Bertrand Verney – ALT 0.00

Les photos de Bertrand Verney mettent le spectateur face à la géométrie de la jetée. Paysages de recouvrement, de renforcement, de protection contre les assauts de la mer. Des matériaux s’offrent avec leurs surfaces nues, à la granularité composite, sur lesquelles l’œil s’évade dans les perspectives ou s’accroche aux détails sous la lumière blanche du Nord. La mer et le ciel sont raccords avec la chromie de la zone protégée de la jetée des Huttes à Gravelines. A hauteur d’homme, au niveau de la mer, Bertrand Verney pose son appareil sur le pied après des périodes de repérage qui le mettent en condition de défascination de la puissance inhérente au lieu.

Alessandro Baricco écrit dans Océan mer « S’il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n’es rien, cet endroit, c’est ici. Ce n’est plus la terre, et ce n’est pas encore la mer. Ce n’est pas une vie fausse, et ce n’est pas une vie vraie. C’est du temps. Du temps qui passe. Rien d’autre. » Une lecture qui a dessillé les yeux du photographe, comme le livret qui accompagne l’exposition en atteste.

plan de situation

Les tirages exposés ont un modelé et une finesse qui restituent les textures d’un paysage dont la vacuité des constructions condamnées à se déliter s’éploie face à une mer et des ciels insondables.

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texte de présentation de l’exposition par le photographe :

La première fois, ce fut en 2005. 

Au hasard des darses et des différents sites portuaires, je suivais finalement cette direction : « port 9000 ».

Le port 9000, le terminal pétrolier qui jouxte la centrale nucléaire de Gravelines, je l’ai photographié pendant sept années. Sept années de lutte contre ce qui fut dès le départ de la fascination. 

Sept années pour aborder ce site avec l’esprit de ceux qui l’on construit : sans affect. Avec cette phrase de Rainer Maria Rilke en tête, toujours : « le beau n’est rien que le commencement du terrible ».

« Le beau » n’a ici rien à voir avec cette « collaboration avec la terre » que décrit Marguerite Yourcenar dans les mémoires d’Hadrien. « Le beau » est ici un affrontement. Une violence qui n’est pas immédiatement perceptible, floutée par la lumière blanche et sans ombre, par l’homogénéité des matières, par l’abstraction que l’échelle immense impose, par le silence sourd qui enveloppe l’espace, par l’immobilité que quelques oyats, sous le vent, viennent juste déranger.

« Le beau », ici, côtoie l’arrogance et la vanité. 

Il apparaît quand se réveille le sentiment d’un désastre à venir. Ce moment ou réparer ne suffira plus, ou l’énergie des hommes sera définitivement dépassée par celle des éléments. 

Le ressac émiette le béton et rouille les fers. 
Il crevasse les surfaces. 
Il attend. 
Il se moque.

Bertrand Verney – octobre 2017

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Exposition jusqu’au 2 juin à  la Librairie Volume, 47, rue Notre-Dame de Nazareth, 75003 Paris

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