Des vertus vertes aux choux rouges, le jardin des vertus résume l’histoire d’un miracle religieux devenu réalité sociale. Avant que les jardineries n’offrent leurs luxueux matériels à des urbains en mal de terre, les déclassés, les laissés pour compte de la société industrielle ont développé des formes de solidarité et de convivialité vivrières, dans ce que l’on nommait alors la « zone ».

Jardin des vertus-vue aérienne ensemble

Bien avant que l’abbé Lemire ne fonde « la ligue du coin de la terre et du foyer » en 1896 ; bien avant que les militaires ne mettent à disposition les glacis des forts, transformant ainsi des espaces de défense en espace de vie en 1851 ; bien avant qu’Aubervilliers ne se transforme en banlieue industrieuse ; il existait au Moyen âge un domaine agricole dénommé Albertivillare, la ferme d’Albert, qui dépendait de l’Abbaye de St Denis. Aux environs de l’an 1300, une chapelle St Christophe devient l’église paroissiale.

Terre connue pour sa fertilité, le domaine nourrit les habitants alentours jusqu’à Paris. En 1336 une terrible sécheresse affama la population locale habituée aux soupes de gros légumes. Le 14 mai, de cette même année, une jeune fille entre dans la chapelle St Christophe pour fleurir la statue de la Vierge Marie tout en priant pour demander la pluie. La donzelle dans sa pieuse ferveur remarque soudain que la statue se couvre de larmes alors qu’au même moment le toit résonne des gouttes bienfaisantes d’une longue averse.

Miracle ! Miracle ! Les cloches sonnent à la volée, la population se précipite pour constater que de la statue perle de grosses larmes.

Cette histoire relatée par l’abbé Jacques du Breul, prieur de St Germain-des-Prés sous le titre : Miracle de la Pluie, est à la source de nombreux autres miracles à travers les siècles, conférant ainsi une grande renommée au village et à la statue. Des personnalités royales et ecclésiastiques font le déplacement. Tant et si bien qu’en 1529, dans la nuit du Vendredi au Samedi Saint, les fidèles de toutes les paroisses de Paris se retrouvent un cierge à la main devant Notre Dame de Paris pour rejoindre en procession Notre Dame des Vertus. La lueur des milliers de cierge est telle que les habitants de Montlhéry penseront que Paris est en feu. Au XVème siècle, la chapelle trop exigüe est remplacée par une église, jamais terminée, au plan rectangulaire pour accueillir la foule des pèlerins. Cette procession préfigure par son parcours notre proposition de walkscape.

De cette époque naît la réputation de la Plaine des Vertus dont les gros légumes portent le nom caractéristique du terrain.

A Aubervilliers, 2 associations regroupent les jardiniers, l’une date de 1905, « l’association des jardins familiaux de Pantin-Aubervilliers » qui sous le patronage des autorités religieuses tente de lutter contre l’alcoolisme ouvrier, l’Assommoir bat encore son plein. Laval, maire d’Aubervilliers pose en 1924 les fondements d’un « groupe des jardins des Vertus d’Aubervilliers ». Mais, il faudra attendre 1935 pour qu’une société des « jardins ouvriers des Vertus » se constitue au Café du Bon Accueil, choix visant à s’émanciper de l’influence de l’action des catholiques.

La faucille va remplacer le goupillon, en 1952 l’appellation « jardins familiaux » est officialisée, après bien des péripéties les jardins en milieu urbain sont considérés comme des éléments constitutifs des différentes politiques de la ville. Ceci ne suffit pas à protéger totalement les parcelles de l’appétit des promoteurs.

Les jardins des Vertus ont vu au fil des ans leur superficie diminuer comme peau de chagrin. De 62 000 m² en 1963, on est arrivé aujourd’hui à 84 parcelles sur 26 000 m² auxquelles il convient d’ajouter une parcelle collective et une pelouse pour les événements. Les terrains restent la propriété du Génie militaire mais la Ligue du coin de terre possède la concession exclusive du bail de location. Celle-ci sous-loue des parcelles d’environ 200 m2 à des particuliers qui peuvent en obtenir au maximum deux. La municipalité fournit l’eau gracieusement à travers six points répartis sur le terrain, bien que chacun récupère les eaux pluviales. Les baraques construites de bric et de broc ont vu se succéder des générations d’immigrants qui ont pu ainsi économiser une fraction de leur salaire en mangeant des légumes frais. Lieu de travaux de la terre, quelques élevages de poules et de lapins, mais aussi lieu de villégiature, les jardins offrent leur vie en marge de l’urbanisme dense des immeubles alentour. La liste d’attente est longue, les candidats sont nombreux en cette période difficile particulièrement pour les plus fragiles.

En passant dans l’intervalle entre le serpent des Courtillières, construit par Emile Aillaud et les jardins des Vertus, on prend conscience de la singulière présence d’une nature fragile enclavée dans un tissu urbain dont le développement en menace l’existence même.

 sigle sonTémoignage sonore

Texte et Photos Jacques Clayssen

Mise à jour

En Seine-Saint-Denis, un hectare de jardins ouvriers va disparaître au profit d’un centre aquatique qui servira de site d’entraînement pour les Jeux Olympiques de 2024 et d’une gare du futur Grand Paris Express.

Comment des Jeux Olympiques dits écolo-compatibles et un Grand Paris Express vanté pour ses caravanes publicitaires contribuent à la destruction des Jardins des Vertus.

TRIBUNE parue dans Libération, daté 30 septembre 2020

Aubervilliers : nous étouffons !

Par Le collectif de défense des jardins des Vertus — 

Un jardin partagé en banlieue parisienne.
Un jardin partagé en banlieue parisienne. Photo Thomas Samson. AFP 

Des jardins ouvriers d’Aubervilliers pourraient être en partie remplacés par un écoquartier et un centre de fitness construits en vue des JO de 2024. Jardinières et jardiniers de ces parcelles demandent aux pouvoirs publics de les sauver.

Tribune. Nous étouffons…

…de tristesse depuis que nous avons découvert que les parcelles que nous soignons depuis près d’un siècle doivent être grandement amputées (3 200 m²) pour accueillir l’extrémité d’une piscine d’entraînement des Jeux olympiques de Paris de 2024.

…de colère car pendant des mois nous avons cru à la concertation avec l’équipe municipale sortante. Nous comprenons maintenant que notre dialogue n’était qu’une manœuvre dilatoire. Ils ont gagné du temps pour modifier le plan local d’urbanisme et sacrifier froidement ce paradis de verdure.PUBLICITÉ

…d’impatience quand on nous explique qu’un mètre carré perdu sera remplacé par un autre comme si la biodiversité était un bien de consommation.

…de déception car nous étions heureux·ses de voir notre ville accueillir une nouvelle piscine, un équipement tellement utile pour nos enfants, et que nous découvrons maintenant que ce n’est pas un bassin qui va détruire nos terres mais un centre de «fitness» et un «solarium minéral». Des aménagements dont l’utilité au Fort d’Aubervilliers, une des zones les plus pauvres d’Ile-de-France, pose question.

…de dépit car nous savons que rien ne viendra jamais compenser la destruction de ce patrimoine inestimable. Un des tout derniers témoins de la plaine légumière des Vertus qui fut, dit-on, la plus grande d’Europe.

…de peur pour les renards, les hérissons, les oiseaux, les abeilles, les grillons d’Italie… espèces menacées pour la plupart, qui vont, encore une fois, voir l’homme détruire méthodiquement et sans scrupule leur habitat.

…de fatigue car nous comprenons que les décideurs qui convoitent nos parcelles n’en sont qu’à leur premier coup de pioche. Doivent suivre la gare du Grand Paris Express et l’éco-quartier (sic) du Fort qui sont autant de nouveaux prétextes pour spéculer sur les terres communes que nous entretenons depuis des décennies (10 000 m² de jardin détruits à terme).

…de rire quand nous songeons aux discours et aux engagements écologiques qui accompagnent les Jeux olympiques de 2024 et que nous voyons, encore une fois, les pouvoirs publics profiter de cette occasion pour bétonner et détruire la biodiversité. Il y a nos jardins mais aussi l’Aire des vents au Parc de La Courneuve et d’autres…

….de chaleur car notre ville compte moins de 2 m² d’espace vert par habitant, six fois moins que Paris et quinze fois moins que la plupart des grandes villes de France. Malgré cela, nos modestes parcelles sont sacrifiées. De même que toutes les autres friches que compte cette zone. Un désastre écologique orchestré par l’Etat via la Société du Grand Paris et Grand Paris aménagement.

Nous étouffons une rage que nos origines et notre éducation nous ont appris à contenir; un appel aux politiques, au Comité international olympique, aux Comité d’organisation, à l’Etat…

SIGNEZ la pétition Sauvez nos jardins !

Le 2 septembre 2021, en matinée, les pelleteuses ont entamé la destruction des parcelles pour libérer du terrain pour la construction d’une piscine pour les Jeux Olympiques 2024.

Aubervilliers : Les Jardins ouvriers ont été évacués, les constructions détruites à la pelleteuse

JARDINS A DEFENDRE Depuis des mois, des « jadistes » protestent contre le projet de construction d’une piscine olympique pour les Jeux olympiques 2024, qui implique une destruction partielle des jardinsA.L.

Une parcelle dans les Jardins ouvriers des Vertus à Aubervilliers - Le 9 juin 2021
Une parcelle dans les Jardins ouvriers des Vertus à Aubervilliers – Le 9 juin 2021 — Thomas Lemoine

Garde à vue et destruction en cours : ce jeudi matin, les Jardins ouvriers d’Aubervilliers, qui étaient occupés depuis plusieurs mois par des défenseurs de l’environnement, ont été évacués et leurs installations détruites. Les « jadistes » protestent contre le projet de construction d’une piscine qui doit servir de bassin d’entraînement pour les Jeux olympiques de Paris-2024, et implique une destruction partielle des jardins.

L’évacuation a commencé vers 7 heures du matin ce jeudi 2 septembre. « Ils sont en train de détruire à la pelleteuse toutes les constructions que nous avions construites : un salon, une bibliothèque, une tour… », a rapporté ce matin vers 10 heures à 20 Minutes Dolorès, membre fondatrice du collectif de défense et jardinière. 

« Une quinzaine d’occupants a été expulsée dans le calme. Seul un individu a été placé en garde à vue pour outrage et violences à l’encontre des policiers », a rapporté plus tard la préfecture de la Seine-Saint-Denis.

Un recours déposé la veille

Les Jardins Ouvriers Des Vertus sont des jardins centenaires, véritable enclave de nature et terre nourricière de 2,5 hectares au pied des tours. Ils ont été rognés au fil du temps par les aménagements urbains successifs. Ils doivent cette fois être amputés de près de 4.000 m2 pour la construction du centre aquatique.

La veille, deux associations locales de défense de l’environnement (Environnement 93 et le MNLE-93) et trois « jardiniers exploitants » avaient déposé un recours contre le permis de construire de la piscine, estimant que le permis de construire a été délivré à l’issue d’une procédure illégale et que l’impact du projet sur « la biodiversité » ou « les ressources naturelles du sol » est sous-estimé. Le collectif des Jardins à défendre invite à un rassemblement ce soir vers 18 heures devant la mairie d’Aubervilliers.

La Justice examine le dossier et suspend le chantier

actualisation 21/09/21 par Faustine Mauheran pour France Bleu Paris

Grosse surprise ce lundi matin à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Une bonne surprise pour les défenseurs des jardins ouvriers, une très mauvaise pour le comité olympique de Paris-2024 : la justice suspend le permis de construire de la piscine d’entraînement censée remplacer ces terrains potagers centenaires.

La cour administrative d’appel de Paris a en effet, suspendu, ce lundi, le permis de construire d’une piscine destinée à servir de bassin d’entraînement pour les Jeux olympiques de Paris-2024, et qui impliquait la destruction des jardins ouvriers. Dans le détail, le projet implique notamment la destruction de 67 arbres, « alors que le permis de construire n’envisage au titre de la compensation (…) que la replantation de 47 arbres », a ainsi détaillé la cour. « L’exécution de la présente ordonnance, qui suspend le permis de construire litigieux, implique nécessairement, comme le soutiennent à bon droit les requérants, qu’il soit immédiatement mis fin aux travaux déjà entrepris », explique encore l’arrêt de la cour consulté par l’AFP. Il pointe plusieurs vices de légalité notamment envers le code de l’urbanisme. Lors de l’audience, mercredi dernier, le juge s’était montré perplexe sur ce projet d’un montant de 33 millions d’euros, dont environ un tiers doit être financé par la Solideo, la société chargée de livrer les ouvrages pour les JO-2024.

Dans cette requête en référé, déposée le 30 août, les opposants demandaient effectivement de suspendre le permis de construire délivré le 21 juillet dernier pour réaliser ce centre aquatique. Le projet prévoyant d’amputer au total près de 4.000 mètres carrés de jardins. Les requérants ( les deux associations ‘Environnement 93 et ‘MNLE-93′ et trois jardiniers exploitants) estimaient que le permis de construire a été délivré à l’issue d’une procédure illégale et que l’impact du projet sur « la biodiversité » ou « les ressources naturelles du sol » est sous-estimé. 

Dans l’urgence donc, c’est une sacrée victoire pour les défenseurs des jardins qui occupaient le site pour empêcher le début des travaux. « On est soulagés, c’est une reconnaissance. Les travaux de terrassement ont commencé ce matin, ils ont dû s’arrêter », déclare Ziad Maalouf, un des trois jardiniers à l’origine de la requête, avec deux associations de défense de l’environnement. « Nous continuons à dénoncer le fait que nous pouvions faire autrement », martèle aussi Jean-Marie Baty, président du MNLE 93 (Mouvement national de lutte pour l’environnement).

Une première victoire 

« On est heureux, rassurés », réagit Dolorès Mijatovic, membre du collectif de défense des jardins à France Bleu Paris. « Dès qu’on a su, on s’est mis au bord de la palissade, il y avait un tractopelle qui était arrivé pour faire des trous ce matin. On leur a expliqué et ils ont suspendu le chantier. On espère que le jugement qui va venir va complétement annuler le chantier. » Cette décision en référé n’augure en effet pas de la suite de la bataille judiciaire mais donne du temps aux autres procédures. La mairie d’Aubervilliers, porteuse du permis de construire, peut également faire appel de cette décision de la cour administrative. Sur le fond aussi, le projet doit faire l’objet d’une nouvelle audience.

Incohérence environnementale

Le Monde daté du 13 février 2022, la justice souligne l’incohérence du projet avec les objectifs environnementaux sans que cela stoppe le chantier en cours.

Mars 2022, suspension immédiate des travaux de la piscine d’entraînement des Jeux olympiques de Paris 2024.

Lire l’article d’Emmanuel Clévenot, publié par Reporterre-Le quotidien de l’écologie- le 11 mars 2022

https://reporterre.net/Les-defenseurs-des-Jardins-d-Aubervilliers-obtiennent-l-arret-des-travaux

Les défenseurs des Jardins d’Aubervilliers obtiennent l’arrêt des travaux

Les défenseurs des Jardins d'Aubervilliers obtiennent l'arrêt des travaux

En février, la justice avait donné raison une première fois aux défenseurs des jardins ouvriers d’Aubervilliers. La mairie avait tout de même fait le choix de poursuivre les travaux. Elle s’est fait rattraper, le 9 mars, par une condamnation.

Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), reportage

« La maire a dit qu’elle ne vous recevrait pas, s’agace un vigile. Elle n’est pas ici de toute façon ! » La vingtaine de défenseurs des jardins ouvriers des Vertus tente de pénétrer dans l’enceinte de la mairie d’Aubervilliers, en vain. Deux hommes en tenue sombre bloquent la porte d’entrée, ne laissant qu’un mince filet d’air pour poursuivre les négociations enflammées. « Tant pis ! Sûrement s’en veut-elle d’avoir commis une si grosse erreur, s’écrie Viviane, sourire aux lèvres. On fera la photo sans elle ! » En rang d’oignons sur le parvis de l’hôtel de ville, les militants immortalisent cette nouvelle victoire juridique contre la bétonisation des jardins, les poings brandis vers le ciel.

La veille, mercredi 9 mars, la cour administrative d’appel de Paris a confirmé l’obligation de la mairie d’Aubervilliers de suspendre immédiatement les travaux de la piscine d’entraînement des Jeux olympiques de Paris 2024. Un mois plus tôt, le 10 février, la même cour avait déjà statué sur l’irrégularité du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de Plaine commune. Les juges exigeaient alors la remise en conformité de ce document de planification de l’urbanisation, qui autorisait à tort l’aménagement de plusieurs projets sur une partie des jardins ouvriers. Les travaux devaient alors être interrompus.Ivan Fouquet, architecte mobilisé : « La mairie pourrait toujours se pourvoir en cassation mais ça prendrait des mois. » © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Toutefois, à ce moment-là, la mairie et l’intercommunalité ont fait le choix d’une lecture détournée de cette première décision de justice. Mathieu Hanotin, édile socialiste de Saint-Denis à la tête de l’intercommunalité, avait alors déclaré : « Il n’y a pas de conséquence immédiate sur la question des travaux, le permis de construire reste valable. Cela ne remet pas en cause le projet. » Résultat : quatre semaines durant, la bétonisation des anciens jardins ouvriers s’est poursuivie sous le regard incrédule du collectif, qui pensait pourtant avoir remporté la bataille.

« Ils seront bientôt hors délais. La piscine olympique ne se fera pas ! »

Révoltés mais pas résignés, les militants ont donc déposé une requête devant le juge des référés, le 22 février, pour faire valoir la décision du 10 février et réclamer en urgence la suspension du chantier. « Lorsque l’avocat nous a appelés hier, pour nous dire que le juge nous avait donné raison… J’étais dans une joie indescriptible ! », se réjouit Dolorès, qui peine encore à y croire. Concrètement, la cour administrative d’appel de Paris ordonne désormais à la municipalité d’Aubervilliers de faire stopper les travaux et la condamne à rembourser 2 000 euros de frais de justice aux différents requérants.Le chantier de la piscine olympique d’Aubervilliers en février 2022. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Cela sonne-t-il le glas du projet de piscine olympique ? Non, nuance Dolorès. « On gagne surtout un temps précieux. Tant que la mairie ne présentera pas un nouveau PLUi, conforme aux attentes du juge, ce sont les dispositions du PLUi précédent qui prévaudront… à savoir, la non-constructibilité des jardins. » Ces nouvelles attentes ne permettront pas de rendre aux jardiniers leurs 4 000 mètres carrés de terres, saccagées il y a déjà de nombreux mois. Elles protègeront cependant 4 000 autres mètres carrés de parcelles jusqu’ici menacées et qui échapperont donc aux pelleteuses. Enfin, concernant un projet de gare qui devait engloutir 5 000 mètres carrés de jardins supplémentaires, le juge a invité la mairie à ne détruire que le « strict nécessaire ».

Architecte mobilisé dès les prémices de la lutte, Ivan Fouquet se veut rassurant : « La mairie pourrait toujours se pourvoir en cassation, mais ça prendrait des mois. En réalité, le rapport de force commence à s’inverser. Nous attendons encore la décision sur le fond du permis de construire, pour laquelle j’ai aussi bon espoir. Plus on avance et moins ils pourront être prêts pour les JO. »Viviane : « Il y aura une piscine, mais à taille humaine ! » © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Un constat partagé par Viviane : « Ils seront bientôt hors délais, donc la piscine olympique ne se fera pas. Il y a désormais peu de doutes là-dessus. Il y aura une piscine, mais à taille humaine ! » Bonne nouvelle pour le collectif, la remise en conformité du PLUi nécessite une concertation publique, qui ne peut avoir lieu en période électorale. L’intercommunalité devra donc attendre que passent les législatives pour s’attaquer au dossier… soit pas avant la fin du mois de juin.

Ce jeudi 10 mars, à 14 heures, la maire UDI d’Aubervilliers, Karine Franclet devait recevoir une délégation du collectif. Elle a finalement préféré se décommander, expliquant dans un courriel envoyé la veille au soir qu’elle devait consulter ses avocats et ses autres partenaires, dont la préfecture et l’intercommunalité. « À force de s’entêter avec ce projet, elle en paye les frais et se retrouve au pied du mur », déplore une militante en secouant la tête. Ce rendez-vous manqué n’entachera toutefois pas l’humeur festive des défenseurs des jardins, qui défileront dimanche 13 mars, avec d’autres luttes locales, dans les rues de Pantin.

O-2024 : noyée sous les recours en justice, la piscine d’Aubervilliers prend l’eau

https://batinfo.com/actualite/jo-2024-noyee-sous-les-recours-en-justice-la-piscine-daubervilliers-prend-leau_20590

Par Batinfo le 14/03/22 source AFP

Les Jeux olympiques de Paris-2024 virent au feuilleton à Aubervilliers, où le combat de militants environnementaux pour la sauvegarde des jardins ouvriers met à mal une promesse de piscine censée bénéficier à la Seine-Saint-Denis.

Visuel de l’entrée du projet de centre aquatique du Fort d’Aubervilliers - © Chabanne Architectes

Le futur centre aquatique de cette ville en lisière de Paris pourra-t-il être livré à temps pour permettre aux athlètes de s’y entraîner, quelques semaines avant les JO ?

La cour administrative d’appel de Paris a mis mercredi un nouveau coup de frein à ce projet au calendrier ultra serré en ordonnant l’arrêt « sans délai » des travaux, près d’un mois après avoir jugé qu’il ne respectait pas certaines dispositions en matière d’urbanisme.

Plaine commune, la structure qui regroupe neuf communes dont Aubervilliers, présidée par le maire (PS) de Saint-Denis Mathieu Hanotin, est sommée de revoir son plan local d’urbanisme, modifié pour bâtir l’infrastructure sur un parking et quelques parcelles de jardins centenaires attenantes.

La municipalité d’Aubervilliers, maître d’oeuvre, a indiqué que cette décision de justice faisait l’objet d’une « analyse » et qu’elle ne communiquerait pas avant qu’une « position commune » soit trouvée entre les différentes parties.

Les pelleteuses étaient à l’arrêt sur le chantier jeudi matin, a constaté une journaliste de l’AFP.

Une réunion entre les opposants et la municipalité, qui devait se tenir dans l’après-midi, a été reportée par la ville.

« Biodiversité »

La disparition d’une partie de cette enclave de verdure au pied des tours a cristallisé les oppositions de certains jardiniers, militants et associations environnementales locales. Elle est devenue un symbole de la « bétonisation » qui asphyxie les zones urbaines, à rebours selon eux à l’urgence écologique.

Pas opposés à la piscine en elle-même, ils fustigent ses annexes – solarium, plage minérale – qui doivent empiéter sur 4.000 m2 de parcelles vivrières – déjà détruites par les travaux – sur les 2,5 hectares (25.000 m2) du site.

La justice administrative a validé d’autres projets liés aux JO comme le Village des médias à Dugny, aux confins d’un parc départemental, ou la création d’un échangeur autoroutier à proximité d’une école à Saint-Denis. Mais elle a cette fois-ci changé de ton.

« Ces travaux, par leur nature, sont susceptibles de causer des conséquences difficilement réversibles sur les parcelles de jardins des Vertus alors même qu’il s’agit d’un noyau primaire de biodiversité », estimait le juge des référés dans l’ordonnance rendue mercredi.

C’est la seconde fois en six mois que le chantier est interrompu sur décision de justice.

Il avait déjà été interrompu brièvement de septembre à novembre 2021 pour un litige autour du permis de construire, que la ville avait dû modifier. Ce volet doit encore être jugé au fond.

Le projet est en réalité un serpent de mer qui fraie depuis longtemps dans les cartons de la mairie.

Aubervilliers en rêve depuis 2005, alors que Paris, qui espérait décrocher les JO dès 2012, lui avait assuré qu’elle aurait son centre aquatique. Une aubaine pour cette ville populaire qui manque de bassins pour l’apprentissage de la natation.

Sur la sellette

Le projet, finalement calibré comme site d’entraînement ensuite rendu aux habitants, avait été enfin mis sur les rails en 2017, sous la houlette de Mériem Derkaoui la maire (PCF) de l’époque.

Dès les premiers recours juridiques toutefois, le comité d’organisation de Paris-2024, piloté par Tony Estanguet, a expliqué que si la piscine ne voyait pas le jour, un autre site d’entraînement serait trouvé. Il a réaffirmé cette position jeudi.

Mais alors quid des quelque 10 millions d’euros que la Solideo est censée investir dans le centre aquatique, soit un tiers du budget ? La société chargée des ouvrages olympiques « étudie les conséquences sur le calendrier » du jugement, a-t-elle fait savoir à l’AFP.

« La question du maintien du projet de centre aquatique en l’état, ainsi que son soutien financier par les Jeux olympiques est clairement posée », a déclaré le collectif de défense des jardins.

Quant au conseil départemental, il soutient la création d’une piscine supplémentaire en Seine-Saint-Denis mais se garde de s’exprimer plus avant sur cet imbroglio.

D’autant que d’autres nuages s’amoncellent sur le département, qui doit urgemment trouver une solution pour le Terrain des Essences, où les épreuves de tir olympique seraient trop à l’étroit.