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La Ville discontinue

Suite du parcours. Le Rien s’étend et parfois se rétrécit. Des jeux, du végétal, de la chapelle, des tags encore et partout jusqu’à la démesure pharaonique du tunnel de Bobigny, passage au-dessus des voies ferrées, mauvaise ambiance, spectres blancs de la Shoa à drancy, temple millénaire et arrivée à l’aéroport du Bourget.

Hors-Circuits +1

Un an après la première édition, nous avons repris le parcours Pantin-Le Bourget. En effet, dès la mise en place de Hors circuits, nous avions envisagé de suivre les évolutions de son environnement.Une marche permet de découvrir un état du parcours figé à l’instant du passage, remettre ses pas dans les pas de l’année précédente révèle les mutations infimes ou massives d’un environnement en continuelle évolution.

Jacques Clayssen, relevé des observations notées en septembre 2015

De la gentrification de Pantin aux évolutions du site aéroportuaire du Bourget, en passant par les constructions, réhabilitations , aménagements et dégradations de l’espace public, nous découvrons comment la nature estompe les entraves à l’implantation des populations précaires, comment des espaces occupés par des bidonvilles sont aujourd’hui rendus inaccessibles après avoir été vidé de leurs habitants.

Des immeubles aux façades miroitantes se dressent en lieu et place de pavillons, un hyper O’Marché frais ouvre sur 4800 m² à la Courneuve, il occupe le rez-de-chaussée d’un parking de 750 places sur 3 niveaux. Ces façades équipées de gigantesques panneaux lumineux affichent des prix compétitifs en continu.

Les empierrements se sont incrustés dans le sol et les herbes folles masquent les fossés de défense, la tour de l’Etoile est en cours de réhabilitation de même que des bâtiments de la cité. Le stade a bénéficié d’une réfection des bâtiments japonisants et des courts de tennis ont été restaurés. Le jardin des Vertus exposent sa luxuriance et le temple de Shivan est en travaux d’agrandissement. Les changements ont des rythmes différents suivants les communes et le type de zone traversé. Dans l’ensemble, les espaces ont été nettoyés, dans tous les sens du terme. Rendez-vous dans un an pour la suite.

 

 

Retour à Pantin par Patrick Laforet

Retrouvailles avec un vieil ami : le parcours Hors-Circuits, anniversaire sans bougies mais avec émotion. Rien ne change sauf de micro-variations : la ville se construit, les légumes poussent et meurent dans les jardins ouvriers, les tags se délitent doucement pour accéder au statut de fresque primitive, la pluie érode lentement le béton abandonné, quelques fleurs de plastique rythment la vie des autoroutes et ses drames invisibles, le paysage reste triste, tout va bien, pas de surprises, à l’année prochaine.

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Etat de marches

Ils nous ont accompagnés, les groupes des 5 marches. Chacun des cinq rendez-vous à 13h, à la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin, a été l’occasion de découvrir les candidats au walkscape « Hors Circuits ». Des personnes seules, des couples, des petits groupes d’amis tous intéressés par l’expérience originale que nous proposions. Personne n’est resté insensible à la découverte de ce parcours aux ambiances variées. A l’arrivée au Bourget, devant la galerie Larry Gagosian, cette marche stimulante a suscité de nombreux commentaires.

Verbatim

J’ai eu l’impression de faire un vrai voyage Brigitte, Fabrice, Lorraine,

Merci encore pour la belle ballade et vos lumières à tous deux samedi dernier…c’était vraiment un grand plaisir. Salim

Merci pour la marche d’hier, et tenez-moi informée svp des futurs parcours! Claire

Encore merci pour la marche de samedi. C’était formidable ! Marie-Ange

Je voulais vraiment vous remercier pour cette visite interurbaine. Elle était inhabituelle, baroque, comme la banlieue traversée. On pourrait faire l’analogie peut-être avec un jardin à l’abandon, où les herbes poussent chacune dans son coin, sans dessin d’ensemble. Du coup, ce n’est pas la volonté de départ qui compte (absente), mais le choix du promeneur… Brice

J’ai été soulagée quand vous avez annoncé qu’il ne s’agissait pas d’une visite guidée. Marina

Un grand merci à nos marcheurs.

 

Colloque de la marche

Lors du colloque, organisé par Aude Launay, le samedi 18 octobre au Carré de Baudouin dans le cadre de la Biennale de Belleville 3, les intervenants ont abordé la marche dans l’art.

Sous un titre emprunté à l’ouvrage de référence de Henry David Thoreau « de la marche », des artistes, des théoriciens et des auteurs ont développé leur point de vue.

Parmi ceux-ci, deux figures tutélaires pour l’association Démarches, l’artiste anglais Hamish Fulton et l’historien de l’art et commissaire d’exposition  Thierry Davila.

De Thierry Davila, nous présentons son ouvrage Marcher, Créer sur le site. Durant une intervention illustrée de nombreux exemples, Thierry Davila a brossé une histoire de la marche dans l’art depuis Dada. L’érudition de l’intervenant a permis aux participants d’approfondir et/ou de découvrir des travaux d’artistes.

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Hamish Fulton nous a fait l’amabilité de poser avec nous lors de cet après-midi studieux.

Artiste anglais né en 1946 à Londres qui vit et travaille à Canterbury dans le Kent.

Il s’agit d’un « walking artist » historique figurant dans de nombreuses collections institutionnelles et privées, françaises et étrangères, et présent sur la scène internationale depuis plus de quarante ans. Une figure de l’art contemporain qui a contribué à l’inscription de la marche dans le domaine artistique.

« C’est en 1973, à l’issue d’une marche du nord-est au sud-ouest de l’Angleterre (2ème marche d’une côte à l’autre) de quarante-sept jours, qu’il décide que son travail artistique résultera exclusivement de la marche : «Si je ne marche pas, je ne peux pas faire une œuvre d’art ». Sachant qu’ « un objet ne peut rivaliser avec une expérience », son travail artistique est une tentative de traduction de la quintessence de ses marches et de leur rapport au monde. Les paysages traversés et le corps du marcheur, mis à distance, ne sont donc que très rarement représentés. L’expérience intime inaugurale donne naissance, depuis le début des années 1970, à des œuvres encadrées et des livres qui combinent textes et photographies, auxquels se sont ajoutées la pratique picturale dès 1982 et des  performances collectives à partir de 1994. L’économie de moyens et le recours au pouvoir évocateur du langage (mots, langues, écritures) sont une constante de l’œuvre. Cependant, l’expérience première de la marche, indissociable de l’œuvre, l’éloigne de la démarche des artistes conceptuels pour qui l’idée prime sur la réalité expérimentée. » extrait de la présentation de l’exposition En marchant d’Hamish Fulton au Centre Régional d’Art Contemporain Languedoc-Roussillon qui s’est déroulé du 30 octobre 2013 au 2 février 2014.

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

Hamish Fulton présenté par Muriel Enjalran

L’artiste a réalisé un parcours reliant l’Atlantique à la Méditerranée à travers les Pyrénées d’ouest en est en empruntant les traditionnels sentiers de grande randonnée qu’il a parfois délaissé au profit d’itinéraires personnels. En s’affranchissant des chemins balisés, Hamish Fulton inaugure des parcours personnels qui fondent sa liberté d’artiste.

Il ne s’agit ni d’une représentation de la marche, ni d’un enregistrement du parcours, mais d’une nouvelle mise en scène de cette marche de 23 jours de l’Atlantique à la Méditerranée. Hamish Fulton ne se revendique ni Land Artiste, ni performer, ni poète. Il pratique un art qui hybride ces différents domaines en produisant une réflexion sur le paysage, sur la place du corps dans la nature et sur la dimension politique de l’occupation de l’espace.

Lire l’interview d’Hamish Fulton par  Patrice Joly dans la revue 02

Toxique, vous avez dit toxique ?

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La passerelle Julian Grimau surplombe le fleuve triste des voies de chemin de fer de la gare de triage de Drancy-Le Bourget où transitent quelques 200000 wagons par an. Bien sûr il n’existe aucun risque, tout est sous contrôle, seulement moins de 10% des wagons transportent des produits toxiques, ce qui en fait quand même 20000, 70% d’hydrocarbures (inflammables), 20% de matières toxiques, explosives, voire radioactives, 10% de chlore ou d’ammoniac. Bien sûr ce n’est pas grave que tout cela se passe en milieu urbain dit dense (environ 40000 personnes) et que le périmètre de sécurité, jamais appliqué, soit de 620 mètres après avoir été fixé dans un premier temps à 2,6 Km pour le risque mortel.
Bien sûr les incidents sont peu nombreux, déraillements de wagons transportant des matières radioactives, fuites de produits, collisions, etc… C’est sans doute ce qui explique la vitalité des associations de riverains et la fameuse absence de dialogue des autorités dites compétentes et l’absence de la moindre décision malgré l’implication d’élus locaux. Sans doute le fameux mur de l’administration.

_MG_4869_DxODonc si vous cherchez le grand frisson, passez sur la passerelle qui relie l’autoroute A86 et l’autre berge des voies, empruntez l’ancien Chemin de La Corneuve. Le spectacle pèse son pesant de produits toxiques : derrière vous le grand sarcophage de béton du tunnel autoroutier, désert, hostile, bruyant, devant vous une grande zone semi-désertique pavillonnaire et quelques cités, entre les deux un tunnel à l’air libre entièrement grillagé, hermétique, peu éclairé en nocturne (déconseillé) et le rythme lent des wagons sur les rails dans vos oreilles, le choc des accrochages, toute une ambiance sonore passionnante qui vaut bien le chant des pinsons.

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Le nom de la passerelle, en fait une rue qui se poursuit dans le tissu urbain, vient de la longue tradition des luttes ouvrières locales. Julian Grimau, militant du parti Communiste Espagnol de toujours, après avoir été agent du service de sécurité républicain à Barcelone pendant la guerre, s’exile en Amérique Latine, puis revient en France. En 1959 il est chargé de la direction du parti « intérieur », c’est à dire sur place en Espagne, où il revient clandestinement. Il y sera arrêté quelques années plus tard, sur fond de rivalités internes, torturé, défenestré, en sortira vivant malgré tout et sera finalement fusillé, malgré les nombreuses manifestations en sa faveur et un procès digne des grandes bouffonneries cruelles de l’histoire. De nombreuses rues, avenues, places portent son nom dans la « ceinture rouge » de la périphérie de Paris.

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Texte et Photos Patrick Laforet

L’oeil écoute

A l’occasion de la Biennale de Belleville 3, l’association Démarches présente Hors-Circuits sur les ondes.

  • Suite à la diffusion le 13 octobre sur Aligre FM de l’émission d’Eric Dotter : Homo Urbanicus, vous pouvez écouter ou ré-écouter l’émission sur ce lien.
  • Sabine Oelze présente sur les ondes de Deutschlandfunk un entretien au sujet du Walkscape et de la video Hors-Circuits projetée au Carré de Baudouin. Bonne écoute.

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derive_1Le mur du silence, Bobigny, 5 juin 2014 © Patrick Laforet