parkour – free run et urbex – haikyo

Un pas de côté : le parcours dans sa forme traditionnelle désigne un itinéraire, alors que l’exploration urbaine se décline de longue date en cataphilie et toiturophilie. Désormais, il faut ajouter des termes contemporains pour désigner des pratiques apparues dans les années 90.

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Ce que la mobilité doit à la motilité

Si l’on demande à un aménageur, un urbaniste, un géographe, un sociologue, un ingénieur, un logisticien, un transporteur ou un opérateur de communication une définition de la mobilité, il y a fort à parier que nous obtiendrons autant de réponses différentes qu’il y aura d’interlocuteurs. Lire la suite

De quoi -scape est-il le suffixe ?

Le paysage a été longtemps centré sur ses représentations, l’expérience kinesthésique ne sera prise en compte que plus récemment alors qu’elle participe à la constitution du paysage considéré dans sa globalité.

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Terminologie -1- présentation

…, la terminologie est le moment poétique de la pensée. Giorgio Agamben, philosophe italien.

Nous examinerons deux termes traditionnels face à leurs actualisations sous les effets conjugués des évolutions sémantiques et de la recherche. Ces expressions en vis-à-vis témoignent de la vitalité des études et des mutations que connaissent les sujets relevant du territoire et de ses représentations.

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Teminologie -2- Hodologie vs walkscape

Hodologie vs walkscape

Le terme hodologie apparaît pour la première fois chez le psychologue Kurt Lewin (1890-1947). Celui-ci élabore une théorie du  comportement humain qui réintroduit l’individu dans son environnement. En resituant l’individu isolé de son background en situation dans son  environnement, Lewin implique que la conduite de tout individu est relative à son environnement géographique mais aussi psychologique.

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Terminologie -3- Photo vernaculaire vs photo véhiculaire

Photo vernaculaire vs photo véhiculaire

« Mon territoire est plutôt une géographie, celle de voyages personnels. Ce n’est pas le territoire des urbanistes ; ce n’est pas non plus le territoire des politiciens. C’est le territoire de quelqu’un qui marche à travers. » Guido Guidi, photographe italien.

 

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Patrick Raynaud - Giratoire- 1989

Terminologie -4- Dromologie

Extrait d’un entretien * daté de 2004, entre Giairo Daghini, docteur en philosophie, professeur honoraire à l’Institut d’architecture de l’Université de Genève et Paul Virilio, philosophe et urbaniste autodidacte, disciple de Deleuze et proche de Merleau-Ponty. Il est connu pour ses réflexions la logique de la vitesse qu’il nomme « dromologie ». Lire la suite

Réflexions sur le paysage

 

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Né en France en 1909, John Brinckerhoff Jackson est diplômé d’Harvard. En 1951, il crée la revue Landscape. A partir de 1969, il enseigne à Berkeley et à Harvard. Il meurt en 1996, dans la maison du Nouveau-Mexique où il s’est retiré.

L’œuvre de John Brinckerhoff Jackson (1909-1996) reste peu connue des lecteurs français. Pourtant, pendant près d’un demi-siècle, ce géographe a joué aux États-Unis un rôle de premier plan dans la constitution d’un champ de réflexion théorique et historique nouveau : le paysage. Formé à la culture des paysages européens, par ses voyages dans l’Europe d’avant-guerre et par ses lectures des géographes français, Jackson a fait partie, après 1945, de ceux qui ont fondé l’enseignement et la recherche sur les paysages américains, dont il a perçu, et promu, la véritable originalité.
À la découverte du paysage vernaculaire est le premier livre de Jackson traduit en France. L’auteur y définit tout d’abord le paysage : avant d’être contemplé et apprécié esthétiquement, il est produit et habité par les hommes, qui organisent collectivement, selon le principe du bien-être, leur cadre d’existence sur la Terre. Il nous livre ensuite une distinction fondamentale entre le “paysage politique” (produit par le pouvoir) et le “paysage vernaculaire” (fabriqué localement par les habitants), qui révèle deux manières d’aménager l’espace à travers l’histoire. Il observe aussi, avec humour, le devenir des paysages contemporains : les parcs publics, l’habitat mobile… et y voit, avec confiance, de nouvelles formes de la conscience paysagère où habiter ne se confond plus nécessairement avec demeurer. Enfin, évoquant ses souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale, à laquelle il a participé en tant qu’officier de renseignements, il montre en quoi l’intérêt pour le paysage est d’abord l’expression d’un intérêt et d’un attachement pour le monde.

présentation de l’éditeur Actes Sud

Le paysage, entre le politique et le vernaculaire.
Réflexions à partir de John Brinckerhoff Jackson
par Jean-Marc Besse, CNRS, UMR Géographie-cités, Paris.

Texte Jacques Clayssen

Ecouter voir

Jean-François Augoyard, philosophe et urbaniste, est notamment l’auteur de Pas à pas. Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain, Paris, Le Seuil, 1979 (épuisé*). Ses recherches actuelles portent en particulier sur l’environnement  sonore et sur l’esthétique de la lumière urbaine.

ECOUTER-VOIR-0001_48 (2)La Vue est-elle souveraine dans l’esthétique paysagère ?

 

 

 

 

Pour compléter : Entretien avec Murray-Schafer à propos du paysage sonore.

* réédition de Pas à pas de Jean-François Augoyard, aux Editions A la Croisée ( F. 38190, Bernin). Collection « Ambiances, ambiance ».

Penser la marche en ville

Sociologue – Chargée de recherches CNRS, Rachel Thomas, directrice du laboratoire du Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain (CRESSON), directrice adjointe de l’UMR 1563 CNRS/MCC Ambiances architecturales et urbaines, auteur de « La marche en ville. Une histoire de sens », L’Espace géographique 1/ 2007 (Tome 36), p. 15-26

rachel Thomas portrait

www.cairn.info/revue-espace-geographique-2007-1-page-15.htm.

Le point sur les fondamentaux de la marche en ville.

Francesco Careri présente le Walkscape

Ecole spéciale d’architecture

Conférence du jeudi 3 octobre 2013 à l’Ecole spéciale d’architecture

« WALKSCAPES, la marche comme pratique esthétique » par Francesco Careri 

 

 

 

 

 

A vos marques

Hors Circuits, des parcours annuels à chaque période anniversaire! Nous  ré-activerons le parcours « Hors Circuits » créé dans le cadre de la Biennale De Belleville 3 à chaque période anniversaire au mois de semarche5Dptembre.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un suivi des évolutions et mutations des territoires traversés. Le walkscape entre les galeries Thaddaeus Ropac à Pantin et Larry Gagosian au Bourget s’inscrit dans un circuit cheminant entre des marqueurs forts de l’environnement péri-urbain. Lieux établis ou établissements précaires, entre restaurations, démolitions, requalifications et restructurations, les modifications parfois ténues, parfois conséquentes impactent l’environnement et redessinent les perspectives. Nous ne laisserons pas ce parcours derrière nous, nous témoignerons de son devenir. Un ensemble photographique permettra à travers un avant/après de constater les changements que nous aurons notés chaque année. Ce parcours anniversaire pourra éventuellement accueillir des marcheurs désireux de nous accompagner, suivant des modalités qui seront précisées en temps utiles.

Si vous souhaitez dès à présent poser une option pour le parcours 2015, adressez votre demande à clayssen.laforet@gmail.com

Etat de marches

Ils nous ont accompagnés, les groupes des 5 marches. Chacun des cinq rendez-vous à 13h, à la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin, a été l’occasion de découvrir les candidats au walkscape « Hors Circuits ». Des personnes seules, des couples, des petits groupes d’amis tous intéressés par l’expérience originale que nous proposions. Personne n’est resté insensible à la découverte de ce parcours aux ambiances variées. A l’arrivée au Bourget, devant la galerie Larry Gagosian, cette marche stimulante a suscité de nombreux commentaires.

Verbatim

J’ai eu l’impression de faire un vrai voyage Brigitte, Fabrice, Lorraine,

Merci encore pour la belle ballade et vos lumières à tous deux samedi dernier…c’était vraiment un grand plaisir. Salim

Merci pour la marche d’hier, et tenez-moi informée svp des futurs parcours! Claire

Encore merci pour la marche de samedi. C’était formidable ! Marie-Ange

Je voulais vraiment vous remercier pour cette visite interurbaine. Elle était inhabituelle, baroque, comme la banlieue traversée. On pourrait faire l’analogie peut-être avec un jardin à l’abandon, où les herbes poussent chacune dans son coin, sans dessin d’ensemble. Du coup, ce n’est pas la volonté de départ qui compte (absente), mais le choix du promeneur… Brice

J’ai été soulagée quand vous avez annoncé qu’il ne s’agissait pas d’une visite guidée. Marina

Un grand merci à nos marcheurs.

 

La table des Marches – Walkscapes 2014

Programmes des marches Hors-Circuits proposées dans le cadre de la Biennale de Belleville :

samedi 27 septembre

– samedi 4 octobre

– samedi 11 octobre

– dimanche 19 octobre

– samedi 25 octobre

tous les départs à 13h, devant la galerie Thaddaeus Ropac (Pantin)

Informations et réservations obligatoires via  biennalebelleville2014@gmail.com

 

Colloque de la marche

Lors du colloque, organisé par Aude Launay, le samedi 18 octobre au Carré de Baudouin dans le cadre de la Biennale de Belleville 3, les intervenants ont abordé la marche dans l’art.

Sous un titre emprunté à l’ouvrage de référence de Henry David Thoreau « de la marche », des artistes, des théoriciens et des auteurs ont développé leur point de vue.

Parmi ceux-ci, deux figures tutélaires pour l’association Démarches, l’artiste anglais Hamish Fulton et l’historien de l’art et commissaire d’exposition  Thierry Davila.

De Thierry Davila, nous présentons son ouvrage Marcher, Créer sur le site. Durant une intervention illustrée de nombreux exemples, Thierry Davila a brossé une histoire de la marche dans l’art depuis Dada. L’érudition de l’intervenant a permis aux participants d’approfondir et/ou de découvrir des travaux d’artistes.

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Hamish Fulton nous a fait l’amabilité de poser avec nous lors de cet après-midi studieux.

Artiste anglais né en 1946 à Londres qui vit et travaille à Canterbury dans le Kent.

Il s’agit d’un « walking artist » historique figurant dans de nombreuses collections institutionnelles et privées, françaises et étrangères, et présent sur la scène internationale depuis plus de quarante ans. Une figure de l’art contemporain qui a contribué à l’inscription de la marche dans le domaine artistique.

« C’est en 1973, à l’issue d’une marche du nord-est au sud-ouest de l’Angleterre (2ème marche d’une côte à l’autre) de quarante-sept jours, qu’il décide que son travail artistique résultera exclusivement de la marche : «Si je ne marche pas, je ne peux pas faire une œuvre d’art ». Sachant qu’ « un objet ne peut rivaliser avec une expérience », son travail artistique est une tentative de traduction de la quintessence de ses marches et de leur rapport au monde. Les paysages traversés et le corps du marcheur, mis à distance, ne sont donc que très rarement représentés. L’expérience intime inaugurale donne naissance, depuis le début des années 1970, à des œuvres encadrées et des livres qui combinent textes et photographies, auxquels se sont ajoutées la pratique picturale dès 1982 et des  performances collectives à partir de 1994. L’économie de moyens et le recours au pouvoir évocateur du langage (mots, langues, écritures) sont une constante de l’œuvre. Cependant, l’expérience première de la marche, indissociable de l’œuvre, l’éloigne de la démarche des artistes conceptuels pour qui l’idée prime sur la réalité expérimentée. » extrait de la présentation de l’exposition En marchant d’Hamish Fulton au Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon qui s’est déroulé du 30 octobre 2013 au 2 février 2014.

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

L’artiste a réalisé un parcours reliant l’Atlantique à la Méditerranée à travers les Pyrénées d’ouest en est en empruntant les traditionnels sentiers de grande randonnée qu’il a parfois délaissé au profit d’itinéraires personnels. En s’affranchissant des chemins balisés, Hamish Fulton inaugure des parcours personnels qui fondent sa liberté d’artiste.

Il ne s’agit ni d’une représentation de la marche, ni d’un enregistrement du parcours, mais d’une nouvelle mise en scène de cette marche de 23 jours de l’Atlantique à la Méditerranée. Hamish Fulton ne se revendique ni Land Artiste, ni performer, ni poète. Il pratique un art qui hybride ces différents domaines en produisant une réflexion sur le paysage, sur la place du corps dans la nature et sur la dimension politique de l’occupation de l’espace.

Lire l’interview d’Hamish Fulton par  Patrice Joly dans la revue 02

L’oeil écoute

A l’occasion de la Biennale de Belleville 3, l’association Démarches présente Hors-Circuits sur les ondes.

  • Suite à la diffusion le 13 octobre sur Aligre FM de l’émission d’Eric Dotter : Homo Urbanicus, vous pouvez écouter ou ré-écouter l’émission sur ce lien.
  • Sabine Oelze présente sur les ondes de Deutschlandfunk un entretien au sujet du Walkscape et de la video Hors-Circuits projetée au Carré de Baudouin. Bonne écoute.

Gilbert & George chez Thaddaeus Ropac

La  galerie Thaddaeus Ropac  à Pantin présente Gilbert & George : SCAPEGOAT PICTURES du 07 septembre au 15 novembre 2014.

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La faucille et le goupillon

Des vertus vertes aux choux rouges, le jardin des vertus résume l’histoire d’un miracle religieux devenu réalité sociale. Avant que les jardineries n’offrent leurs luxueux matériels à des urbains en mal de terre, les déclassés, les laissés pour compte de la société industrielle ont développé des formes de solidarité et de convivialité vivrières, dans ce que l’on nommait alors la « zone ».

Jardin des vertus-vue aérienne ensemble

Bien avant que l’abbé Lemire ne fonde « la ligue du coin de la terre et du foyer » en 1896 ; bien avant que les militaires ne mettent à disposition les glacis des forts, transformant ainsi des espaces de défense en espace de vie en 1851 ; bien avant qu’Aubervilliers ne se transforme en banlieue industrieuse ; il existait au Moyen âge un domaine agricole dénommé Albertivillare, la ferme d’Albert, qui dépendait de l’Abbaye de St Denis. Aux environs de l’an 1300, une chapelle St Christophe devient l’église paroissiale.

Terre connue pour sa fertilité, le domaine nourrit les habitants alentours jusqu’à Paris. En 1336 une terrible sécheresse affama la population locale habituée aux soupes de gros légumes. Le 14 mai, de cette même année, une jeune fille entre dans la chapelle St Christophe pour fleurir la statue de la Vierge Marie tout en priant pour demander la pluie. La donzelle dans sa pieuse ferveur remarque soudain que la statue se couvre de larmes alors qu’au même moment le toit résonne des gouttes bienfaisantes d’une longue averse.

Miracle ! Miracle ! Les cloches sonnent à la volée, la population se précipite pour constater que de la statue perle de grosses larmes.

Cette histoire relatée par l’abbé Jacques du Breul, prieur de St Germain-des-Prés sous le titre : Miracle de la Pluie, est à la source de nombreux autres miracles à travers les siècles, conférant ainsi une grande renommée au village et à la statue. Des personnalités royales et ecclésiastiques font le déplacement. Tant et si bien qu’en 1529, dans la nuit du Vendredi au Samedi Saint, les fidèles de toutes les paroisses de Paris se retrouvent un cierge à la main devant Notre Dame de Paris pour rejoindre en procession Notre Dame des Vertus. La lueur des milliers de cierge est telle que les habitants de Montlhéry penseront que Paris est en feu. Au XVème siècle, la chapelle trop exigüe est remplacée par une église, jamais terminée, au plan rectangulaire pour accueillir la foule des pèlerins. Cette procession préfigure par son parcours notre proposition de walkscape.

De cette époque naît la réputation de la Plaine des Vertus dont les gros légumes portent le nom caractéristique du terrain.

A Aubervilliers, 2 associations regroupent les jardiniers, l’une date de 1905, « l’association des jardins familiaux de Pantin-Aubervilliers » qui sous le patronage des autorités religieuses tente de lutter contre l’alcoolisme ouvrier, l’Assommoir bat encore son plein. Laval, maire d’Aubervilliers pose en 1924 les fondements d’un « groupe des jardins des Vertus d’Aubervilliers ». Mais, il faudra attendre 1935 pour qu’une société des « jardins ouvriers des Vertus » se constitue au Café du Bon Accueil, choix visant à s’émanciper de l’influence de l’action des catholiques.

La faucille va remplacer le goupillon, en 1952 l’appellation « jardins familiaux » est officialisée, après bien des péripéties les jardins en milieu urbain sont considérés comme des éléments constitutifs des différentes politiques de la ville. Ceci ne suffit pas à protéger totalement les parcelles de l’appétit des promoteurs.

Les jardins des Vertus ont vu au fil des ans leur superficie diminuer comme peau de chagrin. De 62 000 m² en 1963, on est arrivé aujourd’hui à 84 parcelles sur 26 000 m² auxquelles il convient d’ajouter une parcelle collective et une pelouse pour les événements. Les terrains restent la propriété du Génie militaire mais la Ligue du coin de terre possède la concession exclusive du bail de location. Celle-ci sous-loue des parcelles d’environ 200 m2 à des particuliers qui peuvent en obtenir au maximum deux. La municipalité fournit l’eau gracieusement à travers six points répartis sur le terrain, bien que chacun récupère les eaux pluviales. Les baraques construites de bric et de broc ont vu se succéder des générations d’immigrants qui ont pu ainsi économiser une fraction de leur salaire en mangeant des légumes frais. Lieu de travaux de la terre, quelques élevages de poules et de lapins, mais aussi lieu de villégiature, les jardins offrent leur vie en marge de l’urbanisme dense des immeubles alentour. La liste d’attente est longue, les candidats sont nombreux en cette période difficile particulièrement pour les plus fragiles.

En passant dans l’intervalle entre le serpent des Courtillières, construit par Emile Aillaud et les jardins des Vertus, on prend conscience de la singulière présence d’une nature fragile enclavée dans un tissu urbain dont le développement en menace l’existence même.

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Texte et Photos Jacques Clayssen

Jeux de pistes au Bourget

L’aéroport de Paris le Bourget (IATA : LBG, OACI : LFPB) construit en 1914 servait à l’origine de base aérienne à l’Armée française, ensuite il fut exploité commercialement dès 1919. Il sera ensuite fermé aux vols commerciaux en 1977, puis dédié à l’aviation privée à compter de 1980.Il s’agit du plus ancien aéroport du monde encore en activité. Situé à 11 kilomètres au nord-est de Paris, LBG est le premier aéroport d’affaires d’Europe, avec ses 3 pistes, ses 75 entreprises de services aéroportuaires et aéronautiques. Des sociétés d’aviation d’affaires et de transports à la demande, ainsi que des transporteurs de fret constituent un ensemble mixant services de luxe, conteneurs et ateliers de maintenance avec un Musée de l’Air et de l’Espace. Des premiers vols de nuit en septembre 1915 à l’arrivée du Solar Impulse en juin 2011, tous les événements aéronautiques trouvent leur place au Bourget, d’autant que le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace qui ouvrira ses portes en 2015 pour sa 51e édition constitue un événement mondial pour les constructeurs. En 1969 le Concorde et le Boeing 747 feront leurs débuts au Salon du Bourget.

Un enclos historique centenaire.

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De Lindbergh aux stars du showbiz en passant par les VIPs, tout le gotha fréquente les pistes de l’aéroport non-commercial du Bourget. Condensé de l’histoire de l’aviation,  des pionniers aux nababs, l’aéroport a traversé les époques en préservant son âme, malgré son incontestable succès pour preuve les 55 000 mouvements d’aéronefs et plus de 100 000 passagers annuel.

Il fut le premier de France à disposer d’une véritable piste en dur, utilisable tout temps. Aussi lors de sa création en 1933, la direction de la compagnie Air France s’y implanta. Le bâtiment historique de l’aérogare, signé par l’architecte Georges Labro, date de 1935. L’édifice, décoré par le peintre Lucien Martial, est inauguré le 12 novembre 1937 lors de l’exposition internationale de Paris. Ce bâtiment rectiligne de 233 mètres de façade sera sérieusement endommagé lors des âpres combats qui s’y déroulent le jour de la Libération de Paris. Il sera reconstruit à l’identique et servira d’aéroport civil jusqu’à sa reconversion à partir de 1977 où les compagnies commencent à déménager pour s’installer à Orly, puis plus tard à Roissy. affiche-Diamants-sur-canape-Breakfast-at-Tiffany-s-1961-1Parmi les nombreux transports très privés, retenons l’arrivée, en toute discrétion durant le mois de juin 2014, du collier de diamants jaunes que portait Audrey Hepburn dans le film « Breakfast at Tiffany’s» diffusé en France sous le titre « Diamants sur canapé », pour être exposé sur les Champs Elysées dans la boutique Tiffany. Ce diamant jaune affichait 287 carats  lors de sa découverte en Afrique du Sud en 1877, avant d’être taillé à  128,54 carats. Il se classe parmi les plus grands et les plus beaux du monde, il ne fallait pas moins que l’écrin du Bourget pour l’accueillir.

Parcourir l’espace aéroportuaire ne peut laisser insensible le visiteur qui sera soumis successivement à l’émotion historique, nostalgie des machines présentées au musée ; à la curiosité suscitée par la découverte des métiers et des industries liés à l’aviation ; et à  la prise de conscience de ce que représente le luxe de l’aviation privée. IMG_1468IMG_1553Rolling StIMG_1469IMG_1488tarmac Musée31

façade

 

IMG_1523IMG_1501entrée gagosian

Au sortir du Musée de l’Air et de l’Espace, dont la riche collection laisse toutes les générations bouche bée devant l’ingéniosité des fabricants pour faire voler ces drôles de machine, le visiteur pourra emprunter l’avenue de l’Europe. Sur l’esplanade de nombreux monuments commémoratifs célèbres les grands moments de l’histoire de l’aviation liés au Bourget. Ensuite sur cette large avenue bordée de hangars en béton armé, construits suivant les plans de l’architecte Henri Lossier, les grandes portes abritent les spécialistes de la maintenance et les experts de l’aéronautique qui disposent ainsi de 30 000m² de superficie couverte. Avec 15 mètres de haut pour 60 mètres de large, les hangars affichent sur leur fronton les noms des héros ou des sociétés qui ont écrit l’histoire de l’aviation,  mais surprise, le dernier hangar signalé sur les mats tout au long de l’avenue rompt avec l’industrie et les services traditionnels offerts par l’aéroport puisqu’il s’agit de la Galerie Gagosian.

Texte et Photos Jacques Clayssen

 

De Germain Dorel à Blankok 212

Des Chiffres ou des Lettres
Vivre face à un aéroport semble de nos jours une perspective peu enviable, pourtant fut une époque où ces emplacements étaient recherchés et appréciés. Qui envisagerait aujourd’hui de s’installer face aux aéroports de Roissy ou d’Orly dont les abords sont occupés par des parkings, des entrepôts, des autoroutes et des hôtels. Témoin d’une autre époque la Cité Julien Dorel, face à l’aéroport du Bourget, nous donne une idée de l’intérêt de résider à proximité d’un aéroport.

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Situé au nord-est de Paris et enclavé dans des banlieues qui n’ont de bleu que le festival du même nom, la zone aéroportuaire du Bourget constitue une « réserve » grillagée pour les propriétaires de jet privé, les services VIP et les amateurs d’histoire de l’aviation. Les habitants de la Cité qui lui fait face ne constituent pas la majorité des visiteurs, les décalages de mode d de vie et de moyens sont trop patents. Les moyens en l’occurrence, cela signifie d’importants revenus loin du RSA ou du SMIC qui sont sous la barre des salaires dits moyens.

Mais les bâtiments de l’aéroport et la Cité Germain Dorel ont en commun d’être restés dans leur jus des années 30 et d’être des modèles d’architecture. Ces qualités valurent à la Cité son classement à l’inventaire des Monuments historiques en 1996 ne présente pas que des avantages aux yeux des habitants.

Pour aborder cette cité du Blanc-Mesnil, il existe deux possibilités : la première s’inscrit dans une démarche touristico-culturelle et concerne le projet et l’histoire architecturale des bâtiments, on parle alors de la Cité Germain Dorel, du nom de l’architecte qui l’a conçue ; la deuxième essaie de découvrir quelques aspects des pratiques urbaines des jeunes habitants, on parle alors du 212 ou du 12/12 pour les initiés.

Germain Dorel

Pour ce qui relève de la Cité Germain Dorel, une documentation importante relate les  caractéristiques du projet initial et les phases d’une réhabilitation périlleuse.

La cité d’HBM dans le quartier de l’Aviation offrait 581 logements qui sont construits de 1933 à 1936 pour la Société du Foyer du Progrès et de l’Avenir par l’architecte Germain Dorel, qui en était également administrateur. Les bâtiments en brique et béton brut sont destinés au logement du personnel qui travaillait à l’aéroport, puis, la cité fut occupée en grande partie par des gardes mobiles jusque dans les années 70. Les bâtiments se succèdent dans une perspective formée d’arches centrales qui marquent les médianes de la polychromie et de la répartition pyramidale des balcons. Les façades sont ornées de bas-reliefs moulés de style Art déco en béton et de figures en ronde-bosse. La cité Germain Dorel, est construite à l’origine le long de la ligne de tramway qui menait du Bourget à Paris-Opéra. Ce qui permettait aux personnels navigants, hôtesses, stewards et pilotes de loger face à l’aéroport qui était à l’époque au milieu des terres cultivées, et pouvaient aisément se rendre à Paris, tout comme les passagers qui empruntaient la ligne. Dénommée CO lors de sa création en 1912 avant de devenir la 52 à compter de 1921 jusqu’à son remplacement par un bus conservant le même numéro, en 1933.

Jeanne Fontaine, première hôtesse de l’air en 1922 et André Lapierre, le  mécanicien de Jean Mermoz, ont résidé dans cette Cité qui offrait alors un confort et une luminosité exceptionnelle. Les logements répondaient aux types définis de l’époque. Variant entre 18 mètres carrés pour une chambre et une cuisine et 54 mètres carrés pour l’appartement de quatre chambres et une cuisine familiale. Les logements étaient équipés de l’eau, du gaz et de l’électricité.
Sa réhabilitation, engagée en 1977 se déroulera sur une dizaine d’années, restitue et met en valeur la variété des matériaux voulue par son concepteur avec ses carreaux cassés rouges, ses grès cérames roses, l’enduit tyrolien jaune et l’enduit blanc sur soubassement gris. Ce parti-pris décoratif devait dans l’esprit de l’architecte offrir aux classes populaires un accès à une certaine idée du modernisme.

BlanKok 212

Le 212 correspond à l’adresse de la Cité. Le nom de l’architecte n’étant pas une référence pour les habitants, ils ont pris l’habitude de s’identifier par ce seul numéro. Mais ni le nom de l’avenue, ni le nom de la ville ne sonnent aux oreilles des « peura » locaux pour identifier le lieu. Sheryo, rappeur originaire de Blanc Mesnil, ancien membre du groupe DSP avec B.James et du collectif Anfalsh, fait du « rap de fils d’immigrés » et non du « rap français ». Il a grandi dans la Cité et explique, dans une interview pour le mag spécialisé Down With This : On a été obligé de changer Blanc-Mesnil par « Blankok » car ça faisait vraiment naze (rires). Je l’ai fait parce que pour moi c’est une figure imposée du « peura ». Et puis il y a toujours un truc à dire sur le 9-3.…

Cette dénomination est dorénavant bien ancrée chez les jeunes de Blankok. D’ailleurs, la marque de vêtement Defend Paris qui a l’habitude de mises en scènes particulières pour promouvoir son image a retenu le site pour sa promo intitulée Defend Paris / 212 Blankok. La Cité a fourni un cadre parfait avec son avenue pour tourner une vidéo, mettant en valeur les urban street riders. On y voit des mecs s’éclater avec des levées de roue en compète et en quad. Réalisée par Axel Morin et Julien Capelle, et rythmée par un son de Provok, ce clip pour la marque parisienne est un must du genre.

Les habitants apprécient peu les visiteurs déambulant dans leur espace manifestant généralement plus d’intérêt et de respect pour le cadre que pour ceux qui y vivent. Ils rejettent l’idée d’être des « Monuments Historiques » ou de vivre dans un « Musée ». La réconciliation de Dorel et du 212 nécessitera une sédentarisation d’une population moins précaire. Aujourd’hui, Ils développent un sentiment de dépossession et une impression de devenir l’objet de curiosité déplacée, comme l’avait souligné l’ancien directeur du Centre social Pierre Meige dans son ouvrage, La Cité 212, utopie d’hier à vivre aujourd’hui.

Texte et Photos Jacques Clayssen

François Jullien, ce que le paysage dit de nous

Vivre de paysage ou L’impensé de la Raison
François Jullien, philosophe helleniste, présente ainsi son livre :
«En définissant le paysage comme « la partie d’un pays que la nature présente à un observateur », qu’avons-nous oublié ?
Car l’espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d’étendue qu’y découpe l’horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un « spectacle »? Et d’abord est-ce seulement par la vue qu’on peut y accéder – ou que signifie « regarder »?
En nommant le paysage « montagne(s)-eau(x) », la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l’immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu’on voit et de ce qu’on entend… Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d’ »esprit » qui fait entrer en connivence.
Le paysage n’est plus affaire de « vue », mais du vivre.
Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu’à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde.» 

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François Jullien a pris le parti de décentrer ses analyses pour désamorcer l’ethnocentrisme endémique de notre culture occidentale. En soumettant ses réflexions aux filtres de la pensée chinoise, il déconstruit depuis une culture extérieure a-conceptuelle notre pensée occidentale. Ce décentrement lui permet de réinstaurer le vivre là où l’être règne en maître.
En se libérant des contraintes de notre langue et de notre culture, François Jullien nous offre la possibilité de nous découvrir d’un autre point de vue.
Il nous explique la manière dont la structure alphabétique de notre langue a organisé nos savoirs, alors que l’écriture idéographique chinoise fonctionne sur une cohérence d’accouplement. En lieu et place du paysage, terme unitaire, la Chine dit un jeu d’interactions entre « montagne-eau ».

Ce regard, déconditionné de nos acquis culturels, permet de reconsidérer notre point de vue sur le monde préformaté que nous décryptons, faute de compétences sémantiques pour l’interroger.

Collection Bibliothèque des Idées, Gallimard

La famille Cartier-Bresson au fil de l’histoire

Nouvelles CuRieuSes ou sinGulièReS des Cartier-Bresson: épisodes de la saga familiale entre Pantin et Le Bourget

En 1859, l’implantation à ce qui correspond de nos jours au 128 avenue Jean-Jaurès, à Pantin, des usines de la « Société Française des Cotons à Coudre », avec dépôt de la marque « CB à la Croix » impactera durablement l’urbanisme du quartier. L’usine occupe alors 14 000m² de terrain et emploie 450 personnes.

ilot Cartier-Bresson

Cartier bresson 1894

Cartier Bresson 1894

A l’époque, l’entreprise Cartier-Bresson a fortement contribué au développement du nouveau quartier des Quatre Chemins, éloigné et séparé du reste de la commune de Pantin par le canal et les voies de chemin de fer. La famille Cartier-Bresson donnera un conseiller municipal bonapartiste à la ville comme en atteste une plaque de rue. La tristement célèbre rue du chemin vert devient ainsi la rue Cartier-Bresson.

IMG_0897Rue qui aura le triste privilège de voir partir du numéro 100 le dernier convoi de déportés de la région parisienne vers les camps de concentration, le 15 août 1944.

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100 rue Cartier-Bresson

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L’héritier le plus connu de la famille sera le photographe Henri Cartier-Bresson. Dans sa jeunesse son père lui a dit : Tu feras ce que tu voudras mais tu ne seras pas un fils à papa. Tu auras les revenus de ta dot pour financer les études de ton choix. Quoi que tu fasses, fais-le bien. Le jeune Henri décide donc de voler de ses propres ailes. A  21 ans,  il est tenté par le pilotage alors qu’il effectue son service militaire au Bourget. Sur l’aéroport, il rencontre  un couple de riches américains, les Crosby qui vont l’introduire dans les cercles artistico- intellectuels de l’époque. Il fera ainsi la connaissance de photographes amateurs, les époux Gretchen et Peter Powel qui vont l’initier à la photographie. Rencontre décisive à plus d’un titre, qui verra naître l’homme et le photographe. Gretchen deviendra l’amante d’Henri. Elle est de dix ans son aînée. Comme il doit admettre qu’il s’agit d’une passion sans issue, Henri part en Afrique pour oublier la séduisante Gretchen.

Peter et Gretchen Powel-Caresse et Harry Crosby

Peter et Gretchen Powel-Caresse et Harry Crosby

En 1943, Nancy et Beaumont Newhall du Museum of Modern Art de New York (MoMA), pensant qu’Henri Cartier-Bresson avait disparu pendant la guerre, préparaient une exposition « posthume » de son travail. Cartier-Bresson, qui s’était évadé et avait obtenu de faux papiers, apprit cette nouvelle avec plaisir en 1945. Il entreprit alors un bilan de son œuvre préparatoire à l’exposition.

Henri fonde en 1947 la célèbre agence Magnum avec ses amis  Robert Capa et David Seymour, Trois ans plus tard, le 5 juin 1950, son père André Cartier-Bresson, Vice-Président de la société « Julien Thiriez Père et Fils et Cartier-Bresson », prend sa retraite.

texte et Photos Jacques Clayssen