confuse parfois ourlée d’une écume abondante. Le sac et le ressac incessant des vagues gomme toutes les traces et empreintes et détruit les châteaux de sable construits sur l’estran.

Sols. Une marche de la forêt à la mer offre des sensations variées. En forêt le sentier reste ferme sous le pied, mais un écart dans le sous-bois et le pied comme sur un tapis éprouve une sensation de moelleux. Le sol sablonneux couvert de fougères et d’aiguilles de pins est aéré par cette végétation. Au sortir de la forêt, la lette, cette dune grise composée de sable, d’humus et d’un tissu végétal ras et rare reste ferme sous le pied jusqu’à la dune où le pied s’enfonce dans le sable sec aux grains très fins. Sur la plage les grains de sable évoluent parfois jusqu’à devenir des graviers. Suivant son degré d’imprégnation d’eau de mer, le pied s’enfonce plus ou moins et la résistance spongieuse du sable mouillé rend l’effort de marche plus intense.

 

Végétaux. De la lande à la mer, du vertical à l’horizontal, la végétation construit des perspectives. Ces paysages plantés superposent différentes strates témoignant du travail des hommes. Combat contre l’érosion éolienne toujours recommencé. Modifications des sites historiques par des plantations visant à assainir, à drainer, à fixer.

La dune : gourbet (Oyat), chiendent des sables (Agropyron), euphorbe maritime (Euphorbia paralias L.), panicaut de mer (Eryngium maritimum), liseron des sables (Calystegia soldanella), épervière laineuse (Hieracium lanatum), astragale de Bayonne (Stragalus boeticus L.), silène de Thore (Equisetopsida Caryophyllales), diotis maritime (Equisetopsida Asterales), carex des sables (Carex arenaria), oeillet des dunes (Dianthus gallicus), immortelle des dunes (Helichrysum stoechas), alysson des sables (Alyssum loiseleurii)… La forêt et la forêt galerie : chêne-liège (Quercus suber L.), pin maritime (Pinus pinaster),aulnes (Alnus),  chêne pédonculé (Quercus robur), chêne tauzin (Quercus pyrenaica), hêtre (Fagus sylvatica), robinier (Robinia pseudoacacia),  noisetier (Corylus L.), aubépine (Crataegus). Sur les rives : fougère (Filicophyta), iris des marais (Iris pseudacorus), scolopendre (Asplenium scolopendrium var. scolopendrium), hépatique (Hepatica triloba), … Les bruyères : bruyère callune (Calluna vulgaris), bruyère cendrée (Erica cinerea), hélianthème à gouttes (Tuberaria guttata), hélianthème faux alysson (Cistus lasianthus), ajonc d’Europe (Ulex europaeus), genêt à balai (Cytisus scoparius), … Les parasites : processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), apocrite (Apocrita), …

Texte et Photos Jacques Clayssen

La Coustille

WILDSCAPE6La coustille est une coutume ancienne toujours pratiquée par les nostalgiques et les artistes de tout bord qui redonnent vie aux bois flottés et aux objets plastiques détournés de leur état de rebus. Cette tradition perdure, il n’est pas rare de croiser des personnes charriant des sacs remplis de bois ou de déchets divers. Après les marées on peut observer des habitués marchant tête baissée en quête de merveilles, promenades intéressées, gestes vertueux de recyclage, poésie du bois flotté, à chacun sa raison.

Lors de ce wildscape, nous n’avons pas failli à la tradition, nous avancions sur la plage les yeux fixés sur les lignes de marée pour ramasser quantité de morceaux de plastique, genre bâtonnets de sucette et de cotons tiges de toutes les couleurs.

Aujourd’hui la mer charrie, sur ce qu’il reste de grève, des dizaines de milliers de déchets qui s’entassent. Certaines plages présentent des espaces submergés de débris divers, l’estran prend des apparences de zone sinistrée. Paysage apocalyptique d’enchevêtrements de détritus mêlant déchets hospitaliers, objets tombés ou jetés des bateaux, débris de chantiers et fortunes de mer.

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Aux déchets endogènes, bois et cadavres d’animaux s’ajoutent la pollution exogène provenant des activités humaines, pêches, bateaux, décharges littorales non conformes. L’association Surfrider dresse un bilan éloquent :
– 206 kg de déchets plastiques sont déversés chaque seconde dans les océans
– Sur les 100 millions de tonnes de plastique produites chaque année, 10% finissent dans les océans
– 1 million d’oiseaux et 100 000 tortues de mer meurent chaque année après ingestion ou enchevêtrement dans les déchets plastiques
– 5% seulement du plastique produit est recyclé

Un lourd bilan pour des sites fragiles. Aujourd’hui, les communes nettoient les plages à coup de pelleteuses et de bulldozers qui dessinent sur le sable de gigantesques arabesques d’empreintes des pneumatiques. Cette chorégraphie d’engins à l’instar des « sand artists » s’efface au gré des marées, la plage retrouve alors son sable vierge jusqu’aux prochaines empreintes.

La prise de vue sur la plage s’apparente à une forme de coustille photographique. Le prélèvement d’images constitue un témoignage visuel d’un état du site.

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Texte et Photos Jacques Clayssen

La nature n’est plus ce qu’elle était

intro_to_thoreau1L’invitation à la marche que prônait Henry D. Thoreau se situait dans un contexte naturel très différent du notre. La marche pour lui constituait un bain de régénération, un retour à un état vierge, apaisant et purificateur, dans une nature considérée comme vierge, non polluée par l’homme et ses activités et permettait de retrouver une harmonie perdue. Ce qu’on appelle « la nature » était à son époque plus naturelle que maintenant, moins marquée par les activités de l’homme, moins travaillée, moins exploitée mais également moins entretenue.
En vous promenant dans notre parcours, en arrivant sur la plage vous ne pourrez manquer de remarquer la présence massive de déchets, qui ne font pas de ce paysage un paysage dit naturel. Pour nous, le naturel est toujours vierge, les plages doivent être désertes, pures de tout déchet, le sable doit s’étaler à l’infini sans obstacle.

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Gouf-de-capbreton-relief1La côte sauvage est située juste en face du fameux Gouf du golf de Gascogne, profonde cicatrice intérieure du golfe, qui descend jusqu’à 3000 mètres et vient finir juste à Capbreton, au bord de la plage. Ce qui explique les cadavres de grands animaux marins parfois présents sur la plage et la répartition des nombreux courants qui transportent une masse impressionnante de déchets, estimée à 50 millions de tonnes. Du coup, le paysage prend un aspect relativement apocalyptique, surtout après de grandes tempêtes qui rapportent de grandes quantités de déchets organiques, bois, végétation, cadavres d’animaux dont profite tout un monde de charognards et d’insectes.

Larmes de sirènes et Chupa Chups

Le plastique constitue l’essentiel de l’autre partie des déchets et ponctue le paysage de ses couleurs vives, transformant la plage en décharge sauvage et lieu de nombreuses et nouvelles légendes. Par exemple le sable se couvre de milliers de petites perles de plastique translucides, brillantes au soleil, petits bijoux « naturel » puisque ramassés dans un endroit sauvage. La légende leur a attribué le nom poétique de larmes de sirènes ce qui est beaucoup plus intéressant que la réalité, en fait ce sont des composants bruts pour l’industrie de transformation, une sorte de matière première. L’autre légende attribue la présence de milliers de petits bâtonnets de couleur au naufrage d’un gigantesque cargo chargé de sucettes espagnoles, les Chupa Chups, qui aurait régalé des générations de poissons en fondant doucement dans l’eau avant de s’échouer sur ces plages. La réalité est plus prosaïque: ce sont des restes de coton-tiges, suffisamment petits pour passer les grilles des stations d’épuration.

Le nouveau sauvage

Les clichés ont la vie dure et pour nous une plage naturelle se doit d’être propre, vierge, pure de traces de l’homme. Les collectivités locales l’ont bien compris, qui, en saison touristique, gardent le paysage propre à coup de bulldozers et pelleteuses géantes. La gestion du déchets génère toute une activité qui va de la récupération du matériel de pêche pour l’envoyer solidairement aux pêcheurs africains, à la maintenance biologique des espèces animales, dont la survie est souvent menacée par ces petits bouts de couleurs vives, en passant par la coustille (voir article connexe). Le déchet est même depuis peu honoré en tant que tel, vers la fin février dans la commune de Boucau, ce qui signe, avec humour et intelligence, l’inversion du paradigme visuel de la nature : c’est aujourd’hui la présence du déchet qui est devenue « naturelle » et son absence qui signe la présence de l’homme. Le « sauvage » contemporain est maintenant synonyme d’abandon, de pollution, de chaos, de laisser-aller, tant l’emprise de l’humanité sur son territoire est devenue massive.

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Contenu d’un estomac de tortue.

Texte et Photos Patrick Laforet

 

Empreintes

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Jacques Clayssen

La tresse narrative du walkscape se constitue par le maillage établi entre différents moyens de production qu’ils soient textuel, photographique, sonore, vidéo ou multimédia. Aux moyens techniques que sont l’appareil de photo, la caméra et le magnétophone s’ajoute le texte aujourd’hui saisi numériquement mais qui peut aussi passer par une version manuscrite. La main organon pro organon selon Aristote, c’est-à-dire instrument de tous les instruments.

Les empreintes que nous diffusons ici relèvent d’une technique ancestrale : le frottage. Ces prélèvements in situ nécessitent un support papier, un crayon ou un embossoir. Le frottage, par un geste de la main, a pour avantage de mettre en évidence un travail de texture. Max Ernst a développé cette pratique dans le champ des arts plastiques.

L’obscure graphie
Ici, la lumière ne joue aucun rôle, seule la main est à l’oeuvre. Il s’agit du relevé d’une texture de la matière par frottage. Cette « révélation » sur le papier d’une image décalquée de son support fonctionne à l’identique d’une photographie à laquelle on aurait substitué le geste de la main à l’effet de la lumière. Ni chimie de l’argentique, ni pixel du numérique, ni optique, ni temps de pose, uniquement le mouvement de la main dotée d’un outil de frottage pour obtenir une image négative de la surface reproduite.

Image du relief ou relief négatif directement sur le papier. Le papier en contact direct avec son support en restitue les aspérités et les bosselages. Cette « empreinte » matérialise un décalque de son support. Sa définition, sa précision résultent de la précision du frottage et de la qualité du papier choisi. Des similitudes avec l’image photographique certes, mais la rusticité du procédé lui confère une aura particulière, ici pas de distance entre le sujet et son plan de reproduction. Le support restitue la forme sous la pression. Durant l’opération le négatif apparait au fur et à mesure à la surface décalquée. Empreinte négative au crayon sur du papier opaque ou embossage du papier calque, les supports à l’instar de l’image photographique se déclinent en négatif papier ou en transparent.

Sur la plage, le sable présente tous les avantages d’un support modelable et traçable sur lequel l’action des marées joue comme une gomme pour effacer les empreintes. Nos empreintes de pas, mais aussi celles des animaux et des différents engins qui circulent pour le nettoiement ou la surveillance. Par ce moyen, la tresse narrative s’enrichit d’un témoignage sur les matières que la photographie documente sans relief et sans contact avec les matériaux.

Prélèvements sur calque / Blockhaus béton

Patrick Laforet

La captation par frottage est une tentative magique de voler un bout du lieu, d’en capturer l’esprit et de le ramener en lieu sûr. C’est un piège, un piège parfait, à taille réelle, sans intermédiaire, immédiat, ludique, qui rejoint le fantasme de Borges sur la carte qui est à la taille du territoire. Le frottage est un retour en arrière à une des techniques les plus primitive, les plus primaire, de représentation du monde. Une sorte de pré-photographie d’avant la lumière, quand le monde était obscur et in-captable et que la caméra-piège n’avait pas encore été imaginée. Technique frustre, rudimentaire mais efficace avec un papier un peu solide et un bon charbon de bois.

Il s’agit là de photographier avec les doigts, avec la main, de révéler une image latente dans le monde, de fabriquer une relique véritable, comme si le paysage émettait une lumière noire, et de l’enfermer dans un support fragile, volatile mais subtil, presque intouchable sous peine de disparition. Le frottage graphique se propose comme une icône, assez proche de la logique du Saint-Suaire, mais sans la dimension religieuse, juste un morceau d’un paysage qui se met à dériver dans le monde.

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Prélèvement 01 / Bois flotté – Plage
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Prélèvement 02 / Rocher – Plage
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Prélèvement 03 / Ecorce – Arbre forêt
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Prélèvement 04 / Déchet plastique – Plage

Marche et absolu

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Mémorial / Labenne / 2015

Le nouveau paradigme

La deuxième partie de l’hommage de ce wildscape est rendue au film de Sean Penn « Into the wild », basé sur le roman de Jon Krakauer, qui conte l’histoire d’un jeune homme qui, après avoir tout donné, quitte le monde contemporain pour les lointaines contrées sauvages de l’Alaska où il connaît une fin tragique et meurt au bout de quelques mois. Le film est un récit initiatique qui se termine dans le Bus 142 (1), la dernière demeure de Christopher Mc Candless, lui même devenu l’objet d’un culte tenace. De nombreux jeunes gens s’y rendent régulièrement chaque année pour suivre le rituel, aux mêmes risques que ceux de leur modèle, ce qui pose des problèmes à la commune de Fairbanks, nombreux sauvetages et surveillance difficile. L’endroit est particulièrement isolé et dangereux mais le mythe s’est installé.
DéMarches a choisi de rendre une modeste contribution à cette initiation en déposant un petit mémorial dans une autre nature, moins abrupte certes mais tout aussi « wild » afin de connecter cette recherche contemporaine avec un écrit plus ancien, le livre  « Marcher » de Henry D. Thoreau, très présent dans les idéaux du jeune homme et référence incontournable de la culture américaine sur l’idée de nature.

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Le Bus 142 / Fairbanks / Alaska

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Nature et harmonie

La conception de la nature qui imprègne les deux récits est très précise et intemporelle : la nature est vierge de l’influence de l’homme, donc régénérante et tonique. La civilisation représente une forme de pollution dont il faut s’éloigner, régulièrement ou définitivement, sous peine de vivre une vie qui n’en est pas une. La religiosité diffuse de la culture américaine imprègne cette conception, la forme du paradis reste accessible, ici et maintenant, sans délai et sans médiation, à condition de « vivre bien », selon des préceptes naturalistes et de respecter une distance certaine avec le monde des vivants, la société et ses contraintes. La soif d’absolu du jeune Mc Candless le conduit dans le récit à une forme d’impasse, la nature se révèle beaucoup plus revêche que prévu, impitoyable et totalement indifférente à son sort, malgré son amour. La transfiguration du candidat ne se réalise pas et reste sur un constat d’échec amer et glacé de la fusion dans l’harmonie universelle.

D’une génération l’autre

Ce constat d’échec est à rapprocher d’un autre récit initiatique, lui aussi sous forme de film, de la génération précédente : le film « More » de Barbet Schroeder daté de 1969, dont la trame et les enjeux sont très proches et la conclusion identique : la mort du jeune initié. Les deux récits annoncent la recherche d’un nouveau paradigme dans le rapport au monde, éternel problème de la jeunesse. Dans « More » le nouveau paradigme s’installe dans la recherche d’une forme d’hédonisme, le soleil, la drogue, l’amour, lié à une recherche de la sensation absolue, dans le deuxième la recherche s’est déplacée, au vu de l’échec de la première, sur une notion plus ancienne, plus floue, moins imagée, celle de l’harmonie naturaliste, paradis non artificiel.

Les deux constats d’échec successifs peuvent donner une image sombre des possibilités contemporaines d’échapper à la triste condition humaine, mais ne sont en fait que des signaux des dangers qui attendent celui qui se lance dans la quête d’absolu. L’endroit du premier récit, Ibiza, est devenu la capitale mondiale de la « fête », les jeunes générations ont évité le piège annoncé et s’amusent par milliers sur les plages de sable chaud et dans les méga-structures musicales. Bien sûr il est toujours considéré comme plus élégant de mourir pour ses idées que de continuer à vivre les deux pieds dans le monde, cela fait partie des légendes modernes qui privilégient l’aspect « comète » des grandes figures. Que deviendra l’Alaska dans les prochaines années ?

Texte et Photos Patrick Laforet

Note

(1) actualisation Juin 2020

Alaska : le bus du film « Into the Wild » déplacé pour éviter les accidents à des touristes inexpérimentés

Le bus du film « Into the Wild » attirait trop de touristes inexpérimentés dans une région reculée.

Le bus du film \"Into the Wild\" de Sean Penn déplacé par un hélicoptère de l\'armée le jeudi 18 juin 2020
Le bus du film « Into the Wild » de Sean Penn déplacé par un hélicoptère de    l’armée le jeudi 18 juin 2020 (Seth Lacount / Alaska Army National Guard)

Un vieux bus des années 40, devenu un lieu de pèlerinage en Alaska pour des aventuriers du monde entier, notamment depuis son apparition dans le film de Sean Penn Into the wild, a été déplacé afin de protéger les randonneurs trop téméraires.

Surnommé le « Magic bus », il était mentionné dans le livre tiré d’une histoire vraie Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer (1996), et figurait sur l’affiche de son adaptation au cinéma en 2007, racontant le périple d’un jeune homme cherchant à fuir la civilisation pour se rapprocher de la nature.

Soulevé par un hélicoptère

Situé au bout du chemin de randonnée Stampede Trail, le bus avait fini par attirer de plus en plus de curieux, pas toujours bien préparés. Entre 2009 et 2017, quinze opérations de secours en lien avec le fameux véhicule ont dû être organisées, selon les autorités locales.

Certains ont même trouvé la mort, comme des voyageurs venus de Suisse et de Biélorussie, en 2010 et 2019, noyés lors d’expéditions pour aller voir le « Magic bus ».

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Le bus du film « Into the Wild » de Sean Penn déplacé par un hélicoptère de l’armée le jeudi 18 juin 2020 (Seth Lacount / Alaska Army National Guard)

Jeudi, il a été déplacé de son coin de nature reculé en étant soulevé par un hélicoptère de l’armée, a déclaré la Garde nationale.

Conservé dans un site sécurisé

« Après avoir étudié de près le problème, pesé de nombreux facteurs, et considéré une variété d’alternatives, nous avons décidé qu’il était mieux de déplacer le bus de cet endroit », a déclaré Corri Feige, la commissaire chargée des ressources naturelles pour l’Etat d’Alasaka, à l’extrême nord-est du continent américain.

Il sera conservé pour le moment dans un site sécurisé, jusqu’à ce qu’il soit décidé quoi en faire, a-t-elle précisé. L’une des options est de l’exposer.

 

 

WildScape Galerie

Au delà de l’aspect documentaire de la photographie dans la pratique du walkscape, le ressassement du parcours, le retour au même lieu à des heures différentes, dans des conditions météo différentes, la variation des points de vue, constituent l’occasion de dégager des figures fines d’un même territoire. Certaines images finissent par se déposer naturellement comme des représentations de « l’esprit du lieu », parfois franchement décalées, d’autres très imprégnées du territoire. La tentative n’a rien de systématique mais se bâtit au fil du temps, à mesure que se tisse une relation plus profonde avec le territoire.

Les mille et une facettes du même, du semblable, se retrouvent d’une année sur l’autre, au gré des parcours faits et refaits et des changements, parfois massifs, des territoires parcourus, jusqu’à ce que l’anecdote, le pittoresque disparaissent dans les sables du temps. Ici galerie de 2015 et 2014, photos Patrick Laforet.

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Labenne / 2015 

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Labenne / 2015

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Capbreton / 2015

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Capbreton / 2015

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Labenne / 2015

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Labenne / 2015

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Labenne / 2015

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Labenne / 2014

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Labenne / 2014

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Labenne / 2014

Texte et Photos Patrick Laforet

Chroniques landes côtières

Double trame sur la côte landaise. Si un observateur porte son regard sur le littoral parallèlement à la mer, il découvre une succession de paysages formées par des bandes de largeurs et de couleurs variées. Du bleu de la mer à l’écume qui dessine une ligne serpentine sur le sable mouillé de la plage, succède du sable blond sec sur lequel s’accumulent des bois flottés et des déchets de toute nature au pied de la dune embryonnaire. Ensuite la ligne de crête de la dune file en bosselé vers l’horizon traçant une fragile frontière entre le front de mer et  l’arrière-pays qui vient s’estomper sur la pente terrestre de la dune s’affaissant doucement pour se transformer en une plaine sableuse grise ou lette grise qui s’étale en s’ourlant pour se transformer en un manteau préforestier annonciateur du sol sablonneux boisé, que la forêt de pins maritimes, de chênes lièges et de fougères recouvre de sa palette de vert dressant une barrière verticale entre le littoral mouvant et la plaine aménagée pour la sédentarisation.
Ce même observateur notera que les bandes détrempées, mouillées, sèches se succèdent avec des couleurs du bleu au vert en passant par toutes les nuances du sable dans un ordonnancement continu.
Deux marcheurs effectuent un parcours systématique tracé dans la zone littorale pour observer ce chemin d’est en ouest, allant de l’arrière-pays jusqu’à la mer. Ce transect est matérialisé par un tracé qui chemine à travers les bandes successives que l’observateur a décrites.

entre Ondres et Labenne

Partis de la plaine aménagée, ils vont traverser la forêt, à l’orée de laquelle ils vont déboucher sur une zone moins arborée qui va laisser place à un à-plat ourlet de sable couvert d’humus gris avant d’aborder une longue montée au milieu d’un végétation xérophyte vers la crête dunaire bosselée qui offre une descente plus rapide vers le sable sec encombré de déchets qui une fois traversée offrira sur l’estran un sable d’humide à trempé jusqu’à l’écume des vagues venant mourir sur la lisière mobile de la marée.

Cet état de Nature ne doit pas nous abuser, il résulte d‘aménagements réalisés sous Napoléon III, assèchement des marais et plantation de pins maritimes et de chênes lièges. Sans compter, auparavant, les lourds travaux de dérivement de l’Adour. Jusqu’en 1578, l’Adour se terminait par un delta correspondant au Maremne, autour de son estuaire principal de Capbreton. Son exutoire actuel dans l’Atlantique, entre Anglet d’un côté et Tarnos sur l’autre rive, lui a été donné en 1578. Les travaux titanesques menés par l’ingénieur Louis de Foix s’étalèrent sous le règne d’Henri III de 1572 à 1578.

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La côte landaise telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est pas contrairement aux apparences l’espace naturel que l’on imagine. Cette lande marécageuse était habitée par des bergers perchés sur des échasses qui menaient une vie pastorale particulièrement rude dans un environnement insalubre. Les échasses apparurent dans les Landes au tout début du XVIII ème siècle. Les bergers Landais les utilisent pour se déplacer dans les très nombreuses  zones marécageuses. En effet, la région sableuse présentait en cas d’inondation la particularité d’offrir un sous-sol suffisamment compact pour permettre aux échasses de ne pas s’enfoncer.

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Avec la promulgation de la loi du 19 juin 1857 qui impose aux communes des Landes de Gascogne d’assainir et de boiser leurs territoires, les territoires d’élevage se réduisent mettant en péril cette activité pastorale. Cette situation engendra de violents conflits entre les bergers et les forestiers. D’autant que les bergers pratiquaient l’écobuage, prenant ainsi le risque d’incendier la forêt naissante, comme cela se produisit souvent.

La disparition des espaces de pacage au profit de la forêt entraina la disparition des échassiers. Durant les années 20 les derniers éleveurs s’étaient reconvertis en résiniers … Malgré cette restructuration du paysage, chaque année, un quart du littoral recule. L’érosion est un phénomène de grande ampleur, en particulier sur la côte aquitaine. Menacées par l’océan, les communes engagent d’importants travaux d’enrochements et de préservation des dunes. Mais la mer gagne irrémédiablement du terrain.

transect La Pointe

Aux vastes plages du début du siècle, protégées par une large bande de dunes succèdent un écroulement du front dunaire. L’érosion s’accélère, le trait de côte a reculé cinq fois plus vite lors de tempêtes exceptionnelles anticipant les prévisions à long terme les plus pessimistes.

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Des blockhaus basculent dans la mer, des parapentistes s’entraînent aux bords des dunes abruptes, les plages non protégées par des digues ou des jetées changent de configuration au fil des saisons.
La côte que nous pratiquons aujourd’hui se construit à partir de 1786, quand l’ingénieur Nicolas Brémontier commença par fixer le mouvement du sable en établissant une digue de madrier à environ 70 m de la ligne atteinte par les plus hautes mers, on enfonce dans le sol une palissade de madriers contre laquelle le sable s’accumule. En ajustant la hauteur des madriers à l’accumulation du sable, il obtient une dune littorale haute d’une dizaine de mètres formant barrière de protection. Le sable est fixé en surface par des semis d’oyat connu localement sous le vocable gourbet, dont les racines couvrent de grande surface. Nicolas Brémontier fera planter des pins maritimes pour fixer le sable en arrière des dunes et plus en arrière pour couvrir les anciens marais.

types de Landes

Ces dernières années des tempêtes ont durablement impactés le littoral, modifiant la configuration des plages et charriant une masse considérable de déchets. Le samedi 24 janvier 2009, la tempête Klaus traverse le sud-ouest, entraînant d’importants dégâts matériels. Ceci à une période durant laquelle la région récupérait à peine de la tempête Martin de décembre 1999, les sylviculteurs voient à nouveau leurs pins maritimes et autres essences déracinés ou sectionnés. A ces deux tempêtes succèdera en mars 2014, la tempête Christine. Sur les côtes basque et landaise, de nouveaux soumises à des dégâts colossaux, les vagues minent le littoral, faisant reculer les plages de plusieurs mètres.

La question de la Nature est au cœur du film de Sean Penn, Into the wildFilm emmaillé de nombreuses citations, dont celle de Byron extraite de Childe Harold’s Pilgrimage  qui apparait dès le début : “There is a pleasure in the pathless woods, There is a rapture on the lonely shore, There is society, where none intrudes, By the deep sea, and music in its roar: I love not man the less, but Nature more,…”(*) qui prend tout son sens sur cette partie du littoral Atlantique.

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Ainsi, dès les premières images du film, Sean Penn instille  chez le spectateur une idée de Nature idéalisée ; c’est le mythe de la route, en symbiose avec l’environnement qui place Alexander dans la posture d’un Kerouac routard.  Toutefois le scénario s’attache à montrer la différence entre le paysage naturel du décor et la fiction de la Nature qui habite le personnage principal du film. A l’instar de la réalité, la Nature n’est pas accueillante pour ceux « born to be – away from the – wild » ! Comme l’avait illustré le récit de Jon Krakauer dans le livre consacré à l’histoire de Christopher McCandless dont le destin tragique est incarné dans l’adaptation cinématographique sous le nom d’Alexander. Si Thoreau et McCandless  semblent se faire écho à un siècle d’écart, la place majeure de Thoreau dans la culture américaine ne doit pas faire oublier qu’il fut influencé par le romantisme européen et en particulier le romantisme allemand alors que pour McCandless les influences sont plutôt à chercher du côté des auteurs de la beat generation donc des mouvements de pensées libertaires. Le professeur  émérite en études de l’histoire et de l’environnement de l’Université de Santa Barbara Roderick Nash publie en 1967 la première édition de son livre qui fait autorité Wilderness in the American Mind, dans lequel il explique que : « dans wild, l’on trouverait les notions de perdu, incontrôlable, désordonné, confus, et c’est ainsi que l’espace chaotique et sans repères de la forêt finit par être désigné par wilderness »

Mais, c’est au Thoreau de Walden et de la Désobéissance civile que se réfère Alexander, le héros du film. Thoreau qui écrit dans La Désobéissance civile : « Si je suis venu au monde, ce n’est pour le transformer en un lieu où il fasse bon vivre, mais pour y vivre, qu’il soit bon ou mauvais. »

H.D.ThoreauLes premières lignes du fascicule de Henry D.Thoreau, Marcher, posent la conception que l’auteur naturaliste et écrivain engagé se fait de la Nature. Non-conformiste, il tire de ses expériences personnelles son engagement et cherche à toujours faire corps avec ses idées. « Au cours de mon existence, je n’ai rencontré qu’une ou deux personnes qui comprenaient réellement l’art de Marcher, c’est-à-dire de se promener qui pour ainsi dire avaient un génie particulier pour flâner, sauntering…. ». Il analyse l’origine de ce mot qui dans le langage contemporain se définit comme A saunter is not a walk, run, or jog. To saunter is to walk in life. (Se balader, ne signifie pas marcher, courir ou faire du jogging, mais prendre la vie comme elle vient.)

« Qu’est-ce qui parfois rend difficile le choix d’une direction de promenade ? » Question lancinante à laquelle tout marcheur doit répondre, pour nous il s’agit de rejoindre la rive de l’océan à propos duquel Henry D.Thoreau note« L’Atlantique est semblable au Léthé ;… » Mais ce n’est pas l’oubli que nous venons chercher, mais plutôt une nature brute, un espace vivant dont les éléments peuvent atteindre des moments paroxystiques. Mais aussi les couchers de soleil, avec ou sans rayon vert. Des couchers de soleil comme les aime l’auteur « Chaque coucher de soleil que je contemple m’inspire le désir d’aller vers un ouest aussi éloigné et beau que celui dans lequel plonge le soleil. »

(*) Traduction :
On trouve le plaisir dans une forêt sans sentiers
On trouve le ravissement sur un rivage solitaire
On trouve la compagnie là où il n’y a personne
Près de la mer qui fait entendre la mélodie de son rugissement
Ce n’est pas que j’aime l’homme moins mais je préfère la Nature…

Texte et Photos Jacques Clayssen