Piacé le radieux

Piacé, laboratoire rural d’art et d’utopie

À mi-chemin entre Le Mans et Alençon, le village de Piacé (350 habitants) abrite une histoire singulière : celle d’un rêve architectural porté par Le Corbusier et Norbert Bézard. Leur projet de « ferme radieuse » et de « village coopératif », resté à l’état de plan depuis les années 30, a pourtant semé les graines d’une aventure culturelle inattendue.

Le village s’étend le long de la D338 sur un axe rectiligne en contrebas des collines.

Le village s’étend le long de la D338 sur un axe rectiligne en contrebas des collines.

De cette utopie inachevée est né un centre d’art contemporain et de design, dédié à la réflexion sur le rôle des campagnes dans le paysage culturel actuel. Ce lieu hybride, à la fois espace de recherche et de création, s’inscrit dans le sillage du postulat de Le Corbusier : « Pour urbaniser les villes, il faut aménager les campagnes. »

Ce projet proposait une réorganisation des campagnes autour de principes modernistes, mêlant fonctionnalité, esthétique et vie collective.

Un territoire investi par l’art

Portés par l’énergie de Nicolas Hérisson, de son frère Benoît, de leur famille et de leurs amis, un ancien moulin et ses dépendances ont été réhabilités pour accueillir ce projet. Mais l’initiative ne s’est pas arrêtée aux murs du centre, il invite à penser autrement les campagnes, à travers l’art, le design et l’architecture. C’est un lieu de rencontre entre mémoire utopique et création contemporaine, où se dessine une ruralité réinventée.

Le centre d’art développe cette réflexion à travers des expositions, résidences et installations qui interrogent la place de l’art dans les territoires ruraux. Il accueille régulièrement des artistes, architectes et designers pour créer des œuvres in situ, souvent en lien avec le paysage, les matériaux locaux ou les enjeux sociaux du monde rural. Un parcours artistique a été imaginé, disséminant une soixantaine d’œuvres dans l’espace public, les fermes, les ruelles, les champs… et aussi des propriétés privées.

Cette implantation partagée transforme le village en galerie à ciel ouvert, où l’art contemporain dialogue avec le quotidien rural. Elle favorise une appropriation vivante et collective du patrimoine artistique, comme en témoignent les rencontres spontanées avec des villageois disponibles et chaleureux, toujours prêts à orienter les visiteurs.

A voir les maisons bulles six coques de Jean-Benjamin Maneval derrière le moulin. En face se trouve l’espace d’interprétation du projet de Le Corbusier et Bézard qui héberge aussi une voiture en osier, autre expression utopique de l’architecte, construite pour Piacé le radieux par Christian Ragot, en 2012. « Les artistes nous offrent chaque année de nouvelles œuvres qui rejoignent le parcours gratuit ouvert toute l’année dans tout le village voire, comme cette année, jusqu’à Beaumont-sur-Sarthe, qui expose notre cône géant de signalisation », sourit Nicolas Hérisson. [ouest France, aout 2025]

Une visite qui comblera les curieux, amateurs ou professionnels. La diversité des propositions, dans un cadre rural aux charmes certains, devrait satisfaire les marcheurs. Le parcours riche de 60 installations nécessite de disposer de temps. Il est recommandé d’anticiper le déplacement en réservant sa visite et en prévoyant si besoin hébergement et restauration aux alentours.

Association Piacé le radieux Bézard – Le Corbusier
Moulin de Blaireau
Rue de l’église
72170 Piacé

Renseignements
02 43 33 47 97 / 06 81 30 45 48
contact@piaceleradieux.com

Accès :
par la route
Entre Le Mans et Alençon. Sortie n° 20 ou 21 autoroute A28.
en train
descendre gare Vivion/Beaumont sur Sarthe

Documentation à consulter :
Le site officiel
https://piaceleradieux.com/
La page facebook
https://www.facebook.com/p/Piac%C3%A9-Le-Radieux-B%C3%A9zard-Le-Corbusier-100057421182377/?locale=fr_FRVues
Les photos des œuvre
https://piaceleradieux.com/parcours/
Le PDF du projet utopique
https://www.caue-sarthe.com/wp-content/uploads/sites/5/2018/12/fiche-PIACEavec-bulle.pdf

PhotoPaysage

Débattre du projet de paysage par la photographie, tel est le sous-titre explicite de cet ouvrage conçu sous la direction de Frédéric Pousin -architecte DPLG, est docteur de l’EHESS et habilité à diriger des recherches. Directeur de recherche au CNRS au sein de l’UMR 3329 Architecture, urbanisme, société (AUSser), dont les travaux portent sur le paysage urbain et le rôle du visuel dans la construction des savoirs.

Des textes ou interventions de 18 chercheurs, photographes, paysagistes réunis dans ce livre  aboutissement d’un projet de recherche collectif mené sur trois ans, Photopaysage édité par Les Productions du Effa évalue les rôles joués par la photographie au sein des fabriques du paysage.

Lors de la présentation à la librairie Volume, Frédéric Pousin s’est attaché à préciser le terme clef du livre, à savoir projet de paysage.  Terme qui correspond à l’anglais landscape architecture.

Frédéric Pousin

Il est question du rapport que l’architecture du paysage entretient avec la photographie dans un périmètre d’étude englobant la gestion des grands espaces jusqu’aux espaces publics urbains, y compris les Observatoires photographiques des parcs nationaux.

de droite à gauche : F.Pousin, A.Petzold, M-H.Loze, S. Keravel

Une première partie réunit des essais dont un texte de Tim Davis portant sur le rôle de la photographie dans le développement des parcs nationaux américains. Alors que Chris Wilson éclaire le rôle des écrits de J.B. Jackson, dont l’influence est toujours actuelle, dans lesquels John Brinckerhoff Jackson  pose les fondamentaux de la relation paysage et photographie dès 1951 dans sa revue Landscape.

Laure Olin examine les moyens de monstration des images. Dans son essai sur la pratique de l’architecture paysagère américaine, 1950-2000, l’auteur dresse un inventaire des publications et des moyens de production et de diffusion des photos. Le trio appareil 24×36, diapositive et projecteur de diapositives occupe alors une place prépondérante qui donne un effet vintage .


La deuxième partie
présente les actes d’une table-ronde entre photographes et paysagistes autour de leur collaboration.

Le livre essaie de porter un work in progress, dira Sonia Keravel, avant d’ajouter que les duos paysagistes-photographes se fondent sur des relations durables établies sur des rapports amicaux. Le paysagiste cherche un regard d’auteur susceptible d’amener une approche différenciée.

La problématique de la photographie ne se résume pas à la commande, elle doit aussi donner à penser.

Marie-Hélène Loze observe que lors de ces échanges, si la photo est au service du projet d’aménagement, chaque corpus photographique est une part d’une multiplicité d’approches. La photo peut constituer un déclencheur d’échanges entre les acteurs, témoigner de la temporalité des projets ou encore illustrer les réalisations.

L’Atelier Marguerit explicite dans son document sur le Lauragais ce qui caractérise ce type de projet : La démarche du plan paysage n’est pas la production d’un “album photos”, teinté de nostalgie, mais une réflexion sur l’émergence des nouveaux enjeux de paysage. Notre rôle est d’accompagner une évolution, afin que la rencontre entre le territoire, les acteurs génère un projet de paysage en rapport avec notre passé.

La troisième partie expose cinq portfolios illustrant des projets urbains et ruraux tant en France qu’à l’étranger.

Lors de son intervention, Alexandre Petzold a expliqué sa démarche. Il a poétiquement établi un parallèle entre le développement de la photo et l’évolution de la nature, en montrant comment deux photos d’un lieu du chantier montraient un tapis végétal verdissant une ancienne zone de terre meuble. Il revendique une fidélité à ces lieux sur lesquels il intervient en trois étapes: Imprégnation, appropriation, restitution.

Alexandre Petzold

 

Le livre a été introduit, le 23 mai,  par Françoise Arnold pour Les Productions de EFFA comme un objet fabriqué avec des moyens inhabituels pour ce type d’ouvrage.

Françoise Arnold

En effet, l’ouvrage a fait l’objet de soins particuliers. Chacune des trois sections est imprimée sur un papier adapté à la thématique. Papier mat décliné dans une gamme de grège pour la publication des essais abondamment illustrés, le même papier en bleu pour la table-ronde et enfin un papier couché brillant pour les portfolios.  Le tout servi par une maquette claire, dans une typographie facilitant la lecture, avec des encarts et des titrages permettant de hiérarchiser les informations. Autant d’atout pour offrir aux institutions, aux professionnels chercheurs, paysagistes, architectes, aménageurs, photographes et aux passionnés d’images et de nature, un ensemble de qualité tant pour les textes que pour les documents d’illustration ou les portfolios des photographes.

Aujourd’hui d’importants bouleversements technologiques modifient les pratiques. Le numérique a supplanté l’ektachrome, les vidéoprojecteurs ont mis au placard les projecteurs de diapositives, les tablettes permettent un nomadisme des présentations sur écran, les montages sur ordinateur et les logiciels de traitement d’images transforment les photographes en magicien, les moyens de prises de vue aérienne permettent, avec les drones, d’accéder facilement à la « vision de l’oiseau » et last but not the least, le timelapse compresse le temps.

Autant de perspectives d’études pour les équipes. La mutation des paysages s’accompagne d’une évolution des moyens de production et de post-production dont les effets restent à analyser.

Table des matières
• Jalons pour une approche interculturelle. Frédéric Pousin
• Nouvelles perspectives sur la photographie des parcs nationaux américains. Tim Davis
• L’année 1994. Une décennie de missions photographiques au sein des institutions de l’aménagement du territoire. Raphaële Bertho
• J. B. Jackson, la photographie et l’essor des études du paysage culturel. Chris Wilson
• Ordre et ambiguïté. Le paysage urbain dans Landscape, le magazine de J. B. Jackson. Bruno Notteboom
• Voir, c’est croire/Les apparences sont trompeuses. La photographie dans la pratique de l’architecture paysagère américaine, 1950–2000. Laurie Olin
• Les discours photographiques de Gilles Clément. Frédéric Pousin
• Du photoréalisme au post-photographique, les paysages imaginés du Bureau Bas Smets. Marie-Madeleine Ozdoba
• Quand la photographie se mêle du projet de paysage. Gérard Dufresne et Alain Marguerit : trente années de collaboration. Sonia Keravel
• Après Strand, anatomie d’un projet photographique. Franck Michel 

• Exposer, publier, communiquer sur le projet de paysage par la photographie : table ronde autour des photographes Alexandre Petzold, Édith Roux, Geoffroy Mathieu, Bertrand Stofleth et des paysagistes Pascale Hannetel, Valérie Kauffmann, Catherine Mosbach ; avec Marie-Hélène Loze, Raphaële Bertho, Sonia Keravel, Cristina Ros et Frédéric Pousin.

• Portfolios
Alexandre Petzold : Le parc du Peuple de l’herbe
Édith Roux : Scalo Farini
Geoffroy Mathieu : Le principe de ruralité
Bertrand Stofleth : Rhodanie
Debora Hunter : Taos, Nouveau-Mexique

Vente en librairie spécialisée, prix 29€

Contact :

Les Productions du Effa
56 rue des Vignoles
75020 Paris

editions@lesproductionsdueffa.com

 

 

 

La marche comme pratique esthétique

Francesco Careri  Walkscapes
careri
9782330018450Ouvrage culte pour les urbanistes et les architectes, Walkscapes fait de la marche beaucoup plus qu’une simple promenade. Pour Francesco Careri, en effet, l’origine de l’architecture n’est pas à chercher dans les sociétés sédentaires mais dans le monde nomade. L’architecture est d’abord
traversée des espaces : ce que Careri appelle parcours. Ainsi le menhir, point de repère dans l’espace, à la croisée des chemins.
La marche est esthétique, comme la conçoit André Breton pour la place Dauphine. Elle révèle des recoins oubliés, des beautés cachées, la poésie des lieux délaissés.
La marche est politique. En découvrant ces espaces qui sont à la marge et cependant peuplés, elle montre que les frontières spatiales sont aussi des frontières sociales.
Careri s’évade de la ville-événement pour errer dans ce qu’il appelle la Zonzo (la zone, l’espace exclu, à l’abandon, à la marge, inexploré et pourtant vivant). En se laissant porter par la marche, on franchit des frontières invisibles, on recompose une ville nouvelle.
Ce livre passionnera, au-delà des architectes et des plasticiens, ces flâneurs et ces explorateurs qui font de la ville leur terrain de chasse privé.

francesco-careri_image
L’auteur
Francesco Careri, né à Rome en 1966, est cofondateur de Stalker/
Observatoire nomade et chercheur au département d’architecture
de l’université de Rome III, où il dirige le cours d’arts civiques, un
enseignement entièrement itinérant créé pour analyser et interagir avec
les phénomènes émergents de la ville. Depuis 2012, il est directeur
du LAC (Laboratorio Arti Civiche) et du MAAC (Master in Arti
Architettura Città).