Walking InTo The WilD

_MG_5035_DxOHommage à Henry D. Thoreau et Sean Penn

En écho aux paysages de la côte aquitaine, les textes de Henry D. Thoreau et le film de Sean Penn,  Into the Wild, se sont imposés à nous, modifiant notre appréhension de cet environnement support d’images mais aussi de mode de vie. Des espaces où la liberté trouve son sens.
Un horizon lointain, des points de vue s’estompant sous les effets des vents de sable, des embruns ou de l’air brûlant de l’été, des mirages, une bande-son composée par le vent, les vagues, les mouettes et les cris des baigneurs.

Dans ce milieu naturel à la lisière de la terre et de la mer, sur ces plages estivales où éclosent les amours de vacances, comment ne pas aussi se remémorer des travaux de Paul-Armand Gette, artiste des zones fragiles, à la limite de la décence et de l’indécence, aux confins de l’Art, de la Science et des évolutions adolescentes. Ce wildscape trouve son origine dans le goût partagé par les auteurs pour la côte landaise, avec ses vagues puissantes, ses baïnes dangereuses et ses dunes soumises à des phénomènes météos violents qui modifient la configuration du littoral au gré des tempêtes et des grandes marées.

De longue date nos séjours sur le littoral aquitain nous ont permis de parcourir les  plages en toutes saisons et par tous les temps.

Situation

GPS

Pour ce wildscape, nous avons retenu un parcours situé entre Capbreton et Labenne, précisément sur le site dit de la Pointe bordé à l’ouest par l’Océan Atlantique et à l’est par la rivière « le Boudigau ». Ce site présente la caractéristique unique de regrouper tous les milieux littoraux caractéristiques de la côte sableuse aquitaine : une forêt de protection, transition entre la forêt littorale et le massif dunaire. Ce massif étant lui-même composé d’une dune blanche et d’une dune grise.

 

Côte Aquitaine, sur les communes de Capbreton et de Labenne.

Parcours : 7,95km
Temps de parcours : 3h48mn
Nombre de pas : 12 691

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De la lande à l’océan

Rien ne remplace l’expérience sensible. Ce parcours vous prendra quelques heures de marche et vous mènera de la forêt landaise au bord de l’océan, puis vous ramènera à votre point de départ par une autre partie de la forêt. Ce site particulier est en fait un voyage dans le temps qui vous fera découvrir les diverses couches de cette « fausse nature » inventée et construite par l’homme.
Quelques conseils pratiques : en été il peut faire très chaud, donc emmenez de l’eau et protégez vous du soleil, les demi-saisons sont parfois pluvieuses, voire très pluvieuses, et en hiver les tempêtes peuvent être violentes, donc renseignez vous avant de partir. Pour la partie plage, selon les coefficients de marée, la force du vent, la mer peut remonter jusqu’au bord des dunes et vous barrer le passage, là encore prévoyez votre timing. Sur la plage, si vous n’êtes pas familier des vagues landaises et de leur force sournoise, ne vous baignez pas, les courants sont traîtres et puissants malgré un aspect paisible et la plage est sauvage, c’est à dire non-surveillée.

Première partie

La forêt

C’est la première zone tampon entre la partie aménagée de la côte et la rudesse de l’océan. Il y fait frais en été, les sentiers sont entretenus et balisés, le sol est un mélange de sable et de terre et selon les saisons quelques belles fleurs s’épanouissent.
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Deuxième partie

 Les dunes

Deuxième zone tampon, qui protège la forêt qui protège la campagne. La végétation disparaît, sous la force du vent et la sécheresse. La première partie de la dune est en pente et se termine de manière abrupte sur la plage. La plante emblématique de la dune est l’oyat.
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Troisième partie

La plage

La frontière entre l’océan et la terre est ventée, large, couverte de déchets, organiques ou industriels, les surfeurs y construisent des cabanes avec les bois flottés, la croustille est tentante (voir article connexe). Les célèbres vagues de la côte landaise sont là, parfois gigantesques et impressionnantes, toujours splendides et dangereuses. C’est ici, au croisement de la dune et de la plage que se situe notre petit mémorial sauvage.

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Quatrième partie

Rond-point du retour

Petit passage par la civilisation, en été poste de secours et bistroquets et point d’eau. Vous longerez quelques bâtiments anciens et abandonnés, mais gardés, attention aux youkis aboyeurs, avant de replonger dans la forêt.

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Cinqième partie

Le bayou

Au retour vous longerez pendant un moment le petit cours d’eau « le boudigau » qui à la saison des pluies a tendance à déborder de son lit et transforme la forêt en une sorte de bayou chaotique.

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Voilà, c’est fini, vous avez normalement perdu environ 350 calories et parcouru un paysage unique, voyagé dans le temps, ramassé de splendides déchets plastiques sur la plage dont vous ferez de splendides bracelets en souvenir de ce WildScape.

Texte et Photos Patrick Laforet

Lisières, sols, végétaux

 

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Ce sera dans les œuvres de Paul-Armand Gette que ce wildscape trouvera ses sources artistiques. En effet, la plage, la lisière et la végétation sont avec les petites filles les thèmes de l’œuvre singulière de Paul-Armand Gette, artiste contemporain né en 1927 qui reste un explorateur de l’équivoque et de l’ambiguïté par son activité maintenue à la lisière des domaines scientifiques et artistiques. Mais aussi à la lisière des genres et des techniques mises en oeuvre et des lieux investigués. En entretenant une polysémie dans les explications et les spécialisations des savoirs, il place la lisière comme lieu privilégié d’émancipation et de création, ce qui est a priori paradoxal.

Approche descriptive d’une plage exposée au Centre Culturel Suédois en 1972 est une mise en scène soumise à des codes et des méthodes scientifiques, selon le regard porté par l’artiste Paul-Armand Gette sur le paysage littoral. Plutôt qu’au paysage lui-même, ce sont les diverses manières de le représenter qui intéressent l’artiste. La plage a été l’un de ses lieux privilégiés car elle décrit une zone intermédiaire, un entre-deux, entre l’étendue de la lisière maritime et le commencement d’un paysage aménagé. Le concept de lisière, thématique majeure de l’œuvre de Paul-Armand Gette, trouve dans cette géographie une illustration adéquate.

La végétation de la côte landaise s’inscrit dans la nomenclature binominale établie par Carl Von Linné. L’artiste Paul-Armand Gette réalise le 29 novembre 1975, à l’Université Paris 10 une lecture-performance La nomenclature binaire-Hommage à Carl von Linné. Durant cette lecture-performance d’une liste de 5 945 noms de plantes à fleurs, extraits du Species Plantarum (1753) du botaniste suédois. De 8h à 18h Paul-Armand Gette a lu sans discontinuer les noms des plantes. La liste devient de fait un dispositif d’exposition, au sein de l’Université, en un hommage au scientifique botaniste Linné.
En 1976, à l’occasion de l’exposition Identité/Identifications au CAPC de Bordeaux, Jean-Paul Gette répondait à ma question : Dans ce travail (la Plage) vous mettez en évidence des végétaux et des animaux que le public peut voir, mais ne sait, généralement pas nommer.
Vous touchez là à une particularité de mon travail qui peut être particulièrement irritante pour le public. Je tiens à désamorcer tout de suite cette irritation, la nomination d’éléments figurant sur une photographie, toujours lisible bien que peu soucieuse de perfection technique, cherche à créer un décalage, à faire varier l’angle de vision habituel. Dans le cas de mon travail intitulé  La plage, le nom de la plage est mentionné et c’est d’une plage particulière qu’il s’agit, mais le public projette sa propre vision de la plage ou des plages qu’il connait sur l’image présentée et synthétise. L’image fonctionne comme support du fait que j’élimine le pittoresque. De toute façon le public ne lit pas dans le détail ; la précision crée un flou. Je pense et j’espère qu’il en est ainsi que le spectateur se trouve tout à fait libre de superposer sa vision à la mienne.

Lisières. A la traditionnelle lisière forestière s’ajoute la lisière maritime, frontière entre la mer et le sable. A la lisière mouvante de la mer, l’estran présente un sable variant de sec à trempé suivant les heures des marées. Lisière confuse parfois ourlée d’une écume abondante. Le sac et le ressac incessant des vagues gomme toutes les traces et empreintes et détruit les châteaux de sable construits sur l’estran.

Sols. Une marche de la forêt à la mer offre des sensations variées. En forêt le sentier reste ferme sous le pied, mais un écart dans le sous-bois et le pied comme sur un tapis éprouve une sensation de moelleux. Le sol sablonneux couvert de fougères et d’aiguilles de pins est aéré par cette végétation. Au sortir de la forêt, la lette, cette dune grise composée de sable, d’humus et d’un tissu végétal ras et rare reste ferme sous le pied jusqu’à la dune où le pied s’enfonce dans le sable sec aux grains très fins. Sur la plage les grains de sable évoluent parfois jusqu’à devenir des graviers. Suivant son degré d’imprégnation d’eau de mer, le pied s’enfonce plus ou moins et la résistance spongieuse du sable mouillé rend l’effort de marche plus intense.

 

Végétaux. De la lande à la mer, du vertical à l’horizontal, la végétation construit des perspectives. Ces paysages plantés superposent différentes strates témoignant du travail des hommes. Combat contre l’érosion éolienne toujours recommencé. Modifications des sites historiques par des plantations visant à assainir, à drainer, à fixer.

La dune : gourbet (Oyat), chiendent des sables (Agropyron), euphorbe maritime (Euphorbia paralias L.), panicaut de mer (Eryngium maritimum), liseron des sables (Calystegia soldanella), épervière laineuse (Hieracium lanatum), astragale de Bayonne (Stragalus boeticus L.), silène de Thore (Equisetopsida Caryophyllales), diotis maritime (Equisetopsida Asterales), carex des sables (Carex arenaria), oeillet des dunes (Dianthus gallicus), immortelle des dunes (Helichrysum stoechas), alysson des sables (Alyssum loiseleurii)… La forêt et la forêt galerie : chêne-liège (Quercus suber L.), pin maritime (Pinus pinaster),aulnes (Alnus),  chêne pédonculé (Quercus robur), chêne tauzin (Quercus pyrenaica), hêtre (Fagus sylvatica), robinier (Robinia pseudoacacia),  noisetier (Corylus L.), aubépine (Crataegus). Sur les rives : fougère (Filicophyta), iris des marais (Iris pseudacorus), scolopendre (Asplenium scolopendrium var. scolopendrium), hépatique (Hepatica triloba), … Les bruyères : bruyère callune (Calluna vulgaris), bruyère cendrée (Erica cinerea), hélianthème à gouttes (Tuberaria guttata), hélianthème faux alysson (Cistus lasianthus), ajonc d’Europe (Ulex europaeus), genêt à balai (Cytisus scoparius), … Les parasites : processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), apocrite (Apocrita), …

Texte et Photos Jacques Clayssen

La Coustille

WILDSCAPE6La coustille est une coutume ancienne toujours pratiquée par les nostalgiques et les artistes de tout bord qui redonnent vie aux bois flottés et aux objets plastiques détournés de leur état de rebus. Cette tradition perdure, il n’est pas rare de croiser des personnes charriant des sacs remplis de bois ou de déchets divers. Après les marées on peut observer des habitués marchant tête baissée en quête de merveilles, promenades intéressées, gestes vertueux de recyclage, poésie du bois flotté, à chacun sa raison.

Lors de ce wildscape, nous n’avons pas failli à la tradition, nous avancions sur la plage les yeux fixés sur les lignes de marée pour ramasser quantité de morceaux de plastique, genre bâtonnets de sucette et de cotons tiges de toutes les couleurs.

Aujourd’hui la mer charrie, sur ce qu’il reste de grève, des dizaines de milliers de déchets qui s’entassent. Certaines plages présentent des espaces submergés de débris divers, l’estran prend des apparences de zone sinistrée. Paysage apocalyptique d’enchevêtrements de détritus mêlant déchets hospitaliers, objets tombés ou jetés des bateaux, débris de chantiers et fortunes de mer.

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Aux déchets endogènes, bois et cadavres d’animaux s’ajoutent la pollution exogène provenant des activités humaines, pêches, bateaux, décharges littorales non conformes. L’association Surfrider dresse un bilan éloquent :
– 206 kg de déchets plastiques sont déversés chaque seconde dans les océans
– Sur les 100 millions de tonnes de plastique produites chaque année, 10% finissent dans les océans
– 1 million d’oiseaux et 100 000 tortues de mer meurent chaque année après ingestion ou enchevêtrement dans les déchets plastiques
– 5% seulement du plastique produit est recyclé

Un lourd bilan pour des sites fragiles. Aujourd’hui, les communes nettoient les plages à coup de pelleteuses et de bulldozers qui dessinent sur le sable de gigantesques arabesques d’empreintes des pneumatiques. Cette chorégraphie d’engins à l’instar des « sand artists » s’efface au gré des marées, la plage retrouve alors son sable vierge jusqu’aux prochaines empreintes.

La prise de vue sur la plage s’apparente à une forme de coustille photographique. Le prélèvement d’images constitue un témoignage visuel d’un état du site.

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Texte et Photos Jacques Clayssen

La nature n’est plus ce qu’elle était

intro_to_thoreau1L’invitation à la marche que prônait Henry D. Thoreau se situait dans un contexte naturel très différent du notre. La marche pour lui constituait un bain de régénération, un retour à un état vierge, apaisant et purificateur, dans une nature considérée comme vierge, non polluée par l’homme et ses activités et permettait de retrouver une harmonie perdue. Ce qu’on appelle « la nature » était à son époque plus naturelle que maintenant, moins marquée par les activités de l’homme, moins travaillée, moins exploitée mais également moins entretenue.
En vous promenant dans notre parcours, en arrivant sur la plage vous ne pourrez manquer de remarquer la présence massive de déchets, qui ne font pas de ce paysage un paysage dit naturel. Pour nous, le naturel est toujours vierge, les plages doivent être désertes, pures de tout déchet, le sable doit s’étaler à l’infini sans obstacle.

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Gouf-de-capbreton-relief1La côte sauvage est située juste en face du fameux Gouf du golf de Gascogne, profonde cicatrice intérieure du golfe, qui descend jusqu’à 3000 mètres et vient finir juste à Capbreton, au bord de la plage. Ce qui explique les cadavres de grands animaux marins parfois présents sur la plage et la répartition des nombreux courants qui transportent une masse impressionnante de déchets, estimée à 50 millions de tonnes. Du coup, le paysage prend un aspect relativement apocalyptique, surtout après de grandes tempêtes qui rapportent de grandes quantités de déchets organiques, bois, végétation, cadavres d’animaux dont profite tout un monde de charognards et d’insectes.

Larmes de sirènes et Chupa Chups

Le plastique constitue l’essentiel de l’autre partie des déchets et ponctue le paysage de ses couleurs vives, transformant la plage en décharge sauvage et lieu de nombreuses et nouvelles légendes. Par exemple le sable se couvre de milliers de petites perles de plastique translucides, brillantes au soleil, petits bijoux « naturel » puisque ramassés dans un endroit sauvage. La légende leur a attribué le nom poétique de larmes de sirènes ce qui est beaucoup plus intéressant que la réalité, en fait ce sont des composants bruts pour l’industrie de transformation, une sorte de matière première. L’autre légende attribue la présence de milliers de petits bâtonnets de couleur au naufrage d’un gigantesque cargo chargé de sucettes espagnoles, les Chupa Chups, qui aurait régalé des générations de poissons en fondant doucement dans l’eau avant de s’échouer sur ces plages. La réalité est plus prosaïque: ce sont des restes de coton-tiges, suffisamment petits pour passer les grilles des stations d’épuration.

Le nouveau sauvage

Les clichés ont la vie dure et pour nous une plage naturelle se doit d’être propre, vierge, pure de traces de l’homme. Les collectivités locales l’ont bien compris, qui, en saison touristique, gardent le paysage propre à coup de bulldozers et pelleteuses géantes. La gestion du déchets génère toute une activité qui va de la récupération du matériel de pêche pour l’envoyer solidairement aux pêcheurs africains, à la maintenance biologique des espèces animales, dont la survie est souvent menacée par ces petits bouts de couleurs vives, en passant par la coustille (voir article connexe). Le déchet est même depuis peu honoré en tant que tel, vers la fin février dans la commune de Boucau, ce qui signe, avec humour et intelligence, l’inversion du paradigme visuel de la nature : c’est aujourd’hui la présence du déchet qui est devenue « naturelle » et son absence qui signe la présence de l’homme. Le « sauvage » contemporain est maintenant synonyme d’abandon, de pollution, de chaos, de laisser-aller, tant l’emprise de l’humanité sur son territoire est devenue massive.

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Contenu d’un estomac de tortue.

Texte et Photos Patrick Laforet

 

Empreintes

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Jacques Clayssen

La tresse narrative du walkscape se constitue par le maillage établi entre différents moyens de production qu’ils soient textuel, photographique, sonore, vidéo ou multimédia. Aux moyens techniques que sont l’appareil de photo, la caméra et le magnétophone s’ajoute le texte aujourd’hui saisi numériquement mais qui peut aussi passer par une version manuscrite. La main organon pro organon selon Aristote, c’est-à-dire instrument de tous les instruments.

Les empreintes que nous diffusons ici relèvent d’une technique ancestrale : le frottage. Ces prélèvements in situ nécessitent un support papier, un crayon ou un embossoir. Le frottage, par un geste de la main, a pour avantage de mettre en évidence un travail de texture. Max Ernst a développé cette pratique dans le champ des arts plastiques.

L’obscure graphie
Ici, la lumière ne joue aucun rôle, seule la main est à l’oeuvre. Il s’agit du relevé d’une texture de la matière par frottage. Cette « révélation » sur le papier d’une image décalquée de son support fonctionne à l’identique d’une photographie à laquelle on aurait substitué le geste de la main à l’effet de la lumière. Ni chimie de l’argentique, ni pixel du numérique, ni optique, ni temps de pose, uniquement le mouvement de la main dotée d’un outil de frottage pour obtenir une image négative de la surface reproduite.

Image du relief ou relief négatif directement sur le papier. Le papier en contact direct avec son support en restitue les aspérités et les bosselages. Cette « empreinte » matérialise un décalque de son support. Sa définition, sa précision résultent de la précision du frottage et de la qualité du papier choisi. Des similitudes avec l’image photographique certes, mais la rusticité du procédé lui confère une aura particulière, ici pas de distance entre le sujet et son plan de reproduction. Le support restitue la forme sous la pression. Durant l’opération le négatif apparait au fur et à mesure à la surface décalquée. Empreinte négative au crayon sur du papier opaque ou embossage du papier calque, les supports à l’instar de l’image photographique se déclinent en négatif papier ou en transparent.

Sur la plage, le sable présente tous les avantages d’un support modelable et traçable sur lequel l’action des marées joue comme une gomme pour effacer les empreintes. Nos empreintes de pas, mais aussi celles des animaux et des différents engins qui circulent pour le nettoiement ou la surveillance. Par ce moyen, la tresse narrative s’enrichit d’un témoignage sur les matières que la photographie documente sans relief et sans contact avec les matériaux.

Prélèvements sur calque / Blockhaus béton

Patrick Laforet

La captation par frottage est une tentative magique de voler un bout du lieu, d’en capturer l’esprit et de le ramener en lieu sûr. C’est un piège, un piège parfait, à taille réelle, sans intermédiaire, immédiat, ludique, qui rejoint le fantasme de Borges sur la carte qui est à la taille du territoire. Le frottage est un retour en arrière à une des techniques les plus primitive, les plus primaire, de représentation du monde. Une sorte de pré-photographie d’avant la lumière, quand le monde était obscur et in-captable et que la caméra-piège n’avait pas encore été imaginée. Technique frustre, rudimentaire mais efficace avec un papier un peu solide et un bon charbon de bois.

Il s’agit là de photographier avec les doigts, avec la main, de révéler une image latente dans le monde, de fabriquer une relique véritable, comme si le paysage émettait une lumière noire, et de l’enfermer dans un support fragile, volatile mais subtil, presque intouchable sous peine de disparition. Le frottage graphique se propose comme une icône, assez proche de la logique du Saint-Suaire, mais sans la dimension religieuse, juste un morceau d’un paysage qui se met à dériver dans le monde.

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Prélèvement 01 / Bois flotté – Plage
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Prélèvement 02 / Rocher – Plage
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Prélèvement 03 / Ecorce – Arbre forêt
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Prélèvement 04 / Déchet plastique – Plage